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Ce que le classement de Claude révèle des usages de l’IA par les Marocains


Rédigé par le Lundi 13 Juillet 2026

Le Maroc occupe le 66e rang sur 121 pays dans le classement mondial d’utilisation de Claude, l’intelligence artificielle générative développée par Anthropic. Pris isolément, ce chiffre pourrait donner lieu à deux lectures rapides : celle d’un Maroc encore en retard ou, à l’inverse, celle d’un pays déjà pleinement engagé dans la révolution de l’intelligence artificielle.



La réalité est plus nuancée.

Ce que le classement de Claude révèle des usages de l’IA par les Marocains
Ce classement ne mesure ni la puissance technologique du Royaume, ni l’ensemble des usages de l’IA au Maroc. Il concerne uniquement Claude et compare le niveau d’utilisation observé dans chaque pays à son poids démographique. Il s’agit donc moins d’un palmarès de performance que d’un indicateur des pratiques.

Et c’est justement dans ces pratiques que se trouve l’information la plus intéressante.

Les utilisateurs marocains sollicitent principalement Claude pour les devoirs scolaires, la rédaction de profils personnels, la création de présentations, le développement d’interfaces web, la production de contenus promotionnels et l’accompagnement à la création d’entreprise.

Autrement dit, ils utilisent l’IA pour apprendre, écrire, coder, vendre, se présenter et entreprendre.

Derrière cette liste apparemment technique se dessine un portrait assez fidèle du Maroc numérique contemporain. Celui d’un étudiant qui cherche une explication à une heure tardive, d’un jeune diplômé qui tente d’améliorer son CV, d’un développeur autodidacte bloqué devant quelques lignes de code, d’un commerçant qui prépare une publication pour les réseaux sociaux ou d’un porteur de projet qui ne sait pas encore à quel conseiller s’adresser.

Claude devient ainsi tour à tour professeur particulier, secrétaire, développeur junior, conseiller commercial et premier interlocuteur entrepreneurial.

Non pas forcément parce que les utilisateurs souhaitent remplacer les professionnels, mais parce que l’IA leur donne accès, immédiatement et à faible coût, à une forme d’accompagnement auparavant difficile à obtenir.

C’est peut-être la principale révélation de ce classement : au Maroc, l’intelligence artificielle se développe d’abord comme une technologie de débrouille augmentée.

Cette dynamique peut être positive. Elle démocratise l’accès à certaines connaissances, accélère l’apprentissage du code, facilite la préparation de documents et aide les petites structures à mieux communiquer. Pour un jeune éloigné d’un grand centre universitaire ou pour une très petite entreprise disposant de peu de moyens, une IA générative peut représenter un premier niveau d’assistance utile.

Elle peut réduire le coût d’un brouillon, d’une présentation, d’une maquette ou d’une première étude exploratoire. Elle peut aussi permettre de poser des questions que l’on n’oserait pas toujours adresser à un enseignant, à un supérieur ou à un consultant.

Mais cette promesse comporte une limite majeure : la frontière entre assistance et substitution.

Un étudiant qui demande à l’IA de lui expliquer différemment une notion peut mieux apprendre. Celui qui lui confie l’intégralité de son devoir peut donner l’illusion de progresser sans réellement acquérir la compétence.

Un entrepreneur qui utilise Claude pour structurer ses questions ou préparer un plan d’affaires gagne du temps. Celui qui reprend sans vérification des chiffres, des réglementations ou des prévisions générées automatiquