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Benkirane, PJD et institutions : jusqu'où peut aller la stratégie de la confrontation ?

L'ancien Chef du gouvernement a finalement retiré le terme employé « Qandouh » et présenté ses excuses.


Rédigé par La rédaction le Samedi 11 Juillet 2026

À un peu plus de deux mois des élections législatives, le ton monte dans le débat politique marocain. Les récentes déclarations d'Abdelilah Benkirane visant deux conseillers de Sa Majesté le Roi ont suscité une vague de réactions bien au-delà des clivages partisans. Au-delà de la polémique, cette séquence pose une question plus profonde : la radicalisation du discours est-elle devenue la seule stratégie d'un parti en quête de reconquête, ou traduit-elle une impasse politique plus préoccupante ?



Quand la confrontation remplace le débat politique

Benkirane, PJD et institutions : jusqu'où peut aller la stratégie de la confrontation ?
La campagne électorale n'est pas encore officiellement ouverte, mais les discours, eux, se durcissent déjà. Depuis plusieurs mois, Abdelilah Benkirane multiplie les interventions où la critique laisse progressivement la place à la dénonciation personnelle. Son dernier meeting à Essaouira, marqué par des propos particulièrement outranciers et irresponsables à l'égard de deux conseillers de Sa Majesté le Roi, Fouad Ali El Himma et André Azoulay, a provoqué une vive émotion et des condamnations dans les milieux politiques.

Les réactions ne tiennent pas uniquement aux mots employés. Elles s'expliquent surtout par la fonction des personnes visées. Les conseillers royaux n'interviennent pas dans la compétition électorale. Leur rôle relève des institutions de l'État et non de l'affrontement partisan. Dans un système politique comme celui du Maroc, cette distinction n'est pas anodine ; elle constitue même l'un des fondements du fonctionnement institutionnel.

C'est précisément cette frontière que beaucoup estiment avoir été franchie.

Le pari maladroit d'une communication de rupture

L'analyse conduit à s'interroger sur la stratégie choisie par le secrétaire général du PJD.

Depuis la défaite historique de son parti en 2021, Abdelilah Benkirane semble avoir opté pour une communication fondée davantage sur la polarisation que sur la présentation d'un projet politique renouvelé. Les discours privilégient les adversaires aux propositions, les affrontements aux démonstrations programmatiques.

Ce choix peut répondre à une logique électorale connue. Dans de nombreuses démocraties, les formations en difficulté cherchent à mobiliser leur base militante en créant un climat de confrontation permanente. La colère devient alors un levier de mobilisation.

Mais cette stratégie comporte également un risque majeur : celui de parler essentiellement aux convaincus. Or les élections marocaines se gagnent rarement par la seule fidélité des militants. Elles supposent de convaincre un électorat plus large, souvent modéré, davantage préoccupé par le pouvoir d'achat, l'emploi, la santé, l'école ou encore les perspectives offertes à la jeunesse.

À mesure que les polémiques prennent le dessus, ces préoccupations risquent de disparaître de l'espace médiatique.

Le choix d'Essaouira ajoute une dimension symbolique supplémentaire. Ville reconnue pour son histoire de coexistence culturelle et religieuse, elle demeure associée, entre autres, à l'action de longue date d'André Azoulay en faveur de son rayonnement national et international. Beaucoup y ont vu un contexte particulièrement sensible pour formuler de telles critiques.

​L'analyse ne serait cependant pas complète sans examiner l'autre versant du débat.

Dans toute démocratie, les responsables politiques disposent du droit de critiquer les orientations de l'État, les décisions publiques ou encore les personnalités exerçant des responsabilités importantes, dans le respect de la loi et des institutions.

Les partisans de Benkirane rappellent régulièrement que son style politique repose depuis toujours sur un langage direct, parfois abrupt, qui tranche avec une communication plus institutionnelle. Pour eux, cette franchise explique aussi sa popularité auprès d'une partie de l'opinion.

Ils considèrent également que les responsables publics, quelle que soit leur fonction, ne sauraient être totalement soustraits au débat politique lorsqu'ils incarnent, aux yeux d'une partie des citoyens, une influence importante dans la conduite des affaires publiques.

Toutefois, la liberté d'expression politique implique aussi une responsabilité particulière. Plus la parole est forte, plus ses conséquences peuvent être importantes. Les mots employés par les dirigeants façonnent le climat du débat public.

Dans une période où les réseaux sociaux amplifient chaque déclaration, chaque formule devient susceptible d'alimenter les divisions plutôt que la réflexion.

​Le véritable défi du PJD dépasse la polémique

Au fond, la question dépasse largement cette controverse.

Le véritable défi du PJD n'est probablement pas de faire parler de lui. Sur ce terrain, Abdelilah Benkirane reste l'une des personnalités politiques marocaines les plus médiatiques.

Le véritable enjeu consiste à convaincre que le parti dispose aujourd'hui d'un projet capable de répondre aux attentes du Maroc de 2026.

Les électeurs ont profondément évolué depuis une décennie. Les préoccupations liées à l'intelligence artificielle, à l'emploi qualifié, à la souveraineté économique, à la transition énergétique, au coût de la vie ou à la qualité des services publics occupent désormais une place centrale dans les attentes citoyennes.

Dans ce contexte, les formations politiques seront davantage jugées sur leurs solutions que sur leurs oppositions.

La défaite électorale de 2021 a déjà montré qu'aucun capital politique n'est éternel. Elle a surtout rappelé que les électeurs marocains savent distinguer le registre de la contestation de celui de la gouvernance.

Le débat démocratique gagne toujours à être exigeant. Il perd en revanche lorsqu'il se réduit à une succession de polémiques personnelles.

À quelques semaines d'échéances importantes pour le pays, beaucoup espèrent voir les partis rivaliser d'idées plutôt que de formules, de programmes plutôt que d'invectives. Car, au-delà des formations politiques elles-mêmes, c'est la qualité du débat public qui conditionne aussi la confiance des citoyens dans la vie démocratique.

L'ancien Chef du gouvernement a finalement retiré le terme employé « Qandouh » et présenté ses excuses.

Un geste qu'il convient de saluer, tant la capacité à reconnaître un excès reste une qualité rare dans le débat public. Reste désormais à espérer que cet épisode permettra de recentrer la confrontation politique sur les idées, les projets et les réponses attendues par les Marocains, plutôt que sur les dérapages verbaux.




Samedi 11 Juillet 2026