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Banque mondiale : la croissance en Afrique du Nord progresse, mais les urgences sociales persistent


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 5 Février 2026

Selon les dernières projections de la Banque mondiale, l’Afrique du Nord devrait connaître une amélioration progressive de sa croissance économique à l’horizon 2027. Derrière ces perspectives relativement favorables, la réalité reste plus complexe : reprise inégale, dépendance à des facteurs extérieurs et incapacité persistante à transformer la croissance en progrès social durable. Un diagnostic lucide, particulièrement pertinent pour le Maroc et ses voisins.



Banque mondiale : la croissance en Afrique du Nord progresse, mais les urgences sociales persistent

Le dernier rapport de la Banque mondiale consacré à la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) dresse un constat sans complaisance. La croissance revient, lentement mais sûrement, dans un environnement mondial toujours marqué par les incertitudes géopolitiques, le resserrement financier et les tensions commerciales. À l’échelle régionale, l’institution prévoit une progression du produit intérieur brut de 3,6 % en 2026, suivie d’une légère accélération à 3,9 % en 2027. Une dynamique encourageante, mais encore fragile.
 

Pour Indermit Gill, économiste en chef de la Banque mondiale, l’économie mondiale traverse une phase paradoxale : sa capacité à absorber les chocs politiques s’est renforcée, tandis que son potentiel de croissance structurelle s’affaiblit. C’est dans ce contexte contraint que s’inscrivent les trajectoires économiques nord-africaines, marquées par une résilience réelle mais inégalement répartie.


Une croissance régionale à plusieurs vitesses

L’analyse par pays met en évidence de fortes disparités. La reprise régionale demeure largement soutenue par les pays exportateurs d’hydrocarbures, grâce à une augmentation de la production pétrolière plus rapide qu’anticipé début 2025. Les économies importatrices de pétrole, quant à elles, bénéficient d’un certain dynamisme du secteur privé, sans toutefois parvenir à enclencher une transformation structurelle profonde.
 

Cette dépendance aux moteurs exogènes rend la croissance vulnérable. La Libye en offre une illustration frappante : après une expansion exceptionnelle estimée à 13,3 % en 2025, liée à la reprise de sa production pétrolière après des tensions internes, la croissance devrait revenir à des niveaux plus modérés, autour de 3,5 % en 2026 et 3,9 % en 2027. Une trajectoire instable, étroitement liée aux équilibres politiques et sécuritaires.


Maroc et Égypte, locomotives sous contrainte

Dans ce paysage contrasté, l’Égypte se distingue comme l’un des principaux moteurs de la région. La Banque mondiale anticipe une croissance de 4,3 % sur l’exercice 2025-2026, puis de 4,8 % en 2026-2027. Cette performance repose sur le redressement des exportations nettes, une consommation intérieure soutenue par le recul progressif de l’inflation et un environnement financier international légèrement plus accommodant.
 

Le Maroc, pour sa part, devrait maintenir une croissance solide, estimée à 4,4 % en 2026 et 2027. Ce rythme reste légèrement inférieur à celui de 2025, année marquée par un rebond agricole exceptionnel ayant porté la croissance à près de 5 %. L’économie marocaine confirme ainsi sa capacité de résilience et de diversification, même si les retombées sociales demeurent insuffisantes au regard des attentes, notamment en matière d’emploi des jeunes.


Le défi central de l’emploi et des finances publiques

Au-delà des chiffres, la Banque mondiale insiste sur un point clé : la croissance actuelle peine à créer des emplois à la hauteur des besoins. Dans une région marquée par une forte pression démographique et un chômage des jeunes élevé, cette faiblesse alimente les tensions sociales et freine la cohésion économique.
 

La situation est aggravée par des contraintes budgétaires croissantes. Les niveaux d’endettement élevés et les marges fiscales limitées réduisent la capacité des États à investir dans des secteurs essentiels comme l’éducation, la santé ou les infrastructures productives. Le secteur privé, pourtant identifié comme un levier central du développement, reste freiné par un accès restreint au financement, des cadres réglementaires parfois lourds et une intégration insuffisante aux chaînes de valeur internationales.


Réformes économiques : une urgence stratégique

Face à ces vulnérabilités, la Banque mondiale plaide pour des politiques économiques rigoureuses et adaptées aux spécificités nationales. Discipline budgétaire, règles encadrant la dépense publique et renforcement de la gouvernance sont présentés comme des outils essentiels pour préserver la stabilité macroéconomique et dégager des marges de manœuvre en période de crise. L’institution met toutefois en garde contre une adoption tardive ou mal calibrée de ces dispositifs, souvent décidée sous la pression des chocs.


À l’horizon 2027, l’Afrique du Nord se trouve à un tournant. Les perspectives de croissance existent, mais leur portée restera limitée sans réformes structurelles ambitieuses et sans un secteur privé capable de générer une croissance inclusive. Pour le Maroc comme pour l’ensemble de la région, l’enjeu dépasse désormais la performance économique : il s’agit de transformer la croissance en progrès social tangible et durable, condition indispensable à la stabilité et à la confiance des nouvelles générations.





Jeudi 5 Février 2026