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Bac en poche, avenir flou : pourquoi il faut repenser l’orientation des jeunes ?


Rédigé par le Dimanche 19 Avril 2026

Chaque année, au lendemain du baccalauréat, le même scénario se répète au Maroc : des milliers de jeunes obtiennent leurs résultats, mais restent incapables de répondre à la question essentielle — et maintenant, je vais où ? Derrière l’euphorie ou la déception des notes, une autre réalité apparaît, plus profonde et souvent plus inquiétante : celle d’une orientation subie, mal préparée, parfois imposée, et trop souvent réduite à un simple chiffre.



Après le bac, la vraie question n’est pas la note, mais le cap !

Le débat mérite d’être posé sans faux-semblants. Car non, la note du bac ne dit pas tout. Elle ne résume ni l’intelligence d’un élève, ni ses capacités réelles, ni son potentiel à long terme. Elle peut ouvrir certaines portes, certes, mais elle ne constitue pas à elle seule une boussole fiable pour choisir un métier, un cursus ou un avenir. C’est précisément l’un des messages forts qui ressort de l’intervention de Khaled Tamdi, coach scolaire, qui appelle à sortir d’une logique mécanique où l’orientation serait uniquement dictée par les seuils d’admission, les concours et la pression sociale.

Dans le système marocain, les voies d’accès à l’enseignement supérieur sont nombreuses, mais leur lecture reste souvent confuse pour les familles. Entre universités, grandes écoles, formations techniques, instituts spécialisés et parcours professionnalisants, l’offre existe, mais elle n’est pas toujours comprise. Résultat : beaucoup d’élèves et de parents se focalisent sur les filières les plus visibles, les plus prestigieuses ou les plus rassurantes symboliquement, sans se demander si elles correspondent réellement au profil du jeune concerné. Cette confusion produit de la frustration, des abandons précoces, des réorientations douloureuses et parfois un sentiment d’échec injuste.

L’un des angles les plus intéressants de cette réflexion consiste justement à remettre en valeur les voies alternatives. Car il existe au Maroc plusieurs chemins de réussite, et pas seulement le couloir classique menant à l’université généraliste ou à quelques écoles très sélectives. La formation professionnelle, les cursus techniques, les spécialisations progressives, les passerelles entre diplômes appliqués et études supérieures constituent des options crédibles, utiles et souvent mieux alignées avec les aptitudes concrètes de nombreux jeunes. Le problème n’est donc pas l’absence de solutions, mais le manque d’accompagnement dans le choix de ces solutions.

C’est là qu’intervient la question centrale de la connaissance de soi. Un élève peut avoir de bonnes notes sans être prêt pour une filière donnée. À l’inverse, un jeune aux résultats moyens peut posséder des compétences réelles, une intelligence pratique, une motivation ciblée ou un talent spécifique que le système de notation ne révèle pas. D’où la nécessité de diagnostics plus fins : tests d’aptitude, échanges avec des conseillers, observation des goûts, des blocages, des aspirations, mais aussi du contexte psychologique et familial. Autrement dit, orienter un jeune ne devrait jamais consister à lui coller une étiquette académique ; cela devrait relever d’un travail d’écoute, d’évaluation et de projection.

Cette approche a une autre vertu : elle redonne de la dignité au parcours. Trop souvent, l’orientation au Maroc est vécue comme une hiérarchie figée, où certaines filières seraient nobles et d’autres perçues comme des choix par défaut. Cette vision est non seulement injuste, mais contre-productive. Elle pousse des jeunes vers des voies qui ne leur correspondent pas et alimente l’idée toxique qu’un échec scolaire ponctuel équivaudrait à un échec de vie. Or les parcours ne sont pas linéaires. Ils se construisent, se corrigent, se réajustent. On peut se tromper, bifurquer, reprendre, progresser autrement. Encore faut-il que cette culture de l’ajustement soit acceptée par les familles, les établissements et l’environnement social.

L’autre mérite de cette réflexion est de rappeler une évidence que le discours public oublie parfois : la réussite n’est pas uniquement une affaire de mérite abstrait. Elle dépend aussi de conditions concrètes. Le niveau de soutien familial, la pression psychologique, l’accès à l’information, la qualité de l’encadrement, le rapport à l’école, les fragilités émotionnelles ou sociales pèsent lourdement dans la trajectoire d’un élève. Parler d’orientation sans intégrer ces variables, c’est raconter une histoire incomplète. Un projet personnel ne se décrète pas. Il se construit dans un environnement, avec des ressources, des limites et un accompagnement.

Au fond, le vrai enjeu de l’après-bac n’est pas seulement de savoir où inscrire un élève. Il est de l’aider à entrer dans une logique de projet. Un projet réaliste, évolutif, cohérent avec ses aptitudes et ouvert aux ajustements. Cela suppose du temps, du dialogue, de la patience et, surtout, une rupture avec la culture du verdict instantané. La note peut être un indicateur. Elle ne doit pas être une condamnation ni une illusion.

Dans un pays où la jeunesse représente un enjeu stratégique majeur, l’orientation ne peut plus être traitée comme une formalité administrative ou une affaire familiale improvisée. Elle doit devenir un véritable chantier éducatif. Parce qu’après le bac, la question n’est pas seulement de réussir à entrer quelque part. La vraie question est de savoir comment aider chaque jeune à trouver sa place sans se perdre en route.




Admin Ait Bellahcen
Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls l'auto... En savoir plus sur cet auteur
Dimanche 19 Avril 2026