Un programme électoral peut facilement devenir une succession de chiffres, de slogans et de promesses que plus personne ne lit après quelques jours de campagne.
Celui présenté par le Parti de l’Istiqlal pour les législatives de 2026 mérite pourtant d’être regardé autrement. Derrière ses 99 mesures, il tente de construire une architecture politique assez lisible : protéger la famille, restaurer la confiance, défendre le pouvoir d’achat, renforcer le service public et réduire certaines dépendances stratégiques du Maroc.
Le programme électoral répartit précisément ces propositions en cinq grands axes :
Mais les 99 mesures ne racontent pas, à elles seules, la philosophie du programme.
Le programme part d’un monde devenu beaucoup moins prévisible
Le discours de présentation de Nizar Baraka, secrétaire général du parti, ce samedi 29 aout commence par un diagnostic international assez inhabituel pour un programme électoral.
Il repose sur ce que le parti appelle « cinq certitudes qui ne sont plus garanties ».
La première concerne la mondialisation : l’idée qu’un pays pourrait simplement importer ce qu’il ne produit pas est considérée comme fragilisée par la pandémie, les guerres, les tensions géopolitiques, les restrictions commerciales et le retour du protectionnisme. Le programme en tire une conséquence : réduire les dépendances stratégiques et renforcer certaines capacités nationales de production et de stockage.
Deuxième rupture : l’énergie abondante et accessible n’est plus considérée comme acquise. Pour un Maroc encore dépendant d’importations énergétiques importantes, une crise extérieure peut rapidement se transmettre aux prix, aux transports, au coût de production et, finalement, au portefeuille des ménages.
Même raisonnement pour l’eau et l’alimentation. Sécheresse, stress hydrique et changement climatique ne sont plus traités comme des accidents ponctuels mais comme des contraintes structurelles.
Quatrième bouleversement : l’intelligence artificielle et l’automatisation peuvent désormais créer de la richesse sans nécessairement créer les mêmes emplois qu’hier. Le programme pose donc la question des compétences dont auront besoin les jeunes Marocains et fait de l’école, de l’université, de la formation et de la politique numérique des composantes de la souveraineté.
Enfin, le parti considère que la stabilité géopolitique mondiale elle-même ne peut plus être considérée comme une donnée permanente.
Autrement dit, derrière le programme apparaît une idée centrale : un pays ne peut plus seulement rechercher la croissance ; il doit aussi apprendre à résister aux crises.
Première priorité : la famille, mais dans une définition très large
Le premier axe ne se limite pas aux valeurs au sens traditionnel du terme.
Il couvre aussi le mariage, les crèches, la solidarité avec les personnes âgées, le handicap, les addictions, la santé mentale et la protection des jeunes face aux risques numériques.
Parmi les propositions figurent notamment une aide pouvant atteindre 5 000 dirhams pour les jeunes qui se marient, un congé rémunéré flexible pour la garde des enfants ou encore l'intégration de la consultation psychologique dans l'Assurance maladie obligatoire.
C’est l’un des fils directeurs du programme : considérer la famille à la fois comme espace de valeurs et comme premier amortisseur social.
Corruption : le parti veut aller au-delà du slogan
Deuxième pilier : la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts.
On y trouve notamment une loi sur les conflits d’intérêts, la déclaration d’intérêts, le renforcement de la déclaration de patrimoine, la lutte contre l’enrichissement illicite et la protection des lanceurs d’alerte.
Certaines propositions sont beaucoup plus clivantes.
Le programme envisage ainsi un taux d’imposition de 40 % pour les situations de monopole et veut faire évoluer l’administration vers un principe simple mais potentiellement puissant : dans certaines procédures, le silence de l’administration vaudrait accord.
Ce sont précisément ces mesures qu’il faudra examiner dans cette série : leur intention est compréhensible ; leur faisabilité juridique, administrative ou économique mérite d’être décortiquée.
Pouvoir d’achat : regarder aussi ce qui se passe entre le producteur et le consommateur
Le troisième axe touche directement au quotidien.
L’Istiqlal propose notamment des sociétés régionales d’achat, de stockage et de distribution de produits agricoles et alimentaires, ainsi qu’un mécanisme national de suivi des marges bénéficiaires sur les produits de consommation courante.
Le programme prévoit également une hausse progressive du salaire minimum et des pensions, un plan national pour la classe moyenne, ainsi que des mécanismes destinés à faciliter le financement du premier logement des jeunes et des ménages intermédiaires.
