À toutes et à tous : Assegwas Ameggaz que l’année nouvelle soit féconde, juste et porteuse d’élan.
Chaque mois de janvier, une date discrète mais puissante traverse l’histoire de l’Afrique du Nord. Yennayer n’est pas un simple passage d’année : c’est une respiration ancienne, un rappel silencieux de ce lien profond entre les peuples amazighs, la terre et le temps long.
Bien avant les horloges modernes et les calendriers importés, Yennayer organisait la vie. Il marquait le rythme des saisons, guidait les semailles, annonçait les récoltes à venir. Son origine remonte à près de trois millénaires, ancrée dans une mémoire où l’histoire amazighe s’inscrit pleinement dans le bassin méditerranéen, notamment depuis l’accession du roi Sheshonq Ier au pouvoir en Égypte antique, autour de 950 avant notre ère.
Yennayer n’est ni religieux ni dogmatique. Il est profondément terrien. Il célèbre la fin du froid rude, l’ouverture d’un nouveau cycle agricole, l’espoir d’une année fertile. Dans les villages et les campagnes, il fut longtemps un repère vital, un moment pour lire la nature et se projeter collectivement vers l’avenir.
Au fil du temps, cette date est devenue une fête du foyer et du partage. Autour de tables généreuses, les familles se rassemblent. Couscous, céréales, fruits secs, produits de la terre : chaque plat raconte une attente, chaque bouchée porte un vœu d’abondance. Rien d’anecdotique ici. Ces gestes simples traduisent une vision du monde fondée sur l’équilibre, la solidarité et la transmission.
Aujourd’hui, Yennayer a franchi un seuil symbolique. Longtemps vécu dans l’intimité des familles, il s’impose désormais dans l’espace public. Au Maroc, sa reconnaissance comme fête nationale et jour férié officiel consacre une réalité historique : l’amazighité est une composante centrale de l’identité nationale, aux côtés de ses autres affluents.
Ce choix n’est pas seulement mémoriel. Il est politique, culturel et sociétal. Il marque la volonté de réparer un effacement ancien et d’inscrire la culture amazighe dans l’école, les médias, les institutions et le récit collectif. Yennayer n’est plus l’affaire d’un groupe : il devient un patrimoine partagé.
Cette reconnaissance accompagne une dynamique plus large. Festivals, créations artistiques, conférences, initiatives citoyennes se multiplient. Une nouvelle génération s’approprie cet héritage sans nostalgie, cherchant à conjuguer racines profondes et modernité assumée.
Dans la diaspora aussi, Yennayer prend une résonance particulière. En Europe, notamment en France, en Belgique ou aux Pays-Bas, il devient un point d’ancrage pour des générations nées loin de la terre d’origine, mais désireuses de maintenir le fil de la transmission.
Ainsi, Yennayer dépasse les frontières. Il parle de continuité, de diversité et de dialogue. Il rappelle que les identités ne sont pas figées, mais vivantes, capables de traverser le temps et les géographies.
Célébrer Yennayer, c’est regarder derrière soi sans s’y enfermer. C’est honorer une mémoire ancienne tout en affirmant une confiance dans l’avenir. À l’heure des bouleversements climatiques, des crises identitaires et des recompositions culturelles, ce Nouvel An amazigh résonne comme une invitation à respecter la terre, la diversité et le temps long.
Yennayer n’est plus seulement une date. Il est devenu un moment de sens, de transmission et d’espoir.
À toutes et à tous : Assegwas Ameggaz — que l’année nouvelle soit féconde, juste et porteuse d’élan.