Un équilibre fragile qui masque de vraies tensions
Sur le papier, le taux de chômage mondial devrait rester à 4,9 % cette année. Une stabilité qui pourrait rassurer. Mais dans les faits, des millions de travailleurs n’accèdent toujours pas à des emplois décents, avec des salaires suffisants, une protection sociale et des conditions dignes. L’OIT souligne que la machine mondiale de l’emploi tourne, mais souvent à vide.
La croissance de la population active se concentre désormais dans les pays à faible revenu, tandis que les économies riches vieillissent. Résultat : un décalage structurel se creuse. Les pays à revenu intermédiaire devraient connaître une progression modérée de l’emploi, alors que les pays pauvres affichent des taux plus élevés, sans pour autant garantir un niveau de vie acceptable. Travailler ne protège plus forcément de la précarité, et c’est là que le bât blesse.
Pauvreté laborieuse et travail informel en hausse
Autre signal d’alerte : près de 300 millions de travailleurs vivent dans une pauvreté extrême, avec moins de trois dollars par jour. À cela s’ajoute l’explosion du secteur informel, qui concernerait cette année plus de 2,1 milliards de personnes. Sans contrat, sans droits, sans filet de sécurité. Une réalité bien connue dans de nombreuses régions du Sud, y compris chez nous, où le travail informel reste souvent une solution par défaut.
Les jeunes paient un tribut particulièrement élevé. Dans les pays à faible revenu, plus d’un quart d’entre eux ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études. Une génération en suspens, coincée entre manque d’opportunités et avenir flou. Un cocktail socialement explosif, comme diraient certains au café du coin.
L’IA, accélérateur ou bouc émissaire ?
L’année 2025 a été marquée par une vague mondiale de licenciements. Aux États-Unis, plus d’un million de postes ont été supprimés, un niveau inédit depuis la pandémie. Environ 55 000 suppressions seraient directement liées à l’intelligence artificielle, selon le cabinet Challenger, Gray & Christmas. Automatisation, réduction des coûts, recherche de rentabilité : pour beaucoup d’entreprises, l’IA apparaît comme la solution miracle.
Une étude du MIT estime que l’IA peut déjà accomplir des tâches représentant près de 12 % du marché du travail américain, avec des économies salariales potentielles colossales. Finance, santé, services professionnels : aucun secteur n’est totalement à l’abri. De quoi nourrir les inquiétudes, mais aussi les fantasmes.
Pourtant, certains experts appellent à nuancer. Selon Fabian Stephany, chercheur à Oxford, l’IA sert parfois d’alibi. Des entreprises auraient surrecruté après la pandémie, avant de corriger brutalement le tir. Plutôt que d’assumer des erreurs de gestion, elles pointent la technologie du doigt.
Un avertissement clair de l’OIT
Pour l’OIT, le message est limpide : sans politiques publiques adaptées, sans investissements dans les compétences et la protection sociale, le marché du travail risque de se fragmenter davantage. L’IA n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Tout dépend de la manière dont elle est intégrée.