École, santé, jeunesse : le service public revient au centre
Avec 25 mesures, l’axe consacré au service public est le plus fourni du programme.
L’éducation y occupe une place importante : enseignement préscolaire gratuit, lutte contre le décrochage, plateforme nationale d’apprentissage numérique et d’intelligence artificielle, prospective des métiers, mesure numérique de la qualité des établissements.
Côté santé, le parti propose notamment une **Agence nationale des urgences**, une nouvelle gouvernance hospitalière et un parcours de soins organisé autour du médecin référent.
Pour les jeunes, une mesure retient particulièrement l’attention : le programme « Afaq », destiné à garantir une opportunité dans un délai maximal de six mois, ainsi qu’un programme de formation de **100 000 talents numériques**.
La souveraineté ne s’arrête plus aux frontières
Le cinquième axe est probablement le plus prospectif.
Il associe eau, énergie, stockage stratégique, industrie, intelligence artificielle, cybersécurité, médicaments, agriculture, défense et flotte marchande.
Le programme propose notamment une loi-cadre sur le stockage stratégique, un contenu local de 50 % dans les projets énergétiques à l’horizon 2031, 30 % accordé à la valeur produite au Maroc dans les marchés publics, ainsi qu'une chaîne nationale de l'intelligence artificielle allant de l'université jusqu'à l'industrialisation.
Il prévoit également un pôle national consacré aux principes actifs pharmaceutiques et aux vaccins, une politique de souveraineté informationnelle et la création d’une flotte marchande nationale.
Et derrière les cinq axes, une sixième question : les jeunes
Un programme électoral rappelle par ailleurs qu’un Pacte de la jeunesse, élaboré avec des jeunes issus des différentes régions et provinces du Royaume, constitue un sixième pilier associé au programme.
Ce n'est probablement pas un détail.
Car dans son discours de présentation, le parti identifie une autre fragilité, cette fois intérieure : la crise de confiance, envers les institutions élues, l’action politique et surtout l’avenir chez une partie de la jeunesse.
C’est peut-être là que se jouera une grande partie de la crédibilité du programme : faire la démonstration que la croissance, les investissements et les grands projets peuvent réellement se traduire en mobilité sociale individuelle.
Maintenant, passons les propositions à la loupe. Certaines sont immédiatement compréhensibles. D’autres demanderont des lois. Certaines supposent des arbitrages budgétaires importants. D’autres encore peuvent provoquer de vrais débats économiques ou sociétaux.
Le programme électoral répartit précisément ces propositions en cinq grands axes :
22 mesures concernant la famille et les valeurs,
16 contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts,
16 sur le pouvoir d’achat et la classe moyenne,
25 consacrées au service public et à l’État social
20 à la souveraineté stratégique.
Mais les 99 mesures ne racontent pas, à elles seules, la philosophie du programme.
Le programme part d’un monde devenu beaucoup moins prévisible
Le discours de présentation de Nizar Baraka, secrétaire général du parti, ce samedi 29 aout commence par un diagnostic international assez inhabituel pour un programme électoral.
Il repose sur ce que le parti appelle « cinq certitudes qui ne sont plus garanties ».
La première concerne la mondialisation : l’idée qu’un pays pourrait simplement importer ce qu’il ne produit pas est considérée comme fragilisée par la pandémie, les guerres, les tensions géopolitiques, les restrictions commerciales et le retour du protectionnisme. Le programme en tire une conséquence : réduire les dépendances stratégiques et renforcer certaines capacités nationales de production et de stockage.
Deuxième rupture : l’énergie abondante et accessible n’est plus considérée comme acquise. Pour un Maroc encore dépendant d’importations énergétiques importantes, une crise extérieure peut rapidement se transmettre aux prix, aux transports, au coût de production et, finalement, au portefeuille des ménages.
Même raisonnement pour l’eau et l’alimentation. Sécheresse, stress hydrique et changement climatique ne sont plus traités comme des accidents ponctuels mais comme des contraintes structurelles.
Quatrième bouleversement : l’intelligence artificielle et l’automatisation peuvent désormais créer de la richesse sans nécessairement créer les mêmes emplois qu’hier. Le programme pose donc la question des compétences dont auront besoin les jeunes Marocains et fait de l’école, de l’université, de la formation et de la politique numérique des composantes de la souveraineté.
