La liberté d’expression n’est pas la liberté d’inventer, de salir ou de diffamer.
On pouvait donc s’attendre à des critiques sportives : une tactique trop prudente, une animation offensive insuffisante, des changements tardifs, certains joueurs en dessous de leur niveau ou une incapacité à réagir après l’ouverture du score.
Mais, sur les réseaux sociaux, une partie du débat a rapidement quitté le terrain de football. À peine le coup de sifflet final donné, les complotistes ont ouvert leur propre Coupe du monde : celle des accusations sans preuve, des rapprochements fantaisistes et des scénarios géopolitiques écrits depuis un canapé.
À chacun son complot
Une première théorie affirme que le Maroc aurait accepté de perdre pour obtenir un arrangement favorable à Achraf Hakimi dans la procédure judiciaire qui le concerne en France.
Il faut rappeler les faits avec précision. La cour d’appel de Versailles a confirmé, le 19 juin 2026, le renvoi du capitaine marocain devant une juridiction criminelle pour une accusation de viol portant sur des faits présumés de 2023. Achraf Hakimi conteste cette accusation, bénéficie de la présomption d’innocence et a annoncé un recours devant la Cour de cassation.
Mais surtout, aucun élément ne permet d’établir un lien entre cette procédure judiciaire et le résultat d’un match de football. Aucun document, aucun témoignage, aucune communication interceptée, aucun mouvement financier suspect. Rien. Seulement une affirmation répétée jusqu’à devenir, pour certains, une pseudo-vérité.
Une deuxième théorie vise Mohamed Ouahbi. Le sélectionneur aurait reçu des « instructions » pour ne pas battre la France. De qui ? Quand ? Par quel canal ? Dans quel but précis ? Les auteurs de cette accusation ne le disent jamais. Ils se contentent d’interpréter chaque mauvais choix tactique comme un acte volontaire.
C’est la mécanique habituelle du complotisme : une erreur n’est jamais une erreur, une contre-performance n’est jamais sportive et une défaite n’est jamais simplement une défaite.
Lekjaâ, la mi-temps et le scénario inventé
Une autre version met en cause Fouzi Lekjaâ. Selon la rumeur, il aurait quitté les lieux à la mi-temps parce que « l’accord » avait déjà été exécuté.
Là encore, le récit ne repose sur aucune information vérifiée. Même si une personne quittait momentanément une tribune, cela ne prouverait strictement rien. Elle pourrait se déplacer pour une obligation protocolaire, une réunion, un problème de santé ou une simple contrainte logistique.
Mais les réseaux sociaux transforment facilement une image partielle en histoire complète. On voit quelqu’un se lever, puis on invente la raison de son départ. L’interprétation devient un fait, puis le fait imaginaire devient une preuve.
La chronologie rend d’ailleurs cette construction particulièrement fragile : à la pause, le score était toujours nul. La France n’a fait la différence qu’en seconde période.
Le grand « deal » entre Rabat et Paris
Puis vient le pompon : le Maroc aurait négocié la défaite avec la France dans le cadre d’un arrangement diplomatique impliquant le Sahara, la coopération économique, les relations bilatérales et peut-être même le dossier Hakimi.
Comme « preuve », certains invoquent la visite annoncée du Premier ministre français Sébastien Lecornu au Maroc, accompagné d’une importante délégation ministérielle.
Cette visite officielle est programmée pour les 15 et 16 juillet 2026, avec une douzaine de ministres et plusieurs dossiers de coopération à l’ordre du jour.
Mais une rencontre diplomatique de ce niveau se prépare bien en amont. Sa proximité avec un match de football ne démontre aucune relation de cause à effet. Deux événements peuvent être proches dans le calendrier sans être reliés. La coïncidence n’est pas une preuve, encore moins une démonstration.
Et bien sûr, la FIFA…
La dernière théorie paraît plus élaborée. La FIFA aurait préféré la France pour garantir de meilleures audiences, protéger les intérêts des diffuseurs, satisfaire les sponsors et maintenir les grandes vedettes dans la compétition.
