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Amina Benkhadra : le Maroc accélère sur le gaz naturel, du Gharb à Tendrara jusqu’au gazoduc Nigeria-Maroc


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Vendredi 23 Janvier 2026

Le paysage gazier marocain connaît une phase de clarification et d’accélération progressive. Sollicitée par Les Inspirations ÉCO, Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), dresse un état des lieux précis d’un secteur encore modeste en volume, mais stratégique par ses enjeux économiques, industriels et géopolitiques. Entre bassins historiquement productifs, projets en développement et grandes infrastructures régionales, le Maroc affine sa trajectoire gazière dans un contexte énergétique sous tension.



Amina Benkhadra : le Maroc accélère sur le gaz naturel, du Gharb à Tendrara jusqu’au gazoduc Nigeria-Maroc

Depuis plusieurs décennies, le bassin du Gharb constitue l’épine dorsale de la production gazière nationale. Située au nord de Rabat, cette zone fournit un gaz biogénique qui alimente directement un tissu industriel dense, notamment autour de Kénitra. Automobile, papeterie, matériaux de construction : la demande locale a permis de rentabiliser des gisements de petite taille et peu profonds, rendus viables par l’existence d’un réseau de gazoducs étendu et bien interconnecté. Ici, le gaz n’est pas une promesse abstraite, mais une énergie utilisée au quotidien par les industriels.
 

Plus au sud, le bassin d’Essaouira confirme une autre réalité du gaz marocain : sa fonction d’appui à des filières stratégiques. Le gisement de Meskala fournit depuis les années 1980 du gaz et du condensat aux installations de séchage et de calcination de l’OCP, au service du centre minier de Youssoufia. Le bassin produit également, de longue date, du pétrole issu du Jurassique et du gaz du Trias. Les récents forages ont mis en évidence de nouvelles accumulations de gaz dont le potentiel reste en cours d’évaluation, rappelant que même les zones dites matures n’ont pas livré tous leurs secrets.
 

C’est toutefois dans l’Oriental que se cristallisent aujourd’hui les attentes. Le gisement de Tendrara, développé par Sound Energy en partenariat avec l’ONHYM et le nouvel acteur marocain MANA Energy, est engagé dans une phase concrète de développement. Deux axes structurent ce projet : une production de GNL destinée aux industriels et une alimentation future des centrales de l’ONEE via un raccordement au gazoduc Maghreb-Europe. Tendrara symbolise une ambition pragmatique : produire localement pour sécuriser l’approvisionnement et réduire la dépendance extérieure.
 

Au sud du Royaume, le bassin paléozoïque de Zag–Bas Drâa reste largement sous-exploré. Une campagne sismique 2D de plus de 1 200 kilomètres, menée entre 2021 et 2022 par l’ONHYM, a permis d’améliorer la lecture géologique de cette région et d’identifier des indices favorables. Le potentiel est là, encore brut, mais suffisamment crédible pour attirer l’attention de futurs partenaires.
 

L’offshore atlantique, lui aussi, avance à petits pas. Au large de Tanger-Larache, la découverte réalisée sur les permis Lixus par la société britannique Chariot fait l’objet d’études détaillées afin d’affiner les ressources en gaz. Plus au sud, dans les segments Agadir-Tarfaya et Boujdour, les forages ont révélé des indices d’hydrocarbures et des roches mères de bonne qualité, sans déboucher à ce stade sur des découvertes commerciales.
 

Le constat global reste lucide : avec 379 puits forés au total, dont seulement 47 en offshore, le Maroc demeure très en-deçà des standards internationaux. Mais cette relative faiblesse explique aussi l’intérêt persistant des opérateurs. MANA Energy, Sound Energy, Chariot, NewMed ou Predator figurent parmi les acteurs engagés, tandis que de nouvelles licences sont à l’étude. Data rooms, discussions avancées et négociations de blocs offshore témoignent d’un marché qui reste ouvert et attractif.
 

Dans cette dynamique, le projet du gazoduc Nigeria-Maroc dépasse le seul cadre national. Les études d’ingénierie du Gazoduc Africain Atlantique sont achevées sur le plan conceptuel, et les études environnementales progressent par tronçon. Porté conjointement par l’ONHYM et la NNPC, avec l’appui de bailleurs internationaux, ce projet vise à renforcer la sécurité énergétique régionale et à positionner le Maroc comme un hub gazier africain.


Sans triomphalisme, le discours d’Amina Benkhadra esquisse une trajectoire cohérente : avancer par étapes, consolider l’existant et ouvrir de nouveaux fronts d’exploration. Le gaz naturel n’est pas présenté comme une solution miracle, mais comme un levier de transition, au service de l’industrie, de la souveraineté énergétique et d’une vision durable du développement. Pour le Maroc, l’enjeu n’est pas de rivaliser avec les grands producteurs, mais de bâtir une stratégie réaliste, ancrée dans ses besoins et ses atouts.





Vendredi 23 Janvier 2026