L'ODJ Média

Alibaba, Baidu, BYD : quand Washington déclare la guerre froide technologique à visage découvert


Rédigé par La rédaction le Mercredi 10 Juin 2026

Alibaba. Baidu. BYD. Trois noms. Trois mastodontes. Trois symboles de la Chine moderne. Le premier incarne l’empire du commerce numérique et du cloud. Le deuxième, l’intelligence artificielle, les moteurs de recherche et la voiture autonome. Le troisième, la percée spectaculaire chinoise dans l’automobile électrique et les batteries.



En les plaçant sur une liste noire liée à l’armée chinoise, les États-Unis ne visent donc pas de simples entreprises. Ils ciblent une architecture industrielle.

Alibaba, Baidu, BYD : quand Washington déclare la guerre froide technologique à visage découvert
Celle qui a permis à la Chine, en deux décennies, de passer du statut d’atelier du monde à celui de puissance technologique capable de concurrencer, parfois de dépasser, les groupes occidentaux.

Officiellement, Washington accuse ces entreprises de contribuer, directement ou indirectement, à la stratégie chinoise de “fusion civilo-militaire”. En clair : les innovations du secteur privé pourraient, selon le Pentagone, nourrir les capacités industrielles, numériques ou militaires de Pékin. Pékin, de son côté, dénonce une politisation de l’économie et une volonté américaine de freiner l’ascension technologique chinoise.

Cette décision ne signifie pas, à ce stade, une interdiction totale d’activité aux États-Unis. Mais elle produit déjà un effet puissant : réputation fragilisée, investisseurs plus prudents, chaînes d’approvisionnement sous surveillance, pression politique accrue. Dans la guerre économique contemporaine, une liste noire n’est jamais seulement administrative. C’est un signal stratégique.

Le cas BYD est particulièrement révélateur. Le constructeur chinois est devenu l’un des grands champions mondiaux du véhicule électrique. Ses batteries, ses plateformes et ses prix agressifs bousculent les industriels européens, japonais et américains. En l’inscrivant dans cette catégorie sensible, Washington rappelle que la voiture électrique n’est plus seulement un marché : c’est un enjeu de souveraineté industrielle.

Alibaba et Baidu, eux, renvoient à un autre front : celui des données, du cloud, de l’intelligence artificielle et des infrastructures numériques. Autrement dit, les nerfs invisibles de la puissance. Dans un monde où l’IA, les semi-conducteurs, les capteurs, les batteries et les plateformes logicielles deviennent aussi stratégiques que le pétrole hier, la frontière entre commerce civil et sécurité nationale devient de plus en plus floue.

L’affaire dépasse donc largement les trois entreprises concernées. Elle confirme l’installation durable d’une guerre froide technologique entre Washington et Pékin. Une guerre sans déclaration officielle, mais avec ses embargos, ses listes, ses restrictions, ses pressions sur les alliés et ses batailles de normes.

Pour le reste du monde, notamment les pays émergents, la leçon est claire : la mondialisation heureuse est terminée. Les grandes puissances ne séparent plus vraiment technologie, commerce, défense et diplomatie. Elles les fusionnent dans une même stratégie d’influence.

Le Maroc, comme beaucoup d’autres pays, devra lire ce nouvel épisode avec lucidité. Les partenariats avec la Chine, les États-Unis ou l’Europe ne peuvent plus être abordés comme de simples choix commerciaux. Ils deviennent des choix d’architecture économique, de dépendance technologique et parfois d’alignement géopolitique.

Alibaba, Baidu et BYD ne sont peut-être que trois noms sur une liste. Mais derrière eux, c’est tout le XXIe siècle industriel qui se dessine : un monde où celui qui maîtrise les données, les batteries, les puces, les algorithmes et les plateformes ne domine pas seulement les marchés. Il pèse aussi sur les rapports de force entre États.




Mercredi 10 Juin 2026