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AWS perd l’accès à des données après les frappes : et si le vrai sujet du cloud marocain était la deuxième copie ?


Rédigé par le Mercredi 16 Septembre 2026

Amazon Web Services reconnaît ne toujours pas pouvoir restaurer certaines infrastructures cloud endommagées par les frappes au Moyen-Orient. À Bahreïn, plusieurs zones de disponibilité ont été touchées au-delà des scénarios pour lesquels elles avaient été conçues. Dans une zone des Émirats, certaines ressources restent également inaccessibles. La guerre vient ainsi de rappeler une évidence oubliée : le cloud n’est pas un nuage. Ce sont des bâtiments. Et pour le Maroc, la souveraineté numérique ne devrait peut-être plus commencer par « où sont mes données ? », mais par « où est leur deuxième copie ? ».



AWS perd l’accès à des données après les frappes : et si le vrai sujet du cloud marocain était la deuxième copie ?
Le mot « cloud » est probablement l'une des plus belles réussites marketing de l'histoire informatique.

Un nuage.

Léger.

Omniprésent.

Presque immatériel.

Sauf qu'un cloud pèse plusieurs milliers de tonnes.

Il contient des serveurs, des transformateurs, des groupes électrogènes, des fibres, des systèmes de refroidissement et des bâtiments remplis d'électronique.

La guerre au Moyen-Orient vient brutalement de le rappeler.

Amazon Web Services reconnaît ne pas pouvoir rétablir l'accès à son infrastructure cloud de Bahreïn ni à certaines ressources hébergées exclusivement dans une zone des Émirats arabes unis après les dommages physiques provoqués par les frappes de missiles et de drones.

À Bahrein, la redondance régionale n'a pas suffi

L'information mérite attention parce qu'elle touche au principe même sur lequel repose le cloud moderne.

Les grands fournisseurs divisent généralement leurs régions en plusieurs « Availability Zones ».

L'idée est simple.

Si un site connaît un problème, un autre prend le relais.

C'est une excellente protection contre une panne électrique, une défaillance technique ou certains incidents localisés.

Mais la guerre introduit un scénario différent.

Selon AWS, plusieurs zones de disponibilité de Bahreïn ont subi des dommages, dépassant les seuils pour lesquels les services régionaux et multi-zones avaient été conçus.

Autrement dit : plusieurs paniers de secours peuvent devenir inutiles lorsqu'ils sont tous placés dans la même tempête.

Des clients avaient eu le temps de partir

Il existe néanmoins une bonne nouvelle.

Après les premiers dommages, AWS avait recommandé à ses clients de déplacer leurs charges de travail vers d'autres régions.

La majorité l'aurait fait avant qu'un nouvel incident ne mette ensuite l'ensemble de la région de Bahreïn hors ligne.

C'est exactement ce qu'est un plan de continuité.

Il ne consiste pas à promettre qu'un data center ne tombera jamais.

Il consiste à pouvoir continuer lorsqu'il tombe.

Et les données qui n'avaient pas été copiées ?

C'est là que le sujet devient beaucoup plus inconfortable.

AWS indique avoir épuisé les possibilités de restauration pour certaines ressources non migrées et continue d'accompagner les clients concernés. Dans les Émirats, une zone reste inaccessible.

L'affaire ne signifie pas que « toutes les données AWS de la région ont disparu ».

Ce serait faux.

Mais elle démontre qu'une donnée stockée exclusivement dans un emplacement physiquement inaccessible peut devenir, elle aussi, inaccessible.

Le cloud n'annule donc pas la géographie.

Pour le Maroc, la question est immédiate

Le Maroc veut développer ses data centers.
  • Ses infrastructures cloud.
  • Son intelligence artificielle.
  • Ses services publics numériques.
Mais où seront stockées les copies ?

- Prenons une banque.

Si sa base principale est à Casablanca et sa sauvegarde critique dans un bâtiment voisin, possède-t-elle réellement deux infrastructures indépendantes ?

Même question pour une administration.

- Un hôpital.
- Une compagnie d'assurance.
- Un opérateur télécom.
- Une plateforme stratégique.

La redondance ne doit pas seulement être informatique.

Elle doit aussi être géographique.

Souvraineté ne signifie pas tout mettre au même endroit

Il existe ici un paradoxe.

La volonté de souveraineté numérique peut conduire un pays à vouloir conserver toutes ses données sur son territoire.

Mais si cette politique aboutit à concentrer l'ensemble des données critiques dans quelques sites voisins, elle peut créer une nouvelle vulnérabilité.

La souveraineté réelle consiste moins à posséder un bâtiment qu'à conserver la capacité de fonctionner lorsqu'un bâtiment disparaît.
  • Cela suppose plusieurs sites.
  • Des réseaux indépendants.
  • Des alimentations différentes.
  • Des copies hors ligne pour certaines données.
  • Des procédures de reprise testées régulièrement.
Et, pour les systèmes les plus critiques, une réflexion sur la distance géographique entre les infrastructures.

Souvraineté ne signifie pas tout mettre au même endroit

Il existe ici un paradoxe.

La volonté de souveraineté numérique peut conduire un pays à vouloir conserver toutes ses données sur son territoire.

Mais si cette politique aboutit à concentrer l'ensemble des données critiques dans quelques sites voisins, elle peut créer une nouvelle vulnérabilité.

La souveraineté réelle consiste moins à posséder un bâtiment qu'à conserver la capacité de fonctionner lorsqu'un bâtiment disparaît.

- Cela suppose plusieurs sites.
- Des réseaux indépendants.
- Des alimentations différentes.
- Des copies hors ligne pour certaines données.
- Des procédures de reprise testées régulièrement.

Et, pour les systèmes les plus critiques, une réflexion sur la distance géographique entre les infrastructures.

La deuxième copie est peut-être plus importante que le premier cloud

Le Maroc doit évidemment attirer et construire davantage de capacités cloud.

Mais l'expérience du Golfe apporte une leçon supplémentaire.

Ne demandons pas seulement : qui héberge nos données ?
Demandons : où se trouve leur copie ?
Sur quel réseau ?
À quelle distance ?
Avec quelle autonomie ?
Combien de temps faut-il pour redémarrer ?
Et quand le plan de reprise a-t-il été réellement testé pour la dernière fois ?

Le cloud promettait de faire disparaître l'ordinateur de notre bureau.

Il n'a jamais fait disparaître le bâtiment qui se trouve derrière.

La guerre vient de nous rappeler quelque chose que l'informatique avait presque réussi à nous faire oublier : une donnée virtuelle peut mourir d'un problème très physique.




Mercredi 16 Septembre 2026