Aéronautique : le Maroc vise 5 milliards de dollars d'exportations annuelles d'ici trois ans

L'industrie aéronautique marocaine peut-elle franchir une nouvelle étape dans la fabrication de composants à forte valeur ajoutée ?


Rédigé par le Lundi 12 Octobre 2026

L'industrie aéronautique marocaine affiche de nouvelles ambitions après le Marrakech Airshow, organisé du 7 au 10 octobre 2026. Selon les déclarations du président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales, les exportations du secteur pourraient passer d'environ 3 à 5 milliards de dollars par an dans les trois prochaines années. Cette perspective accompagne la diversification industrielle du Royaume et les projets de grands équipementiers. Elle reste néanmoins un objectif sectoriel, et non une croissance déjà réalisée ou garantie.



​Une ambition annoncée à Marrakech

Le secteur aéronautique marocain souhaite accélérer son développement.
Dans des déclarations rapportées par Reuters le 8 octobre, Mohammed Bellatig, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), a indiqué que les exportations annuelles du secteur pourraient atteindre 5 milliards de dollars d'ici trois ans, contre un niveau actuellement proche de 3 milliards.

Ce chiffre constitue une projection portée par les représentants de l'industrie.

Il ne doit pas être présenté comme une prévision officielle garantie ni comme un carnet de commandes ferme.

Selon les données citées, l'écosystème industriel regroupe environ 160 entreprises et emploie quelque 25 000 personnes.

Ces entreprises participent aux chaînes d'approvisionnement de grands acteurs internationaux, notamment Airbus, Boeing et Safran.

L'importance de cet écosystème repose sur son insertion dans une industrie mondiale fortement structurée, où les exigences de qualité, de traçabilité et de certification sont particulièrement élevées.

Le Marrakech Airshow a fourni une vitrine à cette ambition, en réunissant des industriels et des représentants institutionnels autour des perspectives de production, d'investissement et de coopération.

​Monter en gamme dans la chaîne de valeur

Le principal enjeu pour l'industrie aéronautique marocaine n'est pas uniquement d'augmenter ses volumes de production.

Il s'agit également de développer des activités plus complexes et de retenir davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.

Historiquement, l'implantation de fournisseurs aéronautiques dans différents pays s'est accompagnée d'une répartition internationale des opérations industrielles.

Certaines installations produisent des pièces, d'autres réalisent des assemblages, des opérations de maintenance ou des équipements spécialisés.

La montée en gamme consiste à développer progressivement des compétences industrielles permettant de prendre en charge des étapes plus exigeantes.

Les activités liées aux moteurs, aux trains d'atterrissage et à certains systèmes embarqués illustrent cette évolution possible.

La fabrication d'un élément critique nécessite cependant des investissements importants, des procédures de contrôle strictes et des qualifications spécialisées.

Une implantation industrielle ne devient pleinement opérationnelle qu'après la réalisation des équipements, la validation des processus et la montée en cadence.

Cette distinction est déterminante pour évaluer la portée des annonces.

​Safran et les investissements structurants

Le groupe français Safran figure parmi les acteurs importants du développement de l'écosystème marocain.

En février 2026, l'entreprise a annoncé un investissement d'environ 280 millions d'euros dans une usine de trains d'atterrissage près de Casablanca.

Selon Reuters, cette installation doit notamment contribuer à l'approvisionnement de la famille Airbus A320 et préparer des activités associées aux générations futures d'appareils court et moyen-courriers.

Le démarrage de la production est prévu pour 2029.

Il s'agit donc d'un investissement industriel annoncé dont les effets opérationnels les plus importants doivent encore se matérialiser.

D'autres projets concernant l'assemblage de moteurs et leur maintenance participent à la consolidation des compétences aéronautiques.

La présence de plusieurs activités complémentaires peut favoriser la constitution d'un écosystème plus intégré.

Elle ne garantit toutefois pas automatiquement la création d'un réseau étendu de sous-traitants nationaux.

Cet objectif dépend des politiques d'approvisionnement des groupes industriels, du niveau technologique des fournisseurs et de leur compétitivité.

​Emploi, formation et fournisseurs locaux

L'expansion de l'aéronautique pose directement la question de la disponibilité des compétences.

Les besoins concernent les ingénieurs, les techniciens, les opérateurs qualifiés, les spécialistes de la maintenance et les métiers du contrôle qualité.

L'industrie doit également disposer de profils capables de travailler avec des logiciels de conception, des machines de production avancées et des normes internationales.

Pour les organismes de formation, l'enjeu réside dans l'adaptation régulière des programmes à l'évolution des procédés industriels.

Les entreprises marocaines peuvent, de leur côté, chercher à renforcer leur présence dans les activités de sous-traitance, d'outillage, de logistique et de services techniques.

Cette intégration nécessite des investissements et des certifications qui peuvent représenter des obstacles importants pour les PME.

La croissance des exportations ne se traduira donc pas nécessairement par une progression équivalente de l'emploi.

L'évolution de la productivité, de l'automatisation et de la nature des activités devra également être prise en compte.

​Une trajectoire à mesurer dans la durée

Le passage de 3 à 5 milliards de dollars d'exportations annuelles correspondrait à une progression importante si cet objectif était atteint.

Mais plusieurs variables peuvent influencer cette trajectoire.

Parmi elles figurent la demande mondiale d'avions, les capacités de production des constructeurs, les cycles d'investissement, les approvisionnements industriels et les conditions internationales de transport.

La mesure des résultats devra s'appuyer sur les statistiques d'exportation effectivement enregistrées et sur les investissements entrés en production.

L'emploi qualifié, la part des achats locaux et la diversification des activités constitueront également des indicateurs pertinents.

Au-delà du montant exporté, le véritable enjeu industriel concerne la capacité du Maroc à consolider durablement sa position dans les chaînes de valeur aéronautiques mondiales.




Lundi 12 Octobre 2026
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