La Bourse de Casablanca a connu un cycle haussier vertigineux ces dernières années, dopé par des profits records et des valorisations élevées. En 2025, les bénéfices nets des sociétés cotées ont atteint environ 41,2 milliards de dirhams, soit une progression de 30,8 % par rapport à 2024, selon BMCE Capital Global Research (BKGR).
Cette performance historique ne doit pas masquer les évolutions profondes du marché. À l’heure où l’on discute encore de l’impact des litiges sectoriels notamment entre Itissalat Al-Maghrib et INWI et de la normalisation monétaire, la question centrale devient : comment transformer ce regain conjoncturel en croissance durable ?
Dans son rapport annuel de stratégie, BKGR décrit le contexte global comme FANI Friable, Anxiogène, Non-linéaire et Incompréhensible pour souligner l’incertitude persistante des cycles économiques et boursiers à l’échelle internationale. Dans un tel environnement, « les niveaux de valorisation appellent à la prudence sur certaines valeurs », concèdent les analystes. Toutefois, le potentiel de croissance reste présent, à condition qu’il soit soutenu par des fondamentaux solides.
À l’aube de 2026, les projections tablent sur une poursuite de la croissance bénéficiaire, mais à un rythme plus « normatif » : un RNPG (Résultat Net Part du Groupe) global de 44,4 milliards de dirhams, en hausse d’environ 7,7 %, et un chiffre d’affaires total estimé à 323,9 milliards de dirhams, soit une progression d’environ 8,2 % par rapport à l’année précédente.
Cette transition vers un rythme de croissance plus modéré reflète une réalité que beaucoup d’investisseurs marocains commencent à ressentir : après la fièvre des performances d’« effet », le marché demande désormais une lecture plus fine, axée sur l’exécution stratégique des projets et la rentabilité réelle des entreprises. Cette approche est d’autant plus pertinente que certains segments du marché affichent encore des ratios de valorisation supérieurs à leur moyenne à long terme, ce qui pourrait limiter les marges de progression à court terme.
Ce ralentissement relatif attendu ne signifie pas que les perspectives sont ternes. Au contraire, les banques, les télécommunications et les secteurs industriels restent des moteurs importants de performance et de création de valeur. L’exemple des télécoms est illustratif : leur contribution devrait excéder 46 % de la croissance bénéficiaire globale en 2025, portée par la résolution de litiges et la stabilisation des revenus.
Dans le même temps, une sélectivité accrue des investisseurs devient indispensable. Des phases de prises de bénéfices pourraient survenir notamment en amont des publications de résultats annuels, autour des mois de février et mars, lorsque le marché réévalue les perspectives jugées parfois déjà intégrées dans les cours. Cette normalisation des flux n’est pas une faiblesse, mais plutôt la manifestation d’un marché mûrissant.
Par ailleurs, l’avenir de la Bourse de Casablanca pourrait être dynamisé par de nouvelles introductions en Bourse, qui élargiraient la cote et renforceraient la liquidité, encore perçue comme limitée par certains acteurs du marché. De même, les opérations de fusions-acquisitions stratégiques pourraient apporter un nouveau souffle à des secteurs clés.
Pour les investisseurs marocains, cette nouvelle phase impose un regard lucide. À l’écart des emballements spéculatifs, il s’agit aujourd’hui de privilégier une stratégie structurée, fondée sur une analyse rigoureuse des résultats, des modèles d’affaires des entreprises et de la solidité de leurs plans stratégiques. D’anciens records comme la barre des 1 000 milliards de dirhams de capitalisation, atteinte par le MASI en 2025, ne doivent pas faire oublier les défis de la diversification et de l’inclusion d’un plus grand nombre de valeurs de croissance.
En fin de compte, la Bourse marocaine entre dans une ère de consolidation qui pourrait s’avérer plus bénéfique à long terme qu’une simple répétition des performances passées. Pour l’investisseur averti comme pour l’épargnant curieux, le message est clair : la prudence et l’exigence analytique ne sont pas des obstacles, mais de précieuses alliées dans une quête de croissance durable.
La Bourse de Casablanca n’est plus seulement un terrain de hausse spectaculaire ; elle devient, de plus en plus, une place où se joue la maturité financière du Maroc. À l’heure où les grands équilibres mondiaux se redessinent, la capacité du marché à conjuguer croissance bénéfique, sélectivité et fondamentaux solides sera le véritable baromètre de son succès en 2026 — et au-delà.
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