L’Afrique regorge d’entreprises dynamiques, mais nombreuses restent freinées par le manque de capital de croissance. C’est précisément à ce segment les petites et moyennes entreprises que s’attaque Adenia Entrepreneurial Fund 1, un véhicule d’investissement géré par Adenia Partners, plateforme panafricaine de private equity fondée en 2002 et bien implantée sur le continent depuis plus de vingt ans.
La valeur ajoutée de ce fonds est double : apporter des capitaux importants là où ils font défaut, tout en pilotant directement les stratégies de croissance des entreprises cibles. Concrètement, AEF1 ambitionne de lever entre 150 et 180 millions de dollars pour investir dans 10 à 12 PME africaines, avec des tickets compris entre 10 et 20 millions $ par entreprise.
Ce qui distingue AEF1, c’est sa préférence pour des participations majoritaires. Cela signifie que le fonds ne se contente pas d’être un simple investisseur financier : il veut s’impliquer dans la gouvernance, améliorer les pratiques de gestion et accompagner les entreprises dans leurs stratégies d’expansion. Une démarche qui casse avec la logique de financement traditionnel souvent trop passif.
Un soutien institutionnel robuste
Le premier tour de table d’AEF1 donne le ton : la Banque africaine de développement (BAD) a annoncé en novembre 2025 une contribution de 15 millions $, validée par son conseil d’administration à Abidjan, qui marque une étape concrète du déploiement du fonds.
La Banque européenne d’investissement (BEI) est, de son côté, engagée à hauteur d’environ 38 millions $, apportant non seulement des capitaux mais aussi une crédibilité internationale accrue.
Quant à la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, elle prépare un investissement direct de 30 millions $, accompagné d’une enveloppe de 20 millions $ de co-investissement, qui sera soumis à l’approbation de son conseil en février 2026.
Ce soutien de poids devrait rassurer d’autres investisseurs internationaux, souvent hésitants à s’aventurer dans l’univers du capital-investissement africain en raison des risques perçus.
Impact socio-économique : un pari mesuré mais significatif
Au-delà des chiffres, les projections de la BAD donnent de la matière à débat et à espoir. Selon les estimations officielles, le fonds pourrait générer 55,5 millions $ de recettes fiscales pour les gouvernements africains sur la durée de vie d’AEF1, un bénéfice indirect mais essentiel pour les budgets nationaux.
Du point de vue de l’emploi, près de 1 810 emplois locaux à plein temps devraient être créés, parmi lesquels 45 % pour les femmes et 55 % pour les jeunes une donnée particulièrement pertinente pour le Maroc, où le taux de chômage des jeunes reste une préoccupation majeure.
Dans une anecdote révélatrice, plusieurs dirigeants de PME rencontrés à Casablanca lors d’un forum entrepreneurial ont témoigné des difficultés à trouver des financements structurants. Un chef d’entreprise dans le secteur des énergies renouvelables confiait récemment : « On a des idées, une demande locale forte, mais sans capital patient, difficile de penser à l’échelle régionale. » Si AEF1 parvient à transformer la promesse en réalité, ce témoignage ne restera pas isolé.
Le Maroc, point d’ancrage africain
Le Royaume ne figure pas uniquement comme une mention géographique. Adenia y est présente depuis 2021, notamment après l’acquisition en partenariat avec Proparco d’Overseas Catering Services (OCS), acteur dans la restauration d’entreprise.
Dans la vision d’Adenia, le Maroc représente une plate-forme stratégique vers les marchés africains francophones et au-delà. Cela se lit dans la diversité des bureaux régionaux de la société, qui couvre aussi l’Afrique de l’Est, du Sud et de l’Ouest.
Une stratégie inclusive mais pas sans défis
Le discours officiel, relayé par la BAD et la BEI, met sou vent l’accent sur l’intégration régionale et la croissance inclusive. En investissant dans des entreprises qui opèrent à l’échelle régionale, AEF1 cherche à favoriser des champions africains capables de franchir les frontières.
Pour autant, certains acteurs restent prudents. Attirer des capitaux privés additionnels jusqu’à atteindre la cible de 180 millions $ n’est pas une mince affaire dans un marché encore émergent. Les risques de change, la maturité variable des marchés et la concurrence d’autres classes d’actifs sont autant de défis à relever.
Alors que les institutions financières internationales mettent l’accent sur l’impact social et économique, Adenia Entrepreneurial Fund 1 pourrait bien représenter un tournant pour les PME africaines et par ricochet, pour l’écosystème entrepreneurial marocain. En catalysant capitaux, expertise et ambitions régionales, ce fonds illustre une nouvelle forme de coopération économique, durable et inclusive. Reste à voir si les promesses élevées se traduiront, sur le terrain, en une croissance réelle et partagée à travers tout le continent.