Oui, la Coupe du monde est une énorme machine commerciale. La FIFA reconnaît elle-même que les droits de télévision et les droits marketing doivent représenter environ 75 % des recettes de son cycle 2023-2026.
Mais constater l’existence d’intérêts financiers ne prouve pas qu’un match a été manipulé. Les contrats de diffusion sont généralement négociés avant la compétition. Et rien ne permet d’affirmer que le Maroc aurait généré moins d’intérêt : son parcours de 2022, sa popularité en Afrique, dans le monde arabe et auprès des diasporas lui donnent une audience considérable.
Surtout, par quel mécanisme la FIFA aurait-elle imposé une victoire française ? À travers l’arbitre ? Les joueurs ? Les entraîneurs ? Quel fait de jeu litigieux constituerait la preuve de cette intervention ? Là encore, le dossier est vide.
Mais, sur les réseaux sociaux, une partie du débat a rapidement quitté le terrain de football. À peine le coup de sifflet final donné, les complotistes ont ouvert leur propre Coupe du monde : celle des accusations sans preuve, des rapprochements fantaisistes et des scénarios géopolitiques écrits depuis un canapé.
À chacun son complot
Une première théorie affirme que le Maroc aurait accepté de perdre pour obtenir un arrangement favorable à Achraf Hakimi dans la procédure judiciaire qui le concerne en France.
Il faut rappeler les faits avec précision. La cour d’appel de Versailles a confirmé, le 19 juin 2026, le renvoi du capitaine marocain devant une juridiction criminelle pour une accusation de viol portant sur des faits présumés de 2023. Achraf Hakimi conteste cette accusation, bénéficie de la présomption d’innocence et a annoncé un recours devant la Cour de cassation.
Mais surtout, aucun élément ne permet d’établir un lien entre cette procédure judiciaire et le résultat d’un match de football. Aucun document, aucun témoignage, aucune communication interceptée, aucun mouvement financier suspect. Rien. Seulement une affirmation répétée jusqu’à devenir, pour certains, une pseudo-vérité.
Une deuxième théorie vise Mohamed Ouahbi. Le sélectionneur aurait reçu des « instructions » pour ne pas battre la France. De qui ? Quand ? Par quel canal ? Dans quel but précis ? Les auteurs de cette accusation ne le disent jamais. Ils se contentent d’interpréter chaque mauvais choix tactique comme un acte volontaire.
C’est la mécanique habituelle du complotisme : une erreur n’est jamais une erreur, une contre-performance n’est jamais sportive et une défaite n’est jamais simplement une défaite.
Lekjaâ, la mi-temps et le scénario inventé
Une autre version met en cause Fouzi Lekjaâ. Selon la rumeur, il aurait quitté les lieux à la mi-temps parce que « l’accord » avait déjà été exécuté.
Là encore, le récit ne repose sur aucune information vérifiée. Même si une personne quittait momentanément une tribune, cela ne prouverait strictement rien. Elle pourrait se déplacer pour une obligation protocolaire, une réunion, un problème de santé ou une simple contrainte logistique.
Mais les réseaux sociaux transforment facilement une image partielle en histoire complète. On voit quelqu’un se lever, puis on invente la raison de son départ. L’interprétation devient un fait, puis le fait imaginaire devient une preuve.
La chronologie rend d’ailleurs cette construction particulièrement fragile : à la pause, le score était toujours nul. La France n’a fait la différence qu’en seconde période.
Le grand « deal » entre Rabat et Paris
Puis vient le pompon : le Maroc aurait négocié la défaite avec la France dans le cadre d’un arrangement diplomatique impliquant le Sahara, la coopération économique, les relations bilatérales et peut-être même le dossier Hakimi.
Comme « preuve », certains invoquent la visite annoncée du Premier ministre français Sébastien Lecornu au Maroc, accompagné d’une importante délégation ministérielle.
Cette visite officielle est programmée pour les 15 et 16 juillet 2026, avec une douzaine de ministres et plusieurs dossiers de coopération à l’ordre du jour.
