L'ODJ Média

CAN : le Maroc face au terrain… et face au système


Rédigé par le Lundi 19 Janvier 2026

Depuis le coup d’envoi de cette Coupe d’Afrique des Nations, une impression persiste et se renforce match après match : le Maroc ne joue pas seulement contre ses adversaires. Il joue contre un climat. Un contexte pesant, hostile, parfois ouvertement méprisant, où chaque performance est minimisée, chaque victoire suspectée, chaque ambition contestée.



Quand le Maroc dérange plus qu’il ne joue

CAN : le Maroc face au terrain… et face au système
Il faut le dire sans détour : le parcours marocain dans cette CAN s’est fait dans un environnement pollué par les polémiques, les discours biaisés et une pression médiatique disproportionnée.

Une pression qui dépasse largement le cadre sportif et révèle un malaise plus profond au sein du football africain.
 

Un acharnement qui dépasse le jeu

Dès que le Maroc gagne, les débats se déplacent. On ne parle plus de tactique, de discipline, de projet sportif ou de qualité individuelle. On parle d’arbitrage, d’intentions cachées, de supposés privilèges.

Les décisions contestables deviennent des scandales lorsqu’elles profitent au Maroc, mais sont vite relativisées dans d’autres contextes. Cette asymétrie dans le traitement interroge.
 
Les joueurs marocains évoluent ainsi dans un climat où ils doivent constamment se justifier d’exister, de gagner, d’ambitionner. Comme si leur présence au sommet dérangeait un ordre établi, un imaginaire dans lequel le Maroc ne devrait pas sortir du rôle secondaire qu’on lui avait assigné.
 

Le Maroc, un modèle qui dérange

Ce malaise n’est pas sportif. Il est structurel. Le Maroc dérange parce qu’il a fait des choix. Investir dans les infrastructures, former, professionnaliser, planifier sur le long terme. Construire des académies, structurer des fédérations, miser sur la compétence plutôt que sur l’improvisation.
 
Dans un continent où le football est souvent victime de désorganisation chronique, le sérieux devient une provocation. Le travail devient suspect. Le succès devient une offense. Alors certains préfèrent disqualifier le résultat plutôt que d’interroger leurs propres failles.
 
Le discours condescendant qui consiste à réduire les problèmes de la CAN à son « charme » en dit long. La chaleur extrême, les pelouses impraticables, les interruptions de match, l’arbitrage incohérent ne sont pas des folklore pittoresques : ce sont des dysfonctionnements réels qui impactent la qualité du jeu et la santé des joueurs. Les dénoncer n’est pas du mépris, c’est une exigence légitime.
 

Des joueurs pris en otage émotionnel

Au cœur de cette tempête, il y a des joueurs. Des hommes qui portent sur leurs épaules le poids de tout un peuple, tout en étant exposés à une hostilité constante. Chaque erreur est amplifiée, chaque réaction décortiquée, chaque geste interprété.
 
Ils ne sont pas seulement jugés sur leur football, mais sur ce qu’ils représentent : un pays qui avance, qui s’impose, qui refuse de s’excuser de réussir. Cette pression permanente est injuste. Elle est épuisante. Et malgré cela, le Maroc a tenu. Atteindre la finale dans de telles conditions n’est pas anodin. C’est une performance mentale autant que sportive.
 

Un football africain à la croisée des chemins

Ce qui se joue à travers le cas marocain dépasse largement une compétition. C’est une question de vision. Soit le football africain accepte l’exigence, la réforme, la modernisation, soit il s’enferme dans une posture défensive où toute critique est perçue comme une attaque, et tout progrès comme une menace.
 
Le Maroc n’est pas l’ennemi du football africain. Il en est l’un des révélateurs. Il montre ce qui est possible lorsque le travail remplace l’improvisation. Et c’est précisément cela qui dérange.
 

Fermer le bruit, continuer d’avancer

Face à la cacophonie, la réponse marocaine est restée digne. Pas de pleurnicherie. Pas de victimisation excessive. Une volonté claire : continuer à avancer, malgré les nuisances, malgré le vacarme, malgré les tentatives de déstabilisation.
 
Aux joueurs, le message est simple : relevez la tête. Vous n’avez rien volé. Vous avez travaillé. Et le peuple le sait. Il a compris que le bruit n’est qu’une réaction de défense face à un modèle qui s’impose.
 
Le temps fera le tri. Comme toujours. Et au final, ce ne sont ni les polémiques ni les discours méprisants qui feront l’histoire, mais le travail, la vision et la constance.
 




Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Lundi 19 Janvier 2026