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Après Tanger, Nador : le Maroc devient-il l’usine avancée de l’Asie aux portes de l’Europe ?


Rédigé par La rédaction le Vendredi 28 Août 2026

Pris séparément, ce sont des projets industriels. Mis bout à bout, ils commencent à dessiner une stratégie. Des entreprises asiatiques choisissent Tanger et désormais Nador non seulement pour produire au Maroc, mais surtout pour fabriquer depuis le Maroc à destination de l’Europe. Le Royaume pourrait être en train de changer de statut dans la nouvelle géographie industrielle mondiale.



Pendant longtemps, Tanger a constitué l’image presque exclusive du Maroc industriel tourné vers l’Europe.

Renault, Stellantis, équipementiers automobiles, Tanger Med, zones franches, logistique internationale : un écosystème progressivement constitué autour de l’axe Tanger-Kénitra.

Mais quelque chose commence à se déplacer vers l’Est.

À Nador, le groupe chinois Daosheng Tianhe Materials Technology poursuit la construction de sa première base industrielle hors de Chine. L’investissement, évalué à environ 30 millions de dollars, doit permettre de produire **50.000 tonnes par an de résines époxy et de colles structurelles.

Ces produits ne sont pas anodins.

Ils serviront notamment à fabriquer les pales d’éoliennes d’Aeolon, industriel chinois déjà implanté dans la région.

On commence donc à voir apparaître non plus une usine isolée, mais une chaîne de fournisseurs. Et c’est précisément ainsi que naissent les écosystèmes industriels.

L’Asie ne vient plus seulement vendre au Maroc

Au même moment, Tanger continue d’attirer des groupes chinois.

L’équipementier automobile Minth Group a annoncé l’implantation d’une nouvelle unité consacrée aux systèmes complets d’étanchéité automobile. Son marché cible est principalement européen.

Le choix du Maroc intervient alors que les revenus de Minth dans la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique ont progressé de 16 % sur un an au premier semestre 2026.

Le message est intéressant.

Pendant des années, la Chine exportait vers l’Europe depuis la Chine.

Désormais, certains groupes chinois commencent à considérer qu’il peut être plus efficace de produire une partie de leurs biens beaucoup plus près du marché européen.

Et le Maroc se retrouve extrêmement bien placé sur cette nouvelle carte.

Il possède une proximité géographique exceptionnelle avec l’Europe, des accords commerciaux, des ports performants, une industrie automobile déjà structurée, des infrastructures logistiques et des coûts de production encore compétitifs.

Cette combinaison devient un actif géopolitique.

Le nearshoring change de sens

Lorsque l’on parle de nearshoring, on imagine généralement des entreprises européennes qui rapprochent leurs productions de leur marché.

Mais le phénomène peut fonctionner dans l’autre sens.

Des industriels asiatiques peuvent eux aussi rapprocher leurs capacités de production de leurs clients européens.

Le Maroc devient alors une sorte de plateforme intermédiaire entre l’Asie et l’Europe.

Les machines, les capitaux ou certaines technologies viennent d’Asie.
La production s’installe au Maroc.
Le produit final repart vers l’Europe.

C’est une nouvelle géographie industrielle qui se construit.

Et elle pourrait s’accélérer avec les tensions commerciales entre la Chine, les États-Unis et l’Union européenne.

Plus les barrières commerciales augmentent, plus la localisation des usines devient stratégique.

Tanger n’est peut-être plus seul. Nador devient dans cette perspective particulièrement intéressant.

La région bénéficie de Nador West Med, d’infrastructures nouvelles et d’une proximité avec les marchés méditerranéens.

L’arrivée d’Aeolon puis de fournisseurs comme Daosheng Tianhe peut créer un mécanisme classique de concentration industrielle.

Une grande entreprise s’installe.
Ses fournisseurs la suivent.
Des sous-traitants apparaissent.
Des services logistiques se développent.
Des formations spécialisées émergent.
Puis d’autres industriels commencent à considérer la région comme crédible.

C’est exactement ce qui s’est produit autour de Tanger dans l’automobile.

Il est trop tôt pour affirmer que Nador reproduira ce modèle. Mais le signal mérite d’être suivi.

Accueillir des usines ou construire une industrie ?

Reste pourtant une question fondamentale.

Le Maroc peut attirer beaucoup d’usines étrangères sans nécessairement capter suffisamment de valeur ajoutée. La véritable réussite ne se mesurera donc pas uniquement en milliards de dirhams investis ou en hectares de zones industrielles occupés.

Elle se mesurera autrement.

Combien de fournisseurs marocains entreront dans ces chaînes ?
Combien d’ingénieurs et de techniciens marocains occuperont les fonctions à forte valeur ajoutée ?
Combien de centres de recherche, de conception ou de développement seront installés au Royaume ?
Combien de technologies seront réellement maîtrisées localement ?

Car il existe une différence considérable entre héberger une usine étrangère et construire une industrie nationale autour d’elle.

Le Maroc comme troisième espace industriel

La compétition mondiale actuelle offre cependant au Royaume une fenêtre historique.
Les entreprises européennes veulent sécuriser leurs approvisionnements.
Les groupes chinois cherchent de nouveaux accès aux marchés occidentaux.
Les industriels américains veulent diversifier certaines chaînes.

Et tous recherchent des territoires politiquement stables, connectés et suffisamment proches des grands marchés.

Le Maroc coche beaucoup de ces cases.

Il pourrait ainsi devenir ce que l’on pourrait appeler un troisième espace industriel : ni Europe, ni Asie, mais connecté aux deux.

Tanger en est déjà une démonstration.
Nador pourrait devenir le second pilier.

La question n’est donc peut-être plus de savoir si les industriels asiatiques viendront au Maroc. Ils viennent déjà.

La vraie question est désormais beaucoup plus exigeante : le Maroc saura-t-il transformer cette vague d’implantations asiatiques en puissance industrielle marocaine durable ?




Vendredi 28 Août 2026