La Coupe d’Afrique des nations 2025, organisée au Maroc, restera comme l’une des éditions les plus suivies de l’histoire de la compétition. Jamais un événement footballistique africain n’avait bénéficié d’une telle exposition médiatique, à la fois continentale et internationale. Cette visibilité témoigne d’un fait indéniable : le football africain a changé de statut. Il est désormais un objet médiatique mondial, observé, commenté et parfois instrumentalisé.
Sur le plan organisationnel et professionnel, le constat est largement positif. Les conditions mises à disposition des médias nationaux et étrangers ont permis une couverture dense, continue et techniquement conforme aux standards des grandes compétitions internationales. Accréditations, infrastructures, accès à l’information, logistique : tout concourait à un exercice normal et serein du métier de journaliste sportif. Plusieurs médias africains et internationaux ont d’ailleurs su saisir cette opportunité pour produire un traitement équilibré, centré sur le jeu, l’organisation et les performances sportives, sans céder aux facilités de la surenchère.
Mais cette édition a aussi mis en lumière une réalité plus inquiétante : la dérive d’une partie du paysage médiatique africain, particulièrement lors des phases décisives du tournoi. À mesure que la compétition avançait, certaines rédactions, issues de pays directement engagés dans la course au titre, ont progressivement abandonné les principes fondamentaux du journalisme. Le doute est devenu un argument, l’insinuation une méthode, et la suspicion systématique un substitut à l’enquête.
La finale a cristallisé ces dérives. Au lieu d’être traitée comme un événement sportif majeur, elle a été transformée, dans certains médias et sur les réseaux sociaux, en un champ de bataille symbolique. Accusations sans preuves, remise en cause de l’intégrité des organisateurs, procès d’intention répétés : le récit sportif a été supplanté par une narration de confrontation, parfois ouvertement hostile. Dans certains cas, cette couverture a franchi un seuil dangereux, en alimentant des discours de tension et en attisant les émotions des supporters.
Cette confusion entre information et militantisme pose une question centrale : celle de l’indépendance réelle des médias sportifs africains face aux agendas politiques et nationalistes. Lorsque des rédactions cessent d’informer pour défendre une cause ou régler des comptes, ce n’est plus seulement l’éthique journalistique qui vacille, mais la fonction même du média comme espace de médiation et de compréhension.
Les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène. La circulation massive de contenus non vérifiés, de rumeurs et de discours agressifs a brouillé les repères entre information professionnelle et production amateur. Le poids croissant des influenceurs, souvent dépourvus de formation journalistique et soumis à des logiques d’audience immédiate, accentue cette fragilité. L’information sportive devient alors un produit émotionnel, déconnecté des faits et potentiellement générateur de tensions entre peuples et supporters.
Cette situation renvoie également à un débat interne au paysage médiatique marocain. Le choix d’écarter une partie des professionnels expérimentés au profit de profils plus visibles mais moins aguerris n’a pas été sans conséquences. L’absence d’une stratégie médiatique structurée, capable d’anticiper et de contrer les campagnes de dénigrement, a laissé le champ libre à des récits concurrents, souvent biaisés, parfois malveillants.
Pour autant, il serait injuste d’ignorer le travail remarquable accompli par de nombreux journalistes marocains durant cette CAN. Sur le terrain comme dans les rédactions, ils ont assuré une couverture rigoureuse, souvent pédagogique, respectueuse des faits et des règles du métier. Leur engagement rappelle que le journalisme sportif peut encore être un espace de professionnalisme, de nuance et de responsabilité.
La CAN 2025 aura donc été bien plus qu’un tournoi de football. Elle agit comme un révélateur. Révélateur des progrès indéniables de l’Afrique en matière d’organisation sportive, mais aussi des fragilités persistantes de son écosystème médiatique. À l’heure où le sport est devenu un enjeu d’image, d’influence et parfois de rivalités politiques, la question n’est plus seulement de gagner des matchs, mais de préserver un journalisme libre, rigoureux et apaisé.
Car sans médias responsables, le sport cesse d’être un langage commun pour devenir un terrain de confrontation. Et c’est là, sans doute, le véritable enjeu laissé en héritage par cette CAN marocaine.
