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CAN au Maroc : quand la réussite sportive se heurte à la guerre de l’image


Rédigé par le Vendredi 23 Janvier 2026

L’annonce de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations par le Maroc n’a pas seulement suscité l’enthousiasme attendu. Elle a aussi ravivé des tensions latentes et libéré une vague de rancœurs, bien au-delà du continent africain. Avant même le coup d’envoi, la compétition a été la cible de critiques virulentes, soulevant aujourd’hui la question centrale de la gestion de la communication autour de ce rendez-vous continental.



CAN au Maroc : quand la réussite sportive se heurte à la guerre de l’image

Une large partie de la CAN 2025 s’est ainsi jouée sur les réseaux sociaux. Cette bataille numérique a mis en lumière plusieurs enseignements majeurs, tant pour la politique intérieure que pour le positionnement extérieur du Royaume. Sur le plan organisationnel, le constat est sans appel : le Maroc a livré une édition d’un niveau exceptionnel, unanimement saluée comme la meilleure CAN jamais organisée. Infrastructures modernisées, stades neufs ou rénovés, hébergement haut de gamme et logistique maîtrisée ont placé la barre très haut.


Paradoxalement, cette montée en gamme a nourri une avalanche de critiques souvent déconnectées de la réalité : hôtels qualifiés d’« auberges », distances jugées excessives entre lieux d’hébergement et centres d’entraînement, présence de moustiques en plein hiver ou encore conditions météorologiques mises en cause. Des reproches difficilement compréhensibles, au regard des standards de luxe proposés, contrastant fortement avec les éditions précédentes où les joueurs évoluaient dans des conditions bien plus précaires, sans pour autant susciter un tel tollé.


Condamné sur les réseaux avant même le début de la compétition, le Maroc est rapidement devenu une cible. Une hostilité nourrie, entre autres, par des campagnes de désinformation émanant de pays recalés dans la course à l’organisation de la CAN, à l’image de l’Algérie, dont la propagande numérique s’est révélée particulièrement active. Cette séquence a également exposé une réalité plus profonde : la persistance d’un discours raciste et de préjugés envers le Maroc, jugé par certains « pas assez africain » et par d’autres « trop africain » pour être arabe.


Ce succès qui dérange, ce pays connu des élites mais encore méconnu de larges franges des opinions publiques africaines, notamment anglophones, reste prisonnier de stéréotypes tenaces. « Comment réussir quand tout un continent est contre vous ? », s’est interrogé Arsène Wenger, résumant ainsi le paradoxe marocain.


Sur la scène numérique, le silence de nombreux influenceurs marocains, pourtant habitués aux partenariats et aux invitations officielles, a frappé les observateurs. La CAN a démontré les limites de cette stratégie fondée sur l’audience plutôt que sur l’engagement. À l’inverse, ce sont les contenus spontanés, authentiques et désintéressés de citoyens et de patriotes qui ont émergé et trouvé un écho réel.


La communication d’un événement de cette ampleur ne se limite pas à la promotion touristique ou à la présence d’influenceurs étrangers. Elle implique une mobilisation collective pour répondre aux attaques, déconstruire les fake news et défendre une image nationale mise à l’épreuve. Or, cette bataille numérique a surtout été remportée par les Africains résidant au Maroc. Étudiants, travailleurs ou familles installées dans le Royaume, ils se sont imposés comme les meilleurs ambassadeurs du pays, opposant aux accusations leur vécu quotidien et leur expérience concrète.


Vidéo après vidéo, sans calcul ni intérêt personnel, ils ont rétabli la vérité d’un Maroc accueillant, solidaire et ouvert, défendant avec force le pays qui les a intégrés. Leur engagement a rappelé que la communication efficace repose moins sur des moyens colossaux que sur une stratégie claire, une intelligence collective et la pertinence des arguments.


Cette CAN a ainsi révélé une évidence : l’excellence organisationnelle, aussi remarquable soit-elle, ne suffit plus. Elle doit être accompagnée d’une stratégie médiatique solide, capable de contrer la désinformation, de répondre aux discours hostiles et de neutraliser les agendas malveillants, qu’ils proviennent de médias étrangers ou de simples acteurs numériques.


Le Royaume dispose désormais de plusieurs leviers pour consolider son image après cet événement révélateur. Cela passe par une meilleure compréhension des perceptions africaines, la lutte contre les discours racistes et les idées reçues, un investissement plus organique des espaces numériques et une réponse structurée aux campagnes de dénigrement. Autant de défis à relever pour que les futures réussites sportives du Maroc se traduisent aussi par une victoire durable sur le terrain de l’opinion.





Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 23 Janvier 2026