Enfin, le parti considère que la stabilité géopolitique mondiale elle-même ne peut plus être considérée comme une donnée permanente.
Autrement dit, derrière le programme apparaît une idée centrale : un pays ne peut plus seulement rechercher la croissance ; il doit aussi apprendre à résister aux crises.
Première priorité : la famille, mais dans une définition très large
Le premier axe ne se limite pas aux valeurs au sens traditionnel du terme.
Il couvre aussi le mariage, les crèches, la solidarité avec les personnes âgées, le handicap, les addictions, la santé mentale et la protection des jeunes face aux risques numériques.
Parmi les propositions figurent notamment une aide pouvant atteindre 5 000 dirhams pour les jeunes qui se marient, un congé rémunéré flexible pour la garde des enfants ou encore l'intégration de la consultation psychologique dans l'Assurance maladie obligatoire.
C’est l’un des fils directeurs du programme : considérer la famille à la fois comme espace de valeurs et comme premier amortisseur social.
Corruption : le parti veut aller au-delà du slogan
Deuxième pilier : la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts.
On y trouve notamment une loi sur les conflits d’intérêts, la déclaration d’intérêts, le renforcement de la déclaration de patrimoine, la lutte contre l’enrichissement illicite et la protection des lanceurs d’alerte.
Certaines propositions sont beaucoup plus clivantes.
Le programme envisage ainsi un taux d’imposition de 40 % pour les situations de monopole et veut faire évoluer l’administration vers un principe simple mais potentiellement puissant : dans certaines procédures, le silence de l’administration vaudrait accord.
Ce sont précisément ces mesures qu’il faudra examiner dans cette série : leur intention est compréhensible ; leur faisabilité juridique, administrative ou économique mérite d’être décortiquée.
Pouvoir d’achat : regarder aussi ce qui se passe entre le producteur et le consommateur
Le troisième axe touche directement au quotidien.
L’Istiqlal propose notamment des sociétés régionales d’achat, de stockage et de distribution de produits agricoles et alimentaires, ainsi qu’un mécanisme national de suivi des marges bénéficiaires sur les produits de consommation courante.
Le programme prévoit également une hausse progressive du salaire minimum et des pensions, un plan national pour la classe moyenne, ainsi que des mécanismes destinés à faciliter le financement du premier logement des jeunes et des ménages intermédiaires.
École, santé, jeunesse : le service public revient au centre
Avec 25 mesures, l’axe consacré au service public est le plus fourni du programme.
L’éducation y occupe une place importante : enseignement préscolaire gratuit, lutte contre le décrochage, plateforme nationale d’apprentissage numérique et d’intelligence artificielle, prospective des métiers, mesure numérique de la qualité des établissements.
Côté santé, le parti propose notamment une **Agence nationale des urgences**, une nouvelle gouvernance hospitalière et un parcours de soins organisé autour du médecin référent.
Pour les jeunes, une mesure retient particulièrement l’attention : le programme « Afaq », destiné à garantir une opportunité dans un délai maximal de six mois, ainsi qu’un programme de formation de **100 000 talents numériques**.
La souveraineté ne s’arrête plus aux frontières
Le cinquième axe est probablement le plus prospectif.
Il associe eau, énergie, stockage stratégique, industrie, intelligence artificielle, cybersécurité, médicaments, agriculture, défense et flotte marchande.
Le programme propose notamment une loi-cadre sur le stockage stratégique, un contenu local de 50 % dans les projets énergétiques à l’horizon 2031, 30 % accordé à la valeur produite au Maroc dans les marchés publics, ainsi qu'une chaîne nationale de l'intelligence artificielle allant de l'université jusqu'à l'industrialisation.
Il prévoit également un pôle national consacré aux principes actifs pharmaceutiques et aux vaccins, une politique de souveraineté informationnelle et la création d’une flotte marchande nationale.
Et derrière les cinq axes, une sixième question : les jeunes
Un programme électoral rappelle par ailleurs qu’un Pacte de la jeunesse, élaboré avec des jeunes issus des différentes régions et provinces du Royaume, constitue un sixième pilier associé au programme.
Ce n'est probablement pas un détail.
Car dans son discours de présentation, le parti identifie une autre fragilité, cette fois intérieure : la crise de confiance, envers les institutions élues, l’action politique et surtout l’avenir chez une partie de la jeunesse.
