La décision de créer cette zone industrielle lancée via une convention cadre signée en août 2022 à Rabat visait à dynamiser l’attractivité de Fès et de sa région, à créer de l’emploi et à relocaliser des activités jugées nuisibles vers un site dédié. Le projet, financé à parts égales par le ministère de l’Industrie et du Commerce et la région de Fès‑Meknès, comprend des espaces variés : une zone généraliste, une plateforme de commerce de gros, une zone d’activités économiques, des secteurs pour les huileries et pour les dépôts de stockage de gaz.
Pourtant, des réserves importantes ont été formulées par les partenaires du projet. D’un côté, le site d’Ain Bida se situe à proximité immédiate de zones résidentielles et d’un barrage alimentant en eau une grande partie de la préfecture de Fès. Cette proximité soulève des inquiétudes claires chez les riverains et les associations environnementales, qui redoutent la gestion des rejets et la sécurité des infrastructures liées à des activités potentiellement dangereuses notamment le stockage de margines ou de gaz. Ces questions, longtemps abordées sous forme d’alertes, prennent aujourd’hui une dimension plus pressante dans le débat public local.
Sur le plan économique, la combinaison d’activités à la fois compatibles et incompatibles sur une même plateforme inquiète certains observateurs. La juxtaposition d’huileries, d’entrepôts de gaz et d’industries généralistes risque de donner une image floue du positionnement stratégique de la zone, ce qui peut freiner l’attraction d’investisseurs structurants à long terme. Une bonne partie du tissu économique de Fès, en particulier les PME locales, souhaiterait une segmentation plus claire des volets industriels afin de sécuriser leurs choix et de maximiser leurs retombées.
Pour faire face à ces défis, le Centre Régional d’Investissement (CRI) Fès‑Meknès a initié une étude de repositionnement stratégique qui vise à analyser les forces, les faiblesses, les attentes des parties prenantes et les comparaisons avec d’autres zones industrielles performantes. L’objectif est de définir un modèle d’affectation des lots mieux aligné sur les besoins réels des secteurs porteurs tout en intégrant des conditions strictes de durabilité et de sécurité.
La mise en œuvre réussie de ce repositionnement déterminera si Ain Bida deviendra un pilier industriel moderne pour Fès ou un projet symbolique témoignant des défis structurels de l’industrialisation au Maroc. La balle est désormais dans le camp des décideurs — et des investisseurs — pour transformer ce défi en opportunité durable.