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Casablanca se met au botox.


Par Anissa Mekouar Senhadji.

Ces derniers temps, tout le monde parle de l’identité de Casablanca. Sérieux, elle est en pleine crise existentielle, la pauvre.

On voit débarquer des hordes de bulldozers, des policiers en sueur, des ambulances garées comme pour un braquage…

Dans les quartiers un peu cabossés. On a compris : c’est l’opération « délogeage express » pour des familles entières. Direction les banlieues !

Parce que, hein, rien de tel que d’envoyer les gens loin, très loin, pour régler les problèmes… C’est comme ranger ses chaussettes sales sous le lit : ça semble propre, mais ça pique au réveil.



Du coup, il faut se poser la grande question : Qu'est ce qu'on veut faire de Casablanca ?

Moi, J’AI UNE PEUR BLEUE qu’on transforme notre belle ville en un énorme lego vertical en béton et acier – des petits frères de Casa Finance City. Alors oui, une ville a des rides. On peut les camoufler discrètement, comme une dame un peu coquette.

Mais nos décideurs, eux, ils veulent les effacer à la pelleteuse. Hop, plus une seule ridule !

Résultat : on va ressembler à une poupée de cire lisse et anonyme. J’AI PEUR qu’on perde nos contrastes chéris (le neuf et le vieux, le riche et le pauvre, le tajine et la pizza). Adieu Derb Ghallef, les Habbous, l’ancien Maarif, …

Adieu les thés partagés en rigolant, les couscous du vendredi.

À force de tout raser, on va se retrouver avec une ville aseptisée, sans âme, sans histoire… Bref, un grand centre commercial climatisé mais sans les bonnes odeurs de brochettes. Moi, j’adore traîner dans nos souks, à Derb Soltane, dans notre mdina lekdima.

C’est ça, notre identité ! Pas une tour en verre qui brille mais où personne ne se parle. Et puis, envoyer des familles entières à Nassim, Rahma et autres banlieues lointaines…

C’est quoi la suite? Ça ne règle rien : ça fabrique des cités-dortoirs, des ados qui s’ennuient comme des rats morts, et des fractures sociales qui deviennent des canyons.

La promiscuité des classes sociales, c’est ce qui fait qu’une ville vit, qu’on se croise, qu’on s’engueule, qu’on s’aime… Mais avant de détruire, est-ce qu’on a fait une étude d’impact humain ? Ou juste une étude d’impact… de pelleteuse ?

Casablanca a juste besoin d’un bon coup d’éponge et d’un peu de tendresse :

Restaurer les quartiers cabossés, reloger les gens sur place (non, pas à l’autre bout de la ville), préserver l’Art déco, la médina, les Habbous, les piscines Tahiti, Miami (souvenirs, souvenirs), les restos mythiques qui sentent bon le gras et l’histoire.

Bref, une petite chirurgie douce, comme un lifting maison, pas une amputation à la tronçonneuse. Alors, on fait quoi ? Une ville-musée aseptisée, propre comme une salle d’opération, ou une ville vivante avec ses cicatrices, ses odeurs de merguez et sa fierté un peu rebelle ?

Moi, J’AI BIEN PEUR que dans quelques années, on pleure une Casablanca qui aura troqué son âme contre un mirage de verre et d’acier… et un mal de crâne à force de se regarder dans les reflets.

Par Anissa Mekouar Senhadji.


Mercredi 22 Avril 2026