C’est peut-être là que se jouera une grande partie de la crédibilité du programme : faire la démonstration que la croissance, les investissements et les grands projets peuvent réellement se traduire en mobilité sociale individuelle.
Maintenant, passons les propositions à la loupe. Certaines sont immédiatement compréhensibles. D’autres demanderont des lois. Certaines supposent des arbitrages budgétaires importants. D’autres encore peuvent provoquer de vrais débats économiques ou sociétaux.
C’est précisément l’objet de cette nouvelle série de L’ODJ.
Chaque jour, nous prendrons une proposition parfois plusieurs lorsqu’elles forment un même ensemble et nous la passerons à la loupe : quel problème cherche-t-elle à résoudre ? Que propose exactement l’Istiqlal ? Qui serait concerné ? Qu’est-ce qui pourrait réellement changer ? Et quelles sont les conditions pour que la promesse devienne une politique publique ?
Pas un tract. Pas un procès. Un décryptage.
À suivre demain— Épisode 1 : 5 000 dirhams pour se marier : coup de pouce symbolique ou vraie politique familiale ?
Pas un tract. Pas un procès. Un décryptage.
À suivre demain— Épisode 1 : 5 000 dirhams pour se marier : coup de pouce symbolique ou vraie politique familiale ?
Liste non exhaustive de la Série : « Istiqlal 2026 : ce que le programme veut changer » et « derrière les 99 mesures, quel projet de société ? »
- 5 000 dirhams pour se marier : coup de pouce symbolique ou vraie politique familiale ?
- Moins de 15 ans sur les réseaux sociaux : l’Istiqlal veut-il ouvrir le débat sur l’âge numérique ?
- Congé parental flexible : et si le père entrait vraiment dans l’équation ? l’idée d’un congé rémunéré partageable entre père et mère.
- Santé mentale : l’Istiqlal veut faire entrer le psychologue dans l’AMO
- Addictions : et si le Maroc commençait par les traiter comme des maladies ?
- « Zéro tolérance » : que contient réellement le projet anticorruption de l’Istiqlal ?
- Loi sur les conflits d’intérêts, patrimoine, enrichissement illicite, lanceurs d’alerte et contrôle.
- Conflits d’intérêts : l’Istiqlal veut une loi, mais jusqu’où devrait-elle aller ?
- 40 % d’impôt sur les situations de monopole : mesure choc ou arme contre la rente ?
- « Le silence de l’administration vaut accord » : une petite phrase qui pourrait changer beaucoup de choses
- L’intelligence artificielle contre la corruption : gadget numérique ou nouvelle gouvernance ?
- Le programme prévoit explicitement de mobiliser l’IA pour améliorer la gouvernance des politiques publiques.
- Pouvoir d’achat : l’Istiqlal veut regarder les marges, pas seulement les prix
- Du producteur au supermarché : faut-il créer des sociétés régionales de distribution alimentaire ?
- SMIG et retraites : l’Istiqlal promet une hausse progressive, mais selon quel calendrier ?
- La classe moyenne, grande oubliée des aides publiques ? L’Istiqlal veut lui consacrer un plan national : Fiscalité, logement, revenus, protection contre le déclassement :
- Premier logement : peut-on vraiment réduire l’apport demandé aux jeunes Marocains ?
- École publique : l’Istiqlal veut mesurer la qualité établissement par établissement
- Préscolaire gratuit de 4 à 6 ans : une mesure sociale qui pourrait peser sur toute une génération
- Médecin référent : l’Istiqlal veut-il mettre fin au parcours de soins en zigzag ?
- Une Agence nationale des urgences : que changerait-elle pour un Marocain qui compose le numéro des secours ?
- Le programme « Afaq » pour les NEET : ne laisser aucun jeune sans solution plus de six mois.
- 100 000 talents numériques : le Maroc peut-il exporter du travail plutôt que ses jeunes ?
- freelancing, travail à distance, compétences numériques et exportation de services depuis le Maroc.
- 90 jours de carburants, quatre mois de céréales, six mois de médicaments : l’Istiqlal veut fixer des stocks minimums
- « L’eau d’abord » : le programme veut-il changer la façon dont le Maroc subventionne son agriculture ? Relier aide publique, empreinte hydrique et budgets par bassin. C’est une des mesures qui touche directement au modèle agricole.
- IA, médicaments, flotte marchande, énergie, alimentation, ... : jusqu’où va la nouvelle doctrine de souveraineté de l’Istiqlal ?