Pegasus est-il présent ? Qui l’a utilisé ?
La question est cruciale. Amnesty dispose d’une méthodologie forensique éprouvée pour détecter les traces de Pegasus. En 2021, le Citizen Lab avait validé indépendamment un échantillon de ses analyses, confirmant la solidité de sa détection des infections.
Partons d’un raisonnement confortant les dires d’Amnesty en prenant au sérieux les conclusions techniques relatives à l’existence d’infections ou de tentatives d’intrusion. La vraie question surgit alors aussitôt. Si l’outil est présent qui l’a actionné ?
Détecter Pegasus sur un téléphone n’équivaut pas à identifier automatiquement avec certitudes et donc juridiquement l’opérateur ayant commandité l’attaque.
C’est toute la différence entre une preuve technique et une preuve d’attribution. Le Citizen Lab lui-même rappelle que le lien entre une infection et un client précis de NSO peut parfois rester impossible à établir directement.
C’est donc sur cette chaîne d’attribution qu’il faut examiner le rapport avec la plus grande rigueur. Ce raisonnement, des plus élémentaires a-t-il échappé à Amnesty ?
Partons d’un raisonnement confortant les dires d’Amnesty en prenant au sérieux les conclusions techniques relatives à l’existence d’infections ou de tentatives d’intrusion. La vraie question surgit alors aussitôt. Si l’outil est présent qui l’a actionné ?
Détecter Pegasus sur un téléphone n’équivaut pas à identifier automatiquement avec certitudes et donc juridiquement l’opérateur ayant commandité l’attaque.
C’est toute la différence entre une preuve technique et une preuve d’attribution. Le Citizen Lab lui-même rappelle que le lien entre une infection et un client précis de NSO peut parfois rester impossible à établir directement.
C’est donc sur cette chaîne d’attribution qu’il faut examiner le rapport avec la plus grande rigueur. Ce raisonnement, des plus élémentaires a-t-il échappé à Amnesty ?
Une attribution fondée sur un faisceau hétérogène
Amnesty affirme pouvoir désigner la DGST comme responsable du déploiement marocain de Pegasus.
Pour y parvenir, elle combine plusieurs types de sources. Elle fait référence à des analyses forensiques, des données fuitées, des documents relatifs à des opérations de surveillance, informations sur les fournisseurs et surtout témoignage d’un ancien agent qu’elle appelle « Safir ».
On peut exprimer là de la stupéfaction quand même. Un agent qui surgit de nulle part…et qui revendique disposer de renseignements précieux…C’est à se questionner tout de même sur le sérieux de la démarche.
L’ONG Amnesty a-t-elle les outils pour traiter avec un prétendu ancien agent ? Même des services extrêmement bien rodés ont des difficultés à ce niveau. Il est évident que toutes ces catégories avancées n’ont pas la même force probante. Une trace numérique ne vaut pas un document authentifié.
Un document attribué à une administration ne vaut pas un document dont la chaîne de conservation et l’authenticité sont publiquement établies. Un témoignage, même détaillé, demeure un témoignage et peut être biaisé par les intérêts de celui qui l’avance.
Amnesty indique avoir corroboré « des éléments clés » du récit de Safir. Mais corroborer certains points ne revient pas à démontrer indépendamment chaque maillon de la chaîne de commandement.
Pour y parvenir, elle combine plusieurs types de sources. Elle fait référence à des analyses forensiques, des données fuitées, des documents relatifs à des opérations de surveillance, informations sur les fournisseurs et surtout témoignage d’un ancien agent qu’elle appelle « Safir ».
On peut exprimer là de la stupéfaction quand même. Un agent qui surgit de nulle part…et qui revendique disposer de renseignements précieux…C’est à se questionner tout de même sur le sérieux de la démarche.
L’ONG Amnesty a-t-elle les outils pour traiter avec un prétendu ancien agent ? Même des services extrêmement bien rodés ont des difficultés à ce niveau. Il est évident que toutes ces catégories avancées n’ont pas la même force probante. Une trace numérique ne vaut pas un document authentifié.
