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Banque mondiale : l’égalité économique des femmes reste inachevée au Maroc


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 2 Mars 2026

Le rapport Women, Business and the Law 2026 de la Banque mondiale met en lumière un paradoxe persistant : malgré des avancées juridiques, les femmes au Maroc continuent d’être freinées dans leur pleine participation à la vie économique. Les chiffres révèlent un écart significatif entre le cadre légal et sa mise en application concrète.



Banque mondiale : l’égalité économique des femmes reste inachevée au Maroc

Au Maroc, les femmes bénéficient aujourd’hui d’un socle juridique plus protecteur qu’auparavant. Mais ce cadre reste encore fragile lorsqu’il s’agit de le transformer en opportunités économiques réelles. C’est ce que souligne la dernière édition du rapport Women, Business and the Law 2026 de la Banque mondiale, qui évalue 190 économies à travers le monde.
 

Sur l’indice des cadres juridiques, le Maroc enregistre un score de 60,95 sur 100. Concrètement, cela signifie que les droits économiques reconnus aux femmes dans les textes représentent seulement environ 60 % de ceux accordés aux hommes. Si ce chiffre traduit une avancée par rapport à certaines années antérieures, il masque aussi une réalité plus dure : de nombreux obstacles juridiques demeurent dans des domaines clefs comme l’accès au crédit, la liberté de travailler ou encore la protection face aux discriminations.
 

Mais le véritable défi ne se situe pas seulement dans les lois elles-mêmes. Le rapport met en évidence le fossé entre la loi et son application. Sur l’indice des « cadres de soutien » qui mesure l’efficacité des politiques publiques, des institutions et des services permettant de faire appliquer ces lois le Maroc ne totalise que 49,38 sur 100. Autrement dit, moins de la moitié des mécanismes nécessaires pour transformer les droits juridiques en réalités concrètes sont opérationnels.
 

Cette observation se retrouve aussi dans la perception des experts interrogés : le score du Maroc sur l’application effective des lois est de 52,34 sur 100. Malgré des textes qui, formellement, promeuvent l’égalité, leur mise en œuvre est jugée partielle, incohérente voire inefficace dans certains cas. Beaucoup de femmes entrepreneures ou salariées ressentent encore des lenteurs administratives, des pratiques discriminatoires et un manque de soutien opérationnel.
 

À l’échelle mondiale, la moyenne des pays est un reflet de cette même contradiction. La note moyenne pour l’adoption de lois favorables à l’égalité économique est de 67, mais elle tombe à 53 pour le respect effectif des lois, avant de glisser à 47 pour la mise en place des systèmes qui permettent aux femmes de bénéficier concrètement de leurs droits. Selon Indermit Gill, économiste en chef de la Banque mondiale, ces chiffres mettent en évidence « des inégalités de chances criantes ».
 

Le rapport évalue dix dimensions essentielles de la vie économique d’une femme : la sécurité face aux violences, l’accès à des services de garde d’enfants, l’entrepreneuriat, les protections liées à l’emploi, la propriété, l’accès au crédit, la mobilité, la rémunération, la parentalité et la retraite. Chacune de ces dimensions est une pièce du puzzle. Sans solutions concrètes et adaptées, il est difficile de parler de pleine participation économique.

Le Maroc a posé des bases juridiques pour l’égalité, mais le chemin vers une application réelle et inclusive reste long. Transformer des droits juridiques en catalyseurs de croissance exige une mobilisation plus forte des politiques publiques, une meilleure coordination institutionnelle et des services adaptés. Pour l’avenir de l’économie nationale, activer pleinement le potentiel des femmes n’est plus une option c’est une exigence.





Lundi 2 Mars 2026