Par Mohammed Yassir Mouline
Il fut un temps où la politique avait au moins la décence de se déguiser en chose sérieuse… Costume sombre, langage maîtrisé, indignation calibrée... Puis vint l’époque Benkirane, où l’on passe sans transition du Conseil de gouvernement à la halqa de quartier, avec, en prime, une relecture personnelle de quatorze siècles d’histoire… entre deux tirades sur le prix des oignons et du gasoil...
Car voilà désormais l’ancien chef du gouvernement promu historien improvisé et héritier autoproclamé d’un califat mystérieusement subtilisé à son aïeul… Rien que ça… Il fallait y penser… Pendant que le commun des mortels peine à boucler ses fins de mois, l’ex-locataire de la primature, lui, règle ses comptes avec la la Saqîfa de Banî Sa‘ida(1) سقيفة بني ساعدة... On attend presque qu’il annonce, dans un prochain meeting, avoir égaré les clés d’Al-Andalus dans la poche d’un vieux manteau…
Il a soudain décidé d’étendre la main pour réécrire l’histoire depuis la Saqîfa de Banî Sa‘ida(1)… Alors que les Marocains se préoccupent du prix des oignons et du gasoil, voilà que Benkirane apparaît, sûr de lui, pour annoncer au monde que le « califat » a été volé à son grand-père… Comme si nous avions attendu près de quatorze siècles pour découvrir que les clés de la nation étaient perdues dans la poche de son manteau, sans que personne ne nous en informe…
Mais au fond, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Quand on a déjà combattu des “crocodiles” et des “démons” invisibles, pourquoi ne pas affronter les fantômes de l’Histoire ? À ce stade, ce n’est plus un programme politique, c’est une séance de spiritisme… Et comme tout bon spectacle a besoin d’un public, la scène est peuplée d’un chœur fidèle… applaudissements à la demande, indignations sur commande, et surtout suspension totale de l’esprit critique… Le chef parle, la salle s’enflamme… Le chef s’emporte, la salle exulte... Le chef divague, la salle… médite, apparemment…
Dernier numéro en date… une envolée verbale d’une rare élégance contre un contradicteur, réduite à un niveau olfactif “odeur nauséabonde”, rien que ça... La politique marocaine découvre ainsi la nouvelle discipline du débat par effluves… Après l’argument d’autorité, voici venu l’argument de narine… On cherchera en vain, dans cette logorrhée parfumée, une trace de réflexion sur l’emploi, le pouvoir d’achat ou les défis économiques... Trop prosaïque… Mieux vaut distribuer des certificats de légitimité historique et des insultes en rafale… À défaut de convaincre, ça occupe l’antenne...
Après avoir servi à son public sa sempiternelle partition d’invectives et d’insultes à l’encontre du cheikh Fizzazi, Benkirane est allé jusqu’à jurer qu’il n’aurait jamais prié derrière lui… Et c’est là que réside sa faute la plus grave… en tenant de tels propos, il s’est symboliquement placé au-dessus de Sa Majesté le Roi, qui avait pourtant prié derrière ce même cheikh... Une dérive d’une rare arrogance… se comparer, même implicitement, au Commandeur des croyants relève d’une outrecuidance politique et institutionnelle majeure… C’est la grande dérive verbale d’un naufrage politique…
Le plus savoureux « ou le plus inquiétant, c’est selon » reste cette posture morale revendiquée, brandie comme un étendard… avant d’être piétinée à coups d’invectives… Prêcher la vertu tout en pratiquant l’injure… un grand écart qui mériterait, à lui seul, une médaille olympique…
Reste une question, lancinante… s’agit-il d’une stratégie politique ou d’une fuite en avant ? Car derrière les effets de manche et les éclats de voix, une réalité persiste, têtue… un parti passé du sommet de l’État aux marges du jeu politique, et qui semble chercher dans le tumulte ce qu’il ne trouve plus dans les urnes…
À l'approche des élections de 2026, le cap est clair… attaquer tout ce qui bouge… adversaires, alliés, figures religieuses, voire l’Histoire elle-même… Une stratégie du bruit, en somme… Sauf qu’à force de crier, on finit parfois par ne plus rien dire… Pendant ce temps, le pays attend autre chose qu’un one-man-show entre tragédie antique et comédie de boulevard… Il attend des idées, des solutions, un peu de tenue… Bref, de la politique… Mais visiblement, le spectacle continue… Et à ce rythme-là, il ne manque plus qu’un rideau rouge et une billetterie...
Le Maroc ne se gouverne ni à coups de nostalgies fantasmées ni à grand renfort d’invectives, mais par la raison, la dignité et le sens de l’État… Et si certains s’égarent dans les brumes du passé, la nation, elle, avance… lucide, debout et résolument tournée vers l’avenir… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.
