Organisé sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, ce forum a réuni près de 400 participants nationaux et internationaux artisans traditionnels, investisseurs, représentants d’institutions publiques et opérateurs privés autour d’un objectif ambitieux : inscrire l’artisanat marocain dans une dynamique d’investissement structuré, de compétitivité internationale et de montée en gamme des produits “Made in Morocco”.
L’artisanat n’est plus seulement un segment culturel : il pèse désormais plusieurs milliards de dirhams dans l’économie nationale et soutient un tissu social vivant. Selon des données officielles, les exportations des produits artisanaux ont dépassé 1,3 milliard de dirhams en 2025, marquant une croissance tangible qui s’ajoute à une progression de +11 % observée en fin d’année, avec 1,23 milliard de dirhams de revenus à l’export à fin novembre 2025.
Cette performance est à mettre en regard de la trajectoire globale du secteur : il représente un mécanisme de création d’emplois pour des centaines de milliers de Marocains, un indicateur encourageant à l’heure où le pays cherche à intégrer davantage de forces vives dans la sphère formelle de l’économie. Dans le sillage de cette évolution, près de 77 produits artisanaux ont obtenu un label de qualité “Made in Morocco” et 2 500 artisans ont été certifiés, selon le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire.
Pour les acteurs du secteur, les avancées ne se mesurent pas seulement en chiffres. Le passage du statut d’activité traditionnelle à celui de vraie filière économique structurée est tangible dans les conventions signées à Rabat le 9 février 2026 : quatre accords portant sur l’accès au financement, l’accompagnement à l’exportation, la transformation digitale et la promotion des chaînes de valeur ont été conclus entre l’État, la Maison de l’Artisan et des partenaires privés.
Un artisan de Fès, rencontré sur place, confiait à chaud : « C’est la première fois que je ressens que mon travail peut réellement s’inscrire dans une stratégie économique nationale, au-delà des simples foires locales ». Ce sentiment d’appropriation économique est partagé par de nombreux jeunes créateurs présents, souvent issus des zones rurales, qui voient dans ces dispositifs une porte vers une économie plus inclusive.
À l’extérieur du pays, l’artisanat marocain gagne du terrain. Aux États-Unis, principal marché d’exportation, les ventes ont continué d’augmenter, confirmant l’attractivité internationale du savoir-faire marocain. D’autres marchés, comme la Turquie, émergent avec une forte croissance des importations de produits artisanaux marocains, traduisant une diversification géographique des débouchés.
Ce momentum est renforcé par une stratégie qui ne se limite pas à l’export : elle inclut aussi la modernisation de la formation professionnelle, l’élargissement des réseaux de distribution, l’intégration des nouvelles technologies et le renforcement des labels de qualité. L’ambition affichée par les responsables est claire : faire de l’artisanat marocain un acteur compétitif dans les chaînes de valeur mondiales, capable d’attirer des investissements et de générer de la valeur durablement.
Pour le Maroc, où l’économie sociale et solidaire est considérée comme un pilier de développement inclusif, cette évolution de l’artisanat représente une opportunité d’élargir le partage de la croissance entre villes et territoires, renforcer l’emploi des jeunes et des femmes, et faire rayonner l’identité culturelle du pays tout en créant de la valeur économique.
Dans un contexte mondial marqué par l’incertitude économique, Rabat a ainsi posé un jalon concret : l’artisanat n’est plus une relique du passé, mais un levier économique dynamique, prêt à être intégré aux stratégies de développement national pour la décennie à venir.