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CULTURE — Maroc–France : la coopération culturelle veut changer d’échelle


Rédigé par La Rédaction le Mardi 4 Août 2026

Le Maroc et la France ont signé à Rabat de nouveaux engagements dans les arts, le cinéma, l’image animée et les industries créatives. Les accords visent notamment les échanges artistiques, les résidences, la coopération avec l’Institut du monde arabe et le soutien aux auteurs africains. Le jeu vidéo, la recherche archéologique, le livre et la traduction figurent également parmi les domaines évoqués. Cette relance intervient dans le cadre de la Réunion de haut niveau maroco-française de juillet 2026. Pour les créateurs marocains, l’enjeu n’est pas seulement diplomatique : il concerne l’accès aux financements, aux réseaux et aux marchés. La valeur de ces accords dépendra désormais des programmes effectivement ouverts et du nombre de professionnels qui pourront en bénéficier.



Des accords qui couvrent toute la chaîne de la création

CULTURE — Maroc–France : la coopération culturelle veut changer d’échelle
La coopération culturelle entre Rabat et Paris s’est enrichie de plusieurs déclarations d’intention et conventions signées à l’occasion de la 15e Réunion de haut niveau Maroc–France. Les textes portent sur les échanges artistiques, le cinéma et l’image animée en Afrique, ainsi que sur un partenariat avec l’Institut du monde arabe. Les discussions ont également abordé la présence marocaine à la Cité internationale des arts de Paris, l’adhésion du Royaume à un fonds destiné aux auteurs et producteurs africains, la recherche archéologique, le livre, la traduction et l’industrie du jeu vidéo.
    Cette largeur de champ traduit une évolution importante : la culture n’est plus envisagée uniquement comme une succession d’expositions ou de spectacles, mais comme un écosystème économique fait de droits, de formation, de production, de diffusion et d’exportation. Pour un artiste ou un producteur marocain, la résidence à l’étranger peut ouvrir un réseau ; pour une société de production, un accord de coproduction peut répartir les risques et faciliter l’accès à des diffuseurs ; pour un studio de jeu vidéo, la coopération peut offrir des compétences et des débouchés. Les annonces restent toutefois formulées à des niveaux différents.
    Une déclaration d’intention fixe une direction, mais ne garantit ni budget, ni calendrier, ni procédure de sélection. Une convention stratégique doit encore être déclinée en appels à projets, résidences, formations ou coproductions. La lecture journalistique doit donc distinguer l’ambition politique des mécanismes immédiatement disponibles.
    Le secteur culturel marocain a besoin de continuité, car les projets se développent sur plusieurs années et mobilisent des équipes fragiles. Un programme ponctuel produit de la visibilité ; un dispositif régulier permet de structurer des métiers et des entreprises.

Transformer la diplomatie culturelle en débouchés équitables

Le potentiel de cette coopération est réel. Le Maroc occupe une position de passerelle entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe, avec une diversité linguistique et artistique capable de nourrir des productions originales. Le cinéma bénéficie déjà d’infrastructures, de techniciens expérimentés et de décors recherchés.
    Le jeu vidéo rassemble une jeunesse formée au numérique, mais encore confrontée au financement et à la difficulté de commercialiser ses créations. Le livre et la traduction peuvent, eux, élargir la circulation des idées et donner davantage de place aux auteurs marocains. Pour que les accords changent véritablement d’échelle, les critères d’accès devront être publics et lisibles.
    Les opportunités ne doivent pas rester concentrées entre quelques institutions ou professionnels déjà internationalisés. Des dispositifs régionaux, des jurys transparents et un accompagnement des jeunes structures peuvent ouvrir le système. La question des droits est également centrale.
    Dans une coproduction, le partage de la propriété intellectuelle, des recettes et des possibilités d’exploitation future doit être équilibré. L’accès à un marché plus vaste ne doit pas conduire le créateur marocain à céder l’essentiel de la valeur de son œuvre. La coopération avec l’Institut du monde arabe peut renforcer la visibilité du patrimoine et de la création contemporaine, à condition de présenter un Maroc vivant, pluriel et non réduit à une image décorative.
    Les résultats devront être évalués par des indicateurs simples : projets financés, artistes accueillis, œuvres distribuées, emplois créés, recettes générées et part accordée aux nouveaux entrants. La signature de juillet ouvre une fenêtre. Elle deviendra une politique culturelle utile si les créateurs savent où candidater, disposent du temps nécessaire pour produire et conservent une place juste dans la valeur qu’ils contribuent à créer.




Mardi 4 Août 2026