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90 jours de carburants, quatre mois de céréales, six mois de médicaments


À première vue, cela ressemble à une mesure technique, presque administrative. Pourtant, derrière les chiffres avancés par le programme électoral de l’Istiqlal se cache peut-être l’une de ses propositions les plus structurantes : imposer par une loi-cadre des niveaux minimaux de stocks stratégiques pour les produits vitaux.



La proposition qui change la manière de parler de souveraineté

90 jours de carburants, quatre mois de céréales, six mois de médicaments
Le programme évoque ainsi 90 jours de réserves pour les carburants, quatre mois pour les céréales essentielles et six mois pour les médicaments et vaccins vitaux, avec, en complément, des mécanismes d’alerte précoce face aux ruptures possibles des chaînes d’approvisionnement.

Ce qui surprend favorablement ici, c’est moins la logique de stockage elle-même que le changement de doctrine qu’elle implique.

Pendant longtemps, la sécurité économique reposait sur une idée simple : les marchés mondiaux fonctionnent, les marchandises circulent, les prix fluctuent mais les approvisionnements restent globalement disponibles. Or cette certitude s’est progressivement fissurée. Crises sanitaires, guerre en Ukraine, tensions commerciales, dérèglement climatique, perturbations maritimes : la mondialisation continue, mais elle est devenue beaucoup moins prévisible.

Dans ce nouveau contexte, la souveraineté ne consiste plus uniquement à produire davantage. Elle consiste aussi à pouvoir tenir plusieurs semaines ou plusieurs mois lorsque le monde se dérègle.

C’est précisément ce que suggère cette proposition.

Elle invite aussi à regarder autrement les infrastructures stratégiques du pays. Le Maroc dispose de ports performants, d’une industrie énergétique en développement, d’une agriculture importante et d’une industrie pharmaceutique en croissance. Mais la vraie question devient désormais : que se passe-t-il si les flux s’arrêtent brutalement ?

Combien de temps l’économie nationale pourrait-elle fonctionner normalement ? Combien de semaines avant que certaines pénuries n’apparaissent ? Et surtout, qui serait chargé de constituer, renouveler et contrôler ces réserves ? C’est là que commence le débat réel.

Car maintenir des stocks coûte cher. Les produits doivent tourner pour éviter les pertes. Les capacités de stockage doivent être suffisantes. Il faut aussi déterminer ce qui relève de l’État, des entreprises privées ou d’un système mixte. Et il faut éviter qu’une politique de sécurité ne se transforme en rente ou en surcoût permanent payé par le consommateur. Mais le mérite de la proposition est justement d’ouvrir cette discussion.

Le programme de l’Istiqlal ne parle donc pas seulement ici d’économie. Il parle de résilience nationale. Et, à l’heure où plusieurs pays réapprennent que la dépendance peut devenir une vulnérabilité en quelques jours, le sujet mérite probablement plus d'attention.

La question que le Maroc devra peut-être désormais se poser est finalement très simple : combien de temps voulons-nous être capables de tenir seuls si, demain, le monde cesse momentanément de fonctionner normalement ?


Mercredi 2 Septembre 2026