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Affaire Pr Cherkab : M. le ministre, la transparence est aussi un devoir de santé publique


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et de santé.

Quand un médecin est condamné et que des soupçons de fraudes ou d’abus au sein d’un hôpital universitaire sont évoqués, le silence institutionnel ne dissipe pas le doute.
Il l’alimente.

Au ministre de la Santé de faire toute la lumière sur ce qui relève de ses responsabilités, sans empiéter sur celles de la justice.



​Monsieur le ministre,

L’affaire du Pr Rachid CHERKAB ne devrait pas être réduite à un affrontement entre défenseurs d’un médecin et partisans de sa condamnation. 

Elle pose une question autrement plus importante : dans notre système de santé, quelle place accordons-nous à la vérité, à la responsabilité et au droit d’alerter ?

Un médecin a été condamné à une peine de prison. 

Selon les accusations rapportées, il lui est reproché d’avoir diffusé de fausses allégations.

D’autres voix soutiennent qu’il aurait été pris pour cible après avoir dénoncé des abus ou des fraudes présumés au sein d’un hôpital public universitaire.

Deux récits s’opposent.

Mais ni l’indignation, ni les solidarités professionnelles, ni les accusations publiques ne sauraient remplacer l’établissement rigoureux des faits.

​Nous ne prétendons pas connaître l’intégralité du dossier.

Nous ne demandons ni traitement de faveur, ni immunité pour un praticien au motif qu’il porte une blouse blanche. 

La justice doit suivre son cours, dans le respect de ses décisions, des voies de recours éventuellement ouvertes et des droits de chacun.

Mais une autre exigence s’impose : les éventuels dysfonctionnements dénoncés méritent-ils d’être examinés ? 

Et qui doit s’en assurer ?

​Condamner les dérives, protéger le droit d’alerter

Il faut le rappeler sans ambiguïté : un médecin n’est pas au-dessus des lois. 

La liberté d’expression ne donne à personne le droit de propager sciemment des contrevérités ou de porter atteinte aux droits d’autrui.

Mais l’exigence de responsabilité doit fonctionner dans les deux sens.

Une accusation mensongère n’est pas une alerte de bonne foi. 

Une alerte sincère mais insuffisamment étayée ne constitue pas automatiquement la preuve d’une fraude. 

Et la révélation de faits graves, lorsqu’ils sont établis, ne peut être balayée au seul motif que leur divulgation dérange.

Ces distinctions sont essentielles.

Car derrière cette affaire se profile un enjeu qui dépasse le sort d’un seul médecin : la capacité de notre système de santé à entendre les alertes, à corriger ses erreurs et à protéger ceux qui signalent de bonne foi des pratiques susceptibles de nuire aux patients ou aux finances publiques.

Quel directeur, quel professeur, quel soignant osera demain signaler une irrégularité s’il craint que l’alerte ne se retourne contre lui ?

Et quel citoyen pourra encore faire confiance à l’hôpital public si les soupçons graves ne trouvent jamais de réponse vérifiable ?

Monsieur le ministre, votre responsabilité commence ici

Vous n’êtes ni juge, ni procureur. 

Il ne vous appartient pas de commenter la culpabilité du Pr Cherkab, encore moins de dicter une conduite à la justice.

En revanche, lorsqu’il est question de possibles dysfonctionnements dans un établissement public de santé relevant de votre champ de responsabilité, vous ne pouvez vous réfugier derrière cette séparation des pouvoirs pour vous dispenser d’agir.

Votre responsabilité politique et administrative est engagée, dans les limites de vos compétences.

Vous disposez d’une occasion de transformer une controverse en démarche de clarification.

D’abord, faire examiner les éléments relevant de votre département, dans le cadre des procédures légales et avec les garanties d’impartialité nécessaires.

Ensuite, si les circonstances le justifient, faire diligenter une enquête administrative rigoureuse, indépendante dans sa conduite et respectueuse de la procédure judiciaire, sans interférence avec celle-ci.

Enfin, rendre compte des conclusions communicables, dans le respect du secret professionnel, des données personnelles, des droits des personnes concernées et des éventuelles contraintes judiciaires.

Si les accusations sont infondées, les faits vérifiables doivent permettre de le comprendre.

Si des abus ou des fraudes sont établis, les responsabilités doivent être assumées, sans distinction de grade, de fonction ou d’influence.

Et si aucune irrégularité n’est démontrée, cette conclusion doit également pouvoir être expliquée.

​Le silence n'est pas une stratégie de gouvernance

Monsieur le ministre, notre système de santé souffre déjà d’un déficit de confiance. 

La restaurer exige davantage que des réformes organisationnelles, des investissements ou des discours sur la modernisation.

Elle exige une culture de responsabilité, une administration capable de s’interroger et des institutions qui ne confondent pas la préservation de leur image avec la défense de l’intérêt général.

L’hôpital n’appartient ni à ses dirigeants, ni à ses corporations, ni à ses réseaux d’influence. 
Il appartient à la collectivité et existe pour les malades.

C’est pourquoi cette affaire mérite mieux qu’un silence embarrassé ou qu’une bataille de déclarations.

Monsieur le ministre, vous ne pouvez pas juger à la place des magistrats. 
Mais vous pouvez contribuer à ce que les faits relevant de vos compétences soient établis.

La justice doit dire le droit. 
L’administration doit répondre de son fonctionnement. 
Et la santé publique ne peut prospérer dans l’opacité.

Voilà pourquoi, Monsieur le ministre, vous ne devez pas vous taire.


Jeudi 29 Octobre 2026

La Rédaction