Un document attribué à une administration ne vaut pas un document dont la chaîne de conservation et l’authenticité sont publiquement établies. Un témoignage, même détaillé, demeure un témoignage et peut être biaisé par les intérêts de celui qui l’avance.
Amnesty indique avoir corroboré « des éléments clés » du récit de Safir. Mais corroborer certains points ne revient pas à démontrer indépendamment chaque maillon de la chaîne de commandement.
Où est la preuve de la décision politique ?
Si l’accusation vise l’État marocain, sept niveaux devraient être distingués :
- Un téléphone a été infecté ;
- L’infection provient bien de Pegasus ;
- L’opération est attribuable à un opérateur déterminé ;
- Cet opérateur était rattaché à une structure marocaine ;
- Cette structure agissait dans le cadre d’une opération officielle ;
- Cette opération relevait d’une chaîne de commandement identifiée ;
- Les responsables étatiques compétents en avaient connaissance ou l’avaient ordonnée.
Ces sept propositions, et il peut y en avoir d’autres, ne sont pas interchangeables. On peut disposer de preuves solides pour les deux premiers niveaux sans disposer de preuves publiques équivalentes pour les sixième ou septième.
C’est précisément là que le rapport doit être sérieusement interrogé.
- Un téléphone a été infecté ;
- L’infection provient bien de Pegasus ;
- L’opération est attribuable à un opérateur déterminé ;
- Cet opérateur était rattaché à une structure marocaine ;
- Cette structure agissait dans le cadre d’une opération officielle ;
- Cette opération relevait d’une chaîne de commandement identifiée ;
- Les responsables étatiques compétents en avaient connaissance ou l’avaient ordonnée.
Ces sept propositions, et il peut y en avoir d’autres, ne sont pas interchangeables. On peut disposer de preuves solides pour les deux premiers niveaux sans disposer de preuves publiques équivalentes pour les sixième ou septième.
C’est précisément là que le rapport doit être sérieusement interrogé.
Un rapport d’ONG n’est pas un jugement
Amnesty International est une organisation de défense des droits humains. Son rapport constitue une enquête qui se dit documentée, non une décision judiciaire. Il n’obéit donc pas aux règles d’une procédure contradictoire.
Le Maroc a été sollicité avant la publication et, selon Amnesty, n’a pas répondu.
Mais le silence d’une partie ne vaut pas aveu. C’est une règle élémentaire de raisonnement. Un État peut, en outre, considérer ne pas être concerné et ne pas se précipiter pour répondre.
Le Maroc a été sollicité avant la publication et, selon Amnesty, n’a pas répondu.
Mais le silence d’une partie ne vaut pas aveu. C’est une règle élémentaire de raisonnement. Un État peut, en outre, considérer ne pas être concerné et ne pas se précipiter pour répondre.
Quand la technique se mue en interprétation politique
Autre point contestable. Amnesty ne se contente pas d’exposer des éléments techniques et de se cantonner dans son rôle légitime.
Elle les inscrit dans une thèse plus large, celle d’une « machine de surveillance » marocaine destinée à harceler, discréditer et faire taire les voix critiques.
C’est un positionnement on ne peut plus politique. Cette interprétation peut se défendre, mais elle doit être distinguée des constatations techniques.
Ceux qui suivent de près la vie médiatique et politique du pays savent que les personnes dites visées, s’expriment régulièrement et que la réalité est très éloignée de ce qu’avance Amnesty. Une infection par Pegasus est un fait.
L’identité de l’opérateur est une question d’attribution. La finalité politique de l’opération constitue un niveau supplémentaire. La responsabilité institutionnelle de l’État en est un autre. Passer directement du premier au dernier exige une démonstration particulièrement robuste.
À ce stade, Amnesty semble avoir été vite en besogne.
Elle les inscrit dans une thèse plus large, celle d’une « machine de surveillance » marocaine destinée à harceler, discréditer et faire taire les voix critiques.
C’est un positionnement on ne peut plus politique. Cette interprétation peut se défendre, mais elle doit être distinguée des constatations techniques.
