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Après avoir rendu une heure aux citoyens, quand leur rendra-t-on un peu de pouvoir d’achat ?

Après avoir rendu une heure aux citoyens, quand leur rendra-t-on un peu de pouvoir d’achat ?


Le 20 septembre prochain, le Maroc quittera donc définitivement le GMT+1 pour revenir à l’heure GMT. Une annonce qui, il faut le reconnaître, a suscité une émotion rare dans le pays : des familles ont presque retrouvé le sourire, des élèves ont imaginé voir enfin le soleil avant d’entrer en classe, et certains réveils-matin ont commencé à trembler de peur.



Après avoir rendu une heure aux citoyens, quand leur rendra-t-on un peu de pouvoir d’achat ?
Car cette fois, nous promet-on, ce serait définitif. Fini le pays qui vit avec une heure d’avance sur son propre soleil. Fini le citoyen marocain qui, en plein hiver, ouvre les yeux à sept heures alors que dehors, la nuit n’a même pas encore signé la feuille de présence.

Le retour au GMT est donc une bonne nouvelle. Une petite bonne nouvelle, certes. Mais dans une époque où la classe moyenne compte les dirhams plus soigneusement que les minutes, on prend ce qui passe.

À défaut d’augmenter sérieusement les salaires, de contenir les prix, de rendre le logement accessible, de soulager les crédits, de calmer les factures d’eau, d’électricité, de télécommunications, de carburant et de tout ce qui finit par « -tion », on offre aux Marocains une heure de sommeil.

C’est déjà ça.

Le gouvernement n’a peut-être pas trouvé la formule magique pour que le panier de la ménagère cesse de ressembler à un dossier de financement bancaire. Mais il a trouvé mieux : une heure de rab dans le lit. Cela ne remplit pas le frigo, mais cela permet au moins de rêver à ce qu’il pourrait contenir.

Le salarié, lui, découvrira une nouvelle philosophie nationale : travailler moins tôt pour gagner toujours autant… ou plutôt toujours aussi peu. Le fameux slogan pourrait devenir : « Travailler moins, pour gagner moins fatigué. »

Parce qu’il faut être juste : une heure de sommeil supplémentaire, cela change la vie. Pas forcément la fiche de paie, ni le prix du poulet, ni la mensualité du crédit immobilier, ni les frais de scolarité, ni l’addition du supermarché. Mais cela change l’humeur. Et dans un pays où l’on demande souvent aux citoyens de faire preuve de patience, de résilience, de compréhension et parfois même de créativité comptable, une meilleure humeur n’est pas un détail.

Le retour au GMT a aussi une vertu politique inattendue : il est simple à expliquer. Pas besoin de tableau Excel, de modèle économétrique ou de promesse à horizon 2035. À partir du 20 septembre, quand il sera sept heures, il sera vraiment sept heures. Une révolution administrative à la portée de tous.

On peut même imaginer la scène : un père de famille, réveillé moins brutalement, regarde la lumière du matin et murmure : « Enfin, l’État et le soleil sont d’accord sur quelque chose. »

Mais ne soyons pas trop exigeants. On ne peut pas demander au même agenda de régler, en une seule fois, les salaires, l’inflation, le chômage des jeunes, les services publics, la mobilité, la santé, l’école et l’angoisse du 25 du mois. Il faut procéder par étapes.

Première étape : remettre les pendules à l’heure.
Deuxième étape : essayer de remettre le pouvoir d’achat à niveau.


Entre les deux, il y aura probablement quelques commissions, des concertations, des études d’impact, des conclusions provisoires et peut-être une campagne pour expliquer que dormir davantage améliore la productivité nationale. Ce qui serait, après tout, une manière élégante de dire aux Marocains : vous ne gagnez pas plus, mais vous vous lèverez moins fâchés.

Le retour définitif au GMT reste donc une décision bienvenue. Elle répond à une fatigue réelle, à un malaise quotidien et à cette impression étrange de vivre en décalage permanent avec le rythme naturel du pays. Le soleil marocain, lui, n’avait jamais demandé à être consulté. Il attendait simplement qu’on cesse de lui imposer des horaires européens.

Reste cette petite question, légèrement impertinente : après avoir rendu une heure aux citoyens, quand leur rendra-t-on un peu de pouvoir d’achat ?

Parce qu’une heure de sommeil, c’est précieux. Mais à la fin du mois, le découvert bancaire, lui, ne dort jamais. 

 


Jeudi 25 Juin 2026