Car voilà désormais l’ancien chef du gouvernement promu historien improvisé et héritier autoproclamé d’un califat mystérieusement subtilisé à son aïeul… Rien que ça… Il fallait y penser… Pendant que le commun des mortels peine à boucler ses fins de mois, l’ex-locataire de la primature, lui, règle ses comptes avec la la Saqîfa de Banî Sa‘ida(1) سقيفة بني ساعدة... On attend presque qu’il annonce, dans un prochain meeting, avoir égaré les clés d’Al-Andalus dans la poche d’un vieux manteau…
Il a soudain décidé d’étendre la main pour réécrire l’histoire depuis la Saqîfa de Banî Sa‘ida(1)… Alors que les Marocains se préoccupent du prix des oignons et du gasoil, voilà que Benkirane apparaît, sûr de lui, pour annoncer au monde que le « califat » a été volé à son grand-père… Comme si nous avions attendu près de quatorze siècles pour découvrir que les clés de la nation étaient perdues dans la poche de son manteau, sans que personne ne nous en informe…
Mais au fond, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Quand on a déjà combattu des “crocodiles” et des “démons” invisibles, pourquoi ne pas affronter les fantômes de l’Histoire ? À ce stade, ce n’est plus un programme politique, c’est une séance de spiritisme… Et comme tout bon spectacle a besoin d’un public, la scène est peuplée d’un chœur fidèle… applaudissements à la demande, indignations sur commande, et surtout suspension totale de l’esprit critique… Le chef parle, la salle s’enflamme… Le chef s’emporte, la salle exulte... Le chef divague, la salle… médite, apparemment…
Dernier numéro en date… une envolée verbale d’une rare élégance contre un contradicteur, réduite à un niveau olfactif “odeur nauséabonde”, rien que ça... La politique marocaine découvre ainsi la nouvelle discipline du débat par effluves… Après l’argument d’autorité, voici venu l’argument de narine… On cherchera en vain, dans cette logorrhée parfumée, une trace de réflexion sur l’emploi, le pouvoir d’achat ou les défis économiques... Trop prosaïque… Mieux vaut distribuer des certificats de légitimité historique et des insultes en rafale… À défaut de convaincre, ça occupe l’antenne...
Après avoir servi à son public sa sempiternelle partition d’invectives et d’insultes à l’encontre du cheikh Fizzazi, Benkirane est allé jusqu’à jurer qu’il n’aurait jamais prié derrière lui… Et c’est là que réside sa faute la plus grave… en tenant de tels propos, il s’est symboliquement placé au-dessus de Sa Majesté le Roi, qui avait pourtant prié derrière ce même cheikh... Une dérive d’une rare arrogance… se comparer, même implicitement, au Commandeur des croyants relève d’une outrecuidance politique et institutionnelle majeure… C’est la grande dérive verbale d’un naufrage politique…
Le plus savoureux « ou le plus inquiétant, c’est selon » reste cette posture morale revendiquée, brandie comme un étendard… avant d’être piétinée à coups d’invectives… Prêcher la vertu tout en pratiquant l’injure… un grand écart qui mériterait, à lui seul, une médaille olympique…
Reste une question, lancinante… s’agit-il d’une stratégie politique ou d’une fuite en avant ? Car derrière les effets de manche et les éclats de voix, une réalité persiste, têtue… un parti passé du sommet de l’État aux marges du jeu politique, et qui semble chercher dans le tumulte ce qu’il ne trouve plus dans les urnes…
À l'approche des élections de 2026, le cap est clair… attaquer tout ce qui bouge… adversaires, alliés, figures religieuses, voire l’Histoire elle-même… Une stratégie du bruit, en somme… Sauf qu’à force de crier, on finit parfois par ne plus rien dire… Pendant ce temps, le pays attend autre chose qu’un one-man-show entre tragédie antique et comédie de boulevard… Il attend des idées, des solutions, un peu de tenue… Bref, de la politique… Mais visiblement, le spectacle continue… Et à ce rythme-là, il ne manque plus qu’un rideau rouge et une billetterie...
Le Maroc ne se gouverne ni à coups de nostalgies fantasmées ni à grand renfort d’invectives, mais par la raison, la dignité et le sens de l’État… Et si certains s’égarent dans les brumes du passé, la nation, elle, avance… lucide, debout et résolument tournée vers l’avenir… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.
(1)… (سَقِيفَة بَنِي سَاعِدَة) « Le toit/l'abri de Banu Sa'ida » ou « La tonnelle des Banu Sa'ida »
Définition : Il s'agissait d'un lieu couvert (une sorte de tonnelle ou de hangar) situé au nord-ouest de la Mosquée du Prophète à Médine, appartenant à la tribu des Banu Sa'ida.
Contexte Historique : Immédiatement après la mort du Prophète Muhammad (PSL) en 632 apr. J.-C. (11 H), les Ansars (les partisans médinois) se sont réunis dans ce lieu pour décider qui dirigerait les musulmans.
L'événement : Les Ansars ont d'abord envisagé de choisir Sa'd ibn 'Ubada, mais la réunion s'est transformée en une discussion importante sur la succession. Abou Bakr, Omar ibn al-Khattab et Abou Ubayda ibn al-Jarrah (des Mouhajiroun/émigrants mecquois) sont arrivés, et après des débats, Abou Bakr a reçu le serment d'allégeance (Bay'ah), devenant ainsi le premier calife de l'Islam.
Signification : La réunion de la Saqifah est considérée comme le premier "parlement" ou la première assemblée politique dans l'histoire de l'Islam, établissant les fondements de la gouvernance et de la désignation des dirigeants…
Contexte Historique : Immédiatement après la mort du Prophète Muhammad (PSL) en 632 apr. J.-C. (11 H), les Ansars (les partisans médinois) se sont réunis dans ce lieu pour décider qui dirigerait les musulmans.
L'événement : Les Ansars ont d'abord envisagé de choisir Sa'd ibn 'Ubada, mais la réunion s'est transformée en une discussion importante sur la succession. Abou Bakr, Omar ibn al-Khattab et Abou Ubayda ibn al-Jarrah (des Mouhajiroun/émigrants mecquois) sont arrivés, et après des débats, Abou Bakr a reçu le serment d'allégeance (Bay'ah), devenant ainsi le premier calife de l'Islam.
Signification : La réunion de la Saqifah est considérée comme le premier "parlement" ou la première assemblée politique dans l'histoire de l'Islam, établissant les fondements de la gouvernance et de la désignation des dirigeants…