Ceux qui suivent de près la vie médiatique et politique du pays savent que les personnes dites visées, s’expriment régulièrement et que la réalité est très éloignée de ce qu’avance Amnesty. Une infection par Pegasus est un fait.
L’identité de l’opérateur est une question d’attribution. La finalité politique de l’opération constitue un niveau supplémentaire. La responsabilité institutionnelle de l’État en est un autre. Passer directement du premier au dernier exige une démonstration particulièrement robuste.
À ce stade, Amnesty semble avoir été vite en besogne.
La gradation de la certitude compte
Dans ledit rapport, Amnesty rappelle ses travaux de 2019 sur Maati Monjib et Abdessadak El Bouchattaoui, ainsi que ses conclusions de 2022 concernant deux téléphones d’Aminatou Haidar.
Cependant, les éléments avancés quant à l’existence de Pegasus n’ont jamais démontré la responsabilité directe de l’État marocain.
C’est peut-être ce désaveu qui a poussé Amnesty à en remettre une couche avec le récent rapport. Un rapport peut établir un fait avec une forte probabilité sans disposer d’une preuve directe transformant cette probabilité en certitude judiciaire.
Or, le vocabulaire d’Amnesty est plus catégorique que cette gradation ne le suggère. « Preuves fortes » ne signifie pas « preuve directe et incontestable ».
Cette nuance disparaît trop souvent lorsque le rapport devient, dans le débat public, un jugement définitif.
Cependant, les éléments avancés quant à l’existence de Pegasus n’ont jamais démontré la responsabilité directe de l’État marocain.
C’est peut-être ce désaveu qui a poussé Amnesty à en remettre une couche avec le récent rapport. Un rapport peut établir un fait avec une forte probabilité sans disposer d’une preuve directe transformant cette probabilité en certitude judiciaire.
Or, le vocabulaire d’Amnesty est plus catégorique que cette gradation ne le suggère. « Preuves fortes » ne signifie pas « preuve directe et incontestable ».
Cette nuance disparaît trop souvent lorsque le rapport devient, dans le débat public, un jugement définitif.
La réponse attendue :
Les faits, pas l’indignation. La meilleure réponse marocaine ne serait ni l’indignation ni le rejet global, mais une approche méthodique simple :
Quel appareil ? Quelle date ? Quelle attaque ? Quelle infrastructure ? Quel opérateur ? Quelle preuve rattachant cet opérateur à la DGST ? Quel document authentifié ? Quelle chaîne de conservation ? Quelle corroboration indépendante ? Quelle preuve de la chaîne de commandement ?
Dans cette affaire, à laquelle Amnesty veut donner une portée aussi sensible, l’enjeu n’est pas de savoir qui parle le plus fort, mais ce qui est démontré, ce qui est fortement étayé, ce qui est seulement probable et ce qui relève de l’interprétation. Le rapport d’Amnesty mérite d’être lu.
Mais il mérite surtout d’être audité ligne par ligne. Car entre « Pegasus a été détecté », « Pegasus a été utilisé par un opérateur marocain » et « l’État marocain a ordonné telle opération contre telle personne », il existe plusieurs degrés de preuve.
C’est précisément dans ces degrés intermédiaires que se joue la solidité réelle du dossier et, bien évidemment, la crédibilité d’Amnesty, non celle du Maroc.
Quel appareil ? Quelle date ? Quelle attaque ? Quelle infrastructure ? Quel opérateur ? Quelle preuve rattachant cet opérateur à la DGST ? Quel document authentifié ? Quelle chaîne de conservation ? Quelle corroboration indépendante ? Quelle preuve de la chaîne de commandement ?
Dans cette affaire, à laquelle Amnesty veut donner une portée aussi sensible, l’enjeu n’est pas de savoir qui parle le plus fort, mais ce qui est démontré, ce qui est fortement étayé, ce qui est seulement probable et ce qui relève de l’interprétation. Le rapport d’Amnesty mérite d’être lu.