Mais une rencontre diplomatique de ce niveau se prépare bien en amont. Sa proximité avec un match de football ne démontre aucune relation de cause à effet. Deux événements peuvent être proches dans le calendrier sans être reliés. La coïncidence n’est pas une preuve, encore moins une démonstration.
Et bien sûr, la FIFA…
La dernière théorie paraît plus élaborée. La FIFA aurait préféré la France pour garantir de meilleures audiences, protéger les intérêts des diffuseurs, satisfaire les sponsors et maintenir les grandes vedettes dans la compétition.
Oui, la Coupe du monde est une énorme machine commerciale. La FIFA reconnaît elle-même que les droits de télévision et les droits marketing doivent représenter environ 75 % des recettes de son cycle 2023-2026.
Mais constater l’existence d’intérêts financiers ne prouve pas qu’un match a été manipulé. Les contrats de diffusion sont généralement négociés avant la compétition. Et rien ne permet d’affirmer que le Maroc aurait généré moins d’intérêt : son parcours de 2022, sa popularité en Afrique, dans le monde arabe et auprès des diasporas lui donnent une audience considérable.
Surtout, par quel mécanisme la FIFA aurait-elle imposé une victoire française ? À travers l’arbitre ? Les joueurs ? Les entraîneurs ? Quel fait de jeu litigieux constituerait la preuve de cette intervention ? Là encore, le dossier est vide.
La répétition ne transforme pas une rumeur en information
Le plus inquiétant n’est pas seulement la stupidité de certaines théories. C’est leur diffusion massive par nos propres concitoyens.
Une publication affirme quelque chose. Dix comptes la reprennent. Cent autres la commentent. Et rapidement, l’argument ultime apparaît : « Tout le monde le dit. »
Or tout le monde ne le dit pas. Tout le monde répète la même rumeur.
Critiquer l’équipe nationale, la Fédération ou le sélectionneur est parfaitement légitime. Demander des comptes est même nécessaire. Mais accuser des personnes d’avoir vendu un match ou participé à une transaction secrète exige des preuves.
La liberté d’expression n’est pas la liberté d’inventer, de salir ou de diffamer.
Nous aurions tous voulu voir le Maroc aller plus loin. Nous pouvons être déçus, en colère, frustrés. Mais il faut aussi savoir perdre sans perdre la raison.
Car une sélection peut mal jouer. Un entraîneur peut se tromper. Un adversaire peut être meilleur. Et un match de football peut se terminer sans qu’une réunion secrète à Paris, Rabat, Zurich ou dans les couloirs d’un stade ait décidé du résultat.
Il y a décidément des jours où l’on se passerait volontiers des réseaux sociaux : ces jours où l’inculture devient assurance, où le soupçon remplace l’enquête et où les plus grandes absurdités circulent plus vite que les faits.
Une publication affirme quelque chose. Dix comptes la reprennent. Cent autres la commentent. Et rapidement, l’argument ultime apparaît : « Tout le monde le dit. »
Or tout le monde ne le dit pas. Tout le monde répète la même rumeur.
Critiquer l’équipe nationale, la Fédération ou le sélectionneur est parfaitement légitime. Demander des comptes est même nécessaire. Mais accuser des personnes d’avoir vendu un match ou participé à une transaction secrète exige des preuves.
La liberté d’expression n’est pas la liberté d’inventer, de salir ou de diffamer.
Nous aurions tous voulu voir le Maroc aller plus loin. Nous pouvons être déçus, en colère, frustrés. Mais il faut aussi savoir perdre sans perdre la raison.
Car une sélection peut mal jouer. Un entraîneur peut se tromper. Un adversaire peut être meilleur. Et un match de football peut se terminer sans qu’une réunion secrète à Paris, Rabat, Zurich ou dans les couloirs d’un stade ait décidé du résultat.
Il y a décidément des jours où l’on se passerait volontiers des réseaux sociaux : ces jours où l’inculture devient assurance, où le soupçon remplace l’enquête et où les plus grandes absurdités circulent plus vite que les faits.