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CAN 2025 au Maroc : des retombées économiques majeures, un défi de durabilité à relever.


Par Abdelghani El Arrasse

La Coupe d’Afrique des Nations 2025 n’a pas seulement animé les stades et rassemblé les peuples. Elle a mis le Maroc en mouvement, insufflé un rythme nouveau à ses villes, réveillé ses secteurs clés et projeté son économie dans une dynamique rare, intense, presque fulgurante.

Pendant quelques semaines, le pays a vécu au tempo de l’Afrique, et ce tempo a laissé une empreinte profonde.



Les chiffres, d’abord, tracent les contours d’un succès indiscutable.

Près de 12 milliards de dirhams de retombées économiques, des recettes supérieures aux dépenses, un pic de consommation assumé et maîtrisé. Mais la CAN ne se résume pas à une équation budgétaire. Elle a été un accélérateur, une mise à niveau simultanée des infrastructures, des compétences et de la confiance collective. Les villes hôtes se sont transformées.

Routes élargies, transports modernisés, équipements sportifs rénovés, espaces publics requalifiés. L’urbanisation s’est accélérée, non comme un simple décor pour l’événement, mais comme un investissement pour l’avenir.

Le Maroc n’a pas construit pour la CAN seulement ; il a construit au-delà de la CAN.

Le tourisme et les services ont capté cette énergie avec une intensité exceptionnelle. 1,1 million de spectateurs dès les quarts de finale, un record absolu dans l’histoire des 35 éditions de la compétition. Les hôtels ont affiché complet, les restaurants ont vibré, les transports ont tourné à plein régime, le commerce local a retrouvé une vitalité rare. 28 000 emplois saisonniers ont été créés dans le tourisme : un signal fort, porteur d’espoir, mais aussi porteur d’exigence.

Car l’emploi temporaire n’est une victoire que s’il ouvre la voie à une stabilité durable. C’est là que la CAN 2025 révèle son sens profond. Elle n’était pas une destination finale, mais un passage stratégique.

Un test grandeur nature avant l’horizon de la Coupe du Monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal. Et ce test, le Royaume l’a abordé avec méthode. 12 000 jeunes formés aux métiers du tourisme, de l’accueil et de l’événementiel : des compétences concrètes, immédiatement mobilisables demain, capables d’irriguer l’économie bien au-delà des compétitions.

Dans les coulisses, une autre transformation s’est opérée, plus discrète mais tout aussi décisive.

Des PME ont émergé, notamment dans l’événementiel. 35 entreprises aujourd’hui en mesure de répondre à des appels d’offres au Maroc et à l’international. La CAN a joué le rôle d’un incubateur à ciel ouvert, structurant un tissu économique agile, créatif, exportable. Le Maroc dispose désormais d’infrastructures solides, d’équipes rodées, d’un savoir-faire éprouvé et d’une crédibilité renforcée.

Il a prouvé qu’il pouvait accueillir le monde sans improviser, organiser à grande échelle sans se disperser, investir sans gaspiller. En ce sens, la CAN 2025 est un grand test réussi.

Mais la réussite conjoncturelle n’est jamais une fin.

Elle est une responsabilité. Transformer l’élan en trajectoire durable suppose une vision claire : prolonger les saisons touristiques, stabiliser l’emploi, accompagner les PME nées de l’événement, capitaliser sur les compétences formées. Faire de l’événementiel sportif non pas une parenthèse brillante, mais un pilier structurant de la croissance. La CAN 2025 s’achève, mais son véritable match commence maintenant.

Celui où l’instant doit devenir structure, où l’émotion doit se muer en stratégie, où la fête doit laisser place à la durabilité. Le Maroc en a posé les fondations. À lui désormais d’en écrire la continuité.

Rédigé par Abdelghani El Arrasse - Économiste membre de L’AEI.


Lundi 26 Janvier 2026