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Canada : Kassim Doumbia, l’Ivoirien devenu maire de Shippagan et figure de la francophonie au Nouveau-Brunswick


Rédigé par le Mardi 15 Septembre 2026

Arrivé au Canada comme étudiant, l’Ivoirien Kassim Doumbia est devenu maire de Shippagan, au Nouveau-Brunswick, avant d’être élu président de l’Association francophone des maires de la province.



Canada : Kassim Doumbia, l’Ivoirien devenu maire de Shippagan et figure de la francophonie au Nouveau-Brunswick
Arrivé au Canada en 2000 pour poursuivre ses études, Kassim Doumbia s’est imposé comme une figure politique locale au Nouveau-Brunswick. Élu maire de Shippagan en 2021, puis président de l’Association francophone des maires du Nouveau-Brunswick en juin dernier, il incarne à la fois le parcours d’un immigré africain et la vitalité des communautés francophones hors Québec.

L’histoire est passée relativement inaperçue, mais elle illustre une évolution significative de la représentation politique au Canada francophone. Kassim Doumbia, né en Côte d’Ivoire et ayant passé une partie de sa jeunesse au Sénégal, est devenu en 2021le premier maire noir du Nouveau-Brunswick. En juin dernier, il a franchi une nouvelle étape en étant élu président de l’Association francophone des maires du Nouveau-Brunswick.

Installé au Canada depuis l’an 2000, Kassim Doumbia était arrivé comme étudiant à l’Université de Moncton, principal établissement universitaire francophone du Nouveau-Brunswick, situé dans la ville bilingue de Moncton. Capitale économique de la province et plus grande ville néo-brunswickoise, Moncton constitue l’un des pôles majeurs de la francophonie canadienne en dehors du Québec.

Un parcours politique construit dans le nord-est du Nouveau-Brunswick

Après son arrivée au Canada, Kassim Doumbia s’est progressivement impliqué dans la vie publique locale. Son engagement l’a conduit à être élu maire de Shippagan, petite ville francophone du nord-est du Nouveau-Brunswick, en mai 2021. Il a ensuite été réélu en novembre 2022, peu avant l’entrée en vigueur de fusions municipales ayant intégré plusieurs localités voisines à la ville.

Shippagan compte aujourd’hui environ 4 000 habitants. Malgré sa taille modeste, la ville bénéficie d’une certaine notoriété grâce à la présence d’un campus de l’Université de Moncton, aux côtés de ceux de Moncton et d’Edmundston. Dans cette région fortement francophone, l’élection de Kassim Doumbia a marqué une première historique pour la province.

Le 26 juin dernier, l’élu a également été porté à la tête de l’Association francophone des maires du Nouveau-Brunswick. Cette organisation regroupe les municipalités francophones de la province et joue un rôle important dans la représentation des intérêts des collectivités locales francophones.

Premier maire noir du Nouveau-Brunswick

L’élection de Kassim Doumbia à la mairie de Shippagan lui a conféré une place particulière dans l’histoire politique canadienne. Il est présenté comme le premier maire noir du Nouveau-Brunswick et le premier maire noir né en Afrique au Canada.

Il devient également le cinquième maire noir né à l’étranger dans l’histoire du pays. Avant lui, quatre élus d’origine haïtienne avaient exercé des fonctions similaires : Saint-Firmin Monestime, élu maire de Mattawa, en Ontario, en 1964 ; René Coicou, maire de l’ancienne ville québécoise de Gagnon de 1976 à 1985 ; Ulrich Chérubin, maire d’Amos, au Québec, de 2002 à son décès en 2014 ; et Michel Adrien, maire de Mont-Laurier, également au Québec, de 2003 à 2017.

Autre point commun notable : ces cinq parcours politiques se sont inscrits dans des villes francophones ou à forte présence francophone. Trois se situent au Québec, une au Nouveau-Brunswick et une en Ontario, Mattawa ayant été majoritairement francophone au moment de l’élection de Saint-Firmin Monestime.

Aujourd’hui encore, Kassim Doumbia demeure l’unique maire noir du Nouveau-Brunswick et une figure symbolique de la diversité dans la francophonie canadienne.

Le Nouveau-Brunswick, terre d’accueil francophone

L’ascension politique de Kassim Doumbia s’inscrit dans un contexte provincial particulier. Situé sur la côte est du Canada, le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue du pays, le français et l’anglais y ayant tous deux statut de langues officielles. Le Québec, pour sa part, a le français comme seule langue officielle.

La population francophone représente environ un tiers des près de 900 000 habitants de la province. Elle se concentre principalement dans l’est et le nord du territoire, où elle est souvent majoritaire. Ces régions correspondent à l’Acadie du Nouveau-Brunswick, héritière de l’ancien territoire de l’Acadie française, passé sous domination britannique au XVIIIe siècle.

L’agglomération de Moncton constitue aujourd’hui le principal moteur économique de la province. Elle connaît une forte croissance démographique, notamment dans la municipalité bilingue de Moncton et dans la ville francophone voisine de Dieppe. Avec plus de 195 000 habitants, l’agglomération s’impose comme l’un des espaces urbains les plus dynamiques de l’est canadien.

Une immigration francophone encouragée

Confronté au vieillissement de sa population et à une pénurie de main-d’œuvre, le Nouveau-Brunswick mise de plus en plus sur l’immigration internationale. Les autorités provinciales et fédérales encouragent notamment l’arrivée de travailleurs, d’étudiants et de familles francophones afin de renforcer les communautés francophones hors Québec.

Plusieurs programmes facilitent cette immigration, dont le dispositif Entrée express, qui représente une part importante des places réservées à l’immigration francophone en dehors du Québec. Ces dernières années, le gouvernement fédéral canadien a augmenté ses objectifs en la matière afin de soutenir la vitalité démographique et culturelle des communautés francophones minoritaires.

Dans ce contexte, le Nouveau-Brunswick apparaît comme une destination privilégiée pour les francophones souhaitant s’installer au Canada hors Québec. Son bilinguisme officiel, la présence de nombreuses localités francophones, la proximité géographique avec le Québec et le dynamisme de certaines régions, notamment autour de Moncton, renforcent son attractivité.

Au-delà de ses atouts économiques et linguistiques, la province met aussi en avant sa qualité de vie, ses paysages côtiers et ses plages réputées, notamment dans la région de Shediac, au sud-est, près de Moncton.

Un symbole pour la diversité francophone canadienne

Le parcours de Kassim Doumbia illustre la place croissante des immigrés francophones dans la vie publique canadienne. De l’Université de Moncton à la mairie de Shippagan, puis à la présidence de l’Association francophone des maires du Nouveau-Brunswick, son itinéraire reflète à la fois une réussite individuelle et les mutations démographiques d’une province qui cherche à renforcer sa francophonie.

Son élection témoigne aussi de l’ouverture de certaines collectivités francophones à des profils issus de l’immigration internationale, dans un pays où les enjeux linguistiques, démographiques et identitaires restent au cœur du débat public.




Mardi 15 Septembre 2026