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À quand une grande fresque cinématographique sur le Roi Hassan II ?


Par Anwar CHERKAOUI : Acteur Associatif.

Certaines vies semblent avoir été écrites pour le cinéma.
Non parce qu'elles sont exemptes de controverses ou de contradictions, mais parce qu'elles concentrent, dans un même destin, la grandeur, le drame, la vision, les épreuves et l'empreinte laissée sur l'Histoire.



​Le règne du Roi Hassan II appartient incontestablement à cette catégorie.

À l'heure où le cinéma mondial consacre de grandes productions à des figures politiques qui ont marqué leur époque, une question s'impose :

Pourquoi n'existe-t-il pas encore une grande fresque cinématographique consacrée au Roi Hassan II ?

Tous les ingrédients d'une œuvre de portée internationale sont réunis.

Celui d'abord d'un homme d'État qui a traversé près de quatre décennies d'une histoire particulièrement mouvementée. 

Guerre froide, décolonisation, conflits régionaux, mutations géopolitiques, relations Nord-Sud, diplomatie arabe, africaine et occidentale : Hassan II fut un acteur majeur de son temps, respecté autant par ses alliés que par ses adversaires.

Il possédait ce que les Arabes qualifient de « dahâ' siyassi » : une intelligence politique hors du commun, faite d'anticipation, de patience, d'habileté et d'un remarquable sens du rapport de force.

Le personnage offre également une dimension dramatique exceptionnelle.

Deux tentatives de coup d'État, parmi les plus spectaculaires du XXᵉ siècle, auraient pu mettre fin à son règne.

Elles contribuèrent au contraire à renforcer son image d'homme capable de faire face à l'adversité avec un sang-froid rarement observé chez un chef d'État.

Puis vint l'un des épisodes les plus extraordinaires de l'histoire contemporaine : la Marche Verte.

Mobiliser des centaines de milliers de citoyens autour d'une cause nationale, sans recours aux armes, demeure un événement qui continue de susciter l'intérêt des historiens, des stratèges et des spécialistes des mouvements populaires.

Cette séquence, à elle seule, possède une puissance cinématographique considérable.

Mais écrire un scénario de fiction sur Hassan II supposerait aussi d'explorer les zones d'ombre qui ont accompagné son long règne. 

Celui-ci fut marqué par une opposition politique particulièrement vive, des tensions profondes avec une partie de la classe politique et des épisodes qui ont durablement marqué la mémoire nationale. 

Cette période est souvent désignée sous le nom d'« années de plomb », expression qui renvoie à des décennies de fortes tensions politiques et à des atteintes aux droits humains, avant qu'un important travail de reconnaissance et de réconciliation ne soit engagé par la suite.

C'est précisément cette coexistence entre les moments de grandeur et les périodes de crise qui donnerait à une œuvre cinématographique toute sa force dramatique. 

Les grandes fresques historiques ne naissent pas de personnages idéalisés, mais d'hommes confrontés à des choix difficiles, à des défis exceptionnels et à des décisions dont les conséquences continuent d'alimenter le débat historique.

Mais le Roi Hassan II ne fut pas seulement un stratège politique.

Il était aussi un homme de culture, un lecteur passionné, un passionné de musique, du golf, du jeu de carte " Touti" et un intellectuel dont les discours témoignaient d'une solide connaissance de l'histoire, de la philosophie, des religions et des relations internationales.

Ses échanges avec de nombreuses personnalités du monde politique, intellectuel, médiatique et diplomatique constituent aujourd'hui un patrimoine documentaire d'une richesse exceptionnelle.

Peu de chefs d'État ont laissé derrière eux un tel volume d'archives : discours, interviews, entretiens télévisés, conférences de presse, images officielles, enregistrements sonores, correspondances et témoignages.

Cette matière première est déjà celle dont rêvent les scénaristes.

Naturellement, une telle œuvre ne pourrait être ni une hagiographie, ni un réquisitoire.

Les grandes productions historiques trouvent leur force dans leur capacité à montrer toute la complexité d'un personnage, ses réussites comme ses défis, ses convictions comme les interrogations que son action continue de susciter. 
C'est cette profondeur qui transforme une biographie en œuvre universelle.

Le titre pourrait être d'une extrême simplicité :

- Le Roi.
Deux mots seulement.
Un titre sobre, puissant et symbolique.

Un film qui ne raconterait pas seulement le parcours d'un souverain, mais aussi celui d'un pays en pleine transformation, les espoirs d'un peuple, les défis d'une époque et les choix qui façonnent durablement une nation

Le cinéma possède parfois cette capacité unique : faire revivre l'Histoire tout en la transmettant aux nouvelles générations.

Peut-être est-il temps que l'une des figures les plus marquantes de l'histoire contemporaine du Maroc trouve enfin, sur grand écran, la fresque que son destin semble appeler.


Mardi 28 Juillet 2026