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Ahmed Bayad : « La jeunesse ne doit plus être un simple vivier électoral »


À l'approche des prochaines échéances électorales, une question s'impose avec de plus en plus d'acuité : quelle place les jeunes occupent-ils réellement dans les partis politiques marocains ? Sont-ils de véritables acteurs du renouvellement démocratique ou demeurent-ils trop souvent relégués au rang de figurants mobilisés uniquement pendant les campagnes électorales ?



Faire de la politique ou regarder les autres décider ? Le défi de la jeunesse marocaine

C'est autour de cette problématique qu'a porté l'entretien entre le journaliste Mohamed El Ouardi et le politologue Ahmed Bayad, réalisé dans le cadre de la couverture spéciale du 14ᵉ Congrès général du Conseil national de la Jeunesse Istiqlalienne. Un échange consacré aux mécanismes d'intégration des jeunes dans les structures partisanes, aux obstacles qui freinent leur ascension, mais aussi aux conditions indispensables pour faire émerger une nouvelle génération de responsables politiques.

Pour Ahmed Bayad, la jeunesse constitue aujourd'hui l'un des principaux leviers du renouvellement démocratique. Dans un contexte marqué par une profonde mutation des attentes citoyennes, les partis politiques ne peuvent plus se contenter d'afficher des discours favorables aux jeunes. Ils doivent leur offrir de véritables parcours d'évolution, fondés sur la compétence, le mérite et la formation.

Selon lui, l'expérience du Parti de l'Istiqlal repose précisément sur cette logique de progression. Les jeunes commencent leur engagement au sein de la Jeunesse Istiqlalienne avant d'accéder progressivement aux responsabilités locales, régionales puis nationales. Cette montée en responsabilité ne relève pas d'un droit automatique, mais d'un apprentissage continu qui prépare les futurs élus à exercer des fonctions publiques.

L'entretien aborde également une question souvent sensible : celle de l'autonomie des organisations de jeunesse à l'intérieur des partis. Ahmed Bayad rappelle qu'aucune organisation politique ne peut fonctionner durablement sans règles communes. La liberté d'expression est essentielle, mais elle s'exerce dans le respect des statuts, des instances élues et des procédures internes.

Autrement dit, la liberté ne signifie pas l'absence de cadre. Elle doit permettre le débat, la confrontation des idées et la critique constructive, sans remettre en cause la cohésion de l'organisation. Pour lui, cette discipline constitue une condition nécessaire à la crédibilité des partis et à la qualité de leur action politique.

Le débat s'est ensuite concentré sur une réalité largement partagée : la difficulté pour de nouveaux visages de s'imposer sur la scène politique. Malgré leur poids démographique, les jeunes demeurent encore sous-représentés dans de nombreuses instances décisionnelles.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. La perte de confiance envers les formations politiques, le sentiment que les parcours sont parfois verrouillés, ou encore l'impression que les logiques relationnelles prennent le pas sur la compétence alimentent une forme de découragement chez une partie de la jeunesse.

Ahmed Bayad invite toutefois à nuancer ce constat. Toutes les formations politiques ne fonctionnent pas selon les mêmes mécanismes et plusieurs d'entre elles ont engagé, ces dernières années, un véritable travail de renouvellement interne afin de favoriser l'émergence de nouvelles générations de responsables.

L'engagement politique, insiste-t-il, ne commence d'ailleurs pas le jour d'une candidature électorale. Il se construit progressivement par la participation aux débats, le travail de terrain, la formation, l'écoute des citoyens et la capacité à proposer des solutions concrètes aux préoccupations de la société.

Cette réflexion prend une dimension particulière dans la perspective des prochaines élections législatives. Les attentes de la jeunesse dépassent largement les promesses de campagne. Elles concernent l'emploi, l'éducation, l'égalité des chances, le logement, mais également la qualité de la représentation politique.

Pour répondre à ces aspirations, les partis devront aller au-delà du simple renouvellement des visages. Ils devront instaurer une véritable culture de la responsabilité, où les jeunes ne seront plus considérés comme une réserve électorale mais comme des partenaires à part entière dans la construction des politiques publiques.

L'entretien souligne également que la démocratie ne se limite pas au vote. Elle suppose une implication permanente dans les structures politiques, associatives et citoyennes. Plus les jeunes investiront ces espaces, plus ils seront en mesure d'influencer les décisions qui concernent leur avenir.

En conclusion, Ahmed Bayad adresse un message clair à la jeunesse marocaine : il ne suffit pas de dénoncer les dysfonctionnements du système politique. Il faut également accepter d'y prendre part pour le transformer de l'intérieur. Car les grandes réformes ne naissent pas de l'abstention ou de la contestation permanente, mais de l'engagement, de la persévérance et de la responsabilité.

Le véritable défi des prochaines années sera donc de transformer cette volonté de participation en une présence durable dans les centres de décision. C'est à cette condition que la jeunesse pourra pleinement jouer son rôle dans le renouvellement de la vie politique marocaine.
Mercredi 15 Juillet 2026