Source : Communiqué de la Syndicat National de la Presse Marocaine sur la couverture médiatique de la CAN 2025 au Maroc
Sur le plan organisationnel et professionnel, le constat est largement positif. Les conditions mises à disposition des médias nationaux et étrangers ont permis une couverture dense, continue et techniquement conforme aux standards des grandes compétitions internationales. Accréditations, infrastructures, accès à l’information, logistique : tout concourait à un exercice normal et serein du métier de journaliste sportif. Plusieurs médias africains et internationaux ont d’ailleurs su saisir cette opportunité pour produire un traitement équilibré, centré sur le jeu, l’organisation et les performances sportives, sans céder aux facilités de la surenchère.
Mais cette édition a aussi mis en lumière une réalité plus inquiétante : la dérive d’une partie du paysage médiatique africain, particulièrement lors des phases décisives du tournoi. À mesure que la compétition avançait, certaines rédactions, issues de pays directement engagés dans la course au titre, ont progressivement abandonné les principes fondamentaux du journalisme. Le doute est devenu un argument, l’insinuation une méthode, et la suspicion systématique un substitut à l’enquête.
La finale a cristallisé ces dérives. Au lieu d’être traitée comme un événement sportif majeur, elle a été transformée, dans certains médias et sur les réseaux sociaux, en un champ de bataille symbolique. Accusations sans preuves, remise en cause de l’intégrité des organisateurs, procès d’intention répétés : le récit sportif a été supplanté par une narration de confrontation, parfois ouvertement hostile. Dans certains cas, cette couverture a franchi un seuil dangereux, en alimentant des discours de tension et en attisant les émotions des supporters.
Cette confusion entre information et militantisme pose une question centrale : celle de l’indépendance réelle des médias sportifs africains face aux agendas politiques et nationalistes. Lorsque des rédactions cessent d’informer pour défendre une cause ou régler des comptes, ce n’est plus seulement l’éthique journalistique qui vacille, mais la fonction même du média comme espace de médiation et de compréhension.
Les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène. La circulation massive de contenus non vérifiés, de rumeurs et de discours agressifs a brouillé les repères entre information professionnelle et production amateur. Le poids croissant des influenceurs, souvent dépourvus de formation journalistique et soumis à des logiques d’audience immédiate, accentue cette fragilité. L’information sportive devient alors un produit émotionnel, déconnecté des faits et potentiellement générateur de tensions entre peuples et supporters.
Cette situation renvoie également à un débat interne au paysage médiatique marocain. Le choix d’écarter une partie des professionnels expérimentés au profit de profils plus visibles mais moins aguerris n’a pas été sans conséquences. L’absence d’une stratégie médiatique structurée, capable d’anticiper et de contrer les campagnes de dénigrement, a laissé le champ libre à des récits concurrents, souvent biaisés, parfois malveillants.
Pour autant, il serait injuste d’ignorer le travail remarquable accompli par de nombreux journalistes marocains durant cette CAN. Sur le terrain comme dans les rédactions, ils ont assuré une couverture rigoureuse, souvent pédagogique, respectueuse des faits et des règles du métier. Leur engagement rappelle que le journalisme sportif peut encore être un espace de professionnalisme, de nuance et de responsabilité.
La CAN 2025 aura donc été bien plus qu’un tournoi de football. Elle agit comme un révélateur. Révélateur des progrès indéniables de l’Afrique en matière d’organisation sportive, mais aussi des fragilités persistantes de son écosystème médiatique. À l’heure où le sport est devenu un enjeu d’image, d’influence et parfois de rivalités politiques, la question n’est plus seulement de gagner des matchs, mais de préserver un journalisme libre, rigoureux et apaisé.
Car sans médias responsables, le sport cesse d’être un langage commun pour devenir un terrain de confrontation. Et c’est là, sans doute, le véritable enjeu laissé en héritage par cette CAN marocaine.
Source : Communiqué de la Syndicat National de la Presse Marocaine sur la couverture médiatique de la CAN 2025 au Maroc