Mais il mérite surtout d’être audité ligne par ligne. Car entre « Pegasus a été détecté », « Pegasus a été utilisé par un opérateur marocain » et « l’État marocain a ordonné telle opération contre telle personne », il existe plusieurs degrés de preuve.
C’est précisément dans ces degrés intermédiaires que se joue la solidité réelle du dossier et, bien évidemment, la crédibilité d’Amnesty, non celle du Maroc.
La DGST n’est pas une direction secrète
Amnesty semble faire une fixation sur la Direction Générale de la Surveillance du Territoire. Le langage employé cherche à en faire une organisation mystérieuse et diabolique, telle que le cinéma peut la représenter.
En fait, il s’agit tout simplement du service officiel de renseignement intérieur du Maroc, placé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur depuis 1956. Anciennement DST, il a été rebaptisé DGST en 2005. Tous les États du monde disposent d’outils similaires.
Pourquoi le Maroc n’en aurait-il pas un ?
La DGST constitue l’un des piliers de l’appareil sécuritaire et ses missions sont les plus officielles qui soient :
Renseignement intérieur : collecte, analyse et exploitation des informations sur les menaces internes susceptibles d’affecter la sécurité de l’État.
Lutte antiterroriste : prévention, démantèlement de cellules extrémistes et suivi des phénomènes de radicalisation violente.
Contre-espionnage : neutralisation des activités d’ingérence ou d’espionnage menées par des agents ou services étrangers sur le sol marocain.
Protection des actifs stratégiques : sauvegarde des intérêts économiques, scientifiques et technologiques sensibles.
Appui aux enquêtes judiciaires : collaboration avec la justice, notamment via le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), unité spécialisée dans le traitement des dossiers terroristes et de sécurité intérieure.
Coopération internationale : échange de renseignements avec les services homologues étrangers dans le cadre de la lutte contre les menaces transnationales, telles que le terrorisme, la criminalité organisée et les trafics.
En fait, il s’agit tout simplement du service officiel de renseignement intérieur du Maroc, placé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur depuis 1956. Anciennement DST, il a été rebaptisé DGST en 2005. Tous les États du monde disposent d’outils similaires.
Pourquoi le Maroc n’en aurait-il pas un ?
La DGST constitue l’un des piliers de l’appareil sécuritaire et ses missions sont les plus officielles qui soient :
Renseignement intérieur : collecte, analyse et exploitation des informations sur les menaces internes susceptibles d’affecter la sécurité de l’État.
Lutte antiterroriste : prévention, démantèlement de cellules extrémistes et suivi des phénomènes de radicalisation violente.
Contre-espionnage : neutralisation des activités d’ingérence ou d’espionnage menées par des agents ou services étrangers sur le sol marocain.
Protection des actifs stratégiques : sauvegarde des intérêts économiques, scientifiques et technologiques sensibles.
Appui aux enquêtes judiciaires : collaboration avec la justice, notamment via le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), unité spécialisée dans le traitement des dossiers terroristes et de sécurité intérieure.
Coopération internationale : échange de renseignements avec les services homologues étrangers dans le cadre de la lutte contre les menaces transnationales, telles que le terrorisme, la criminalité organisée et les trafics.
Controverses et critiques
Amnesty International accuse encore une fois la DGST d’avoir déployé des outils de surveillance intrusive, notamment le logiciel Pegasus, contre des journalistes, des militants et des défenseurs des droits humains, dans le cadre d’opérations visant à réduire au silence les voix critiques.
Ces allégations récurrentes n’ont toutefois jamais pu aller au-delà du stade de l’accusation, faute de preuves tangibles.
Les personnes citées, comme beaucoup d’autres, n’ont jamais cessé de s’exprimer et de défendre leurs positions en toute liberté sur le territoire national marocain.
Ces allégations récurrentes n’ont toutefois jamais pu aller au-delà du stade de l’accusation, faute de preuves tangibles.
Les personnes citées, comme beaucoup d’autres, n’ont jamais cessé de s’exprimer et de défendre leurs positions en toute liberté sur le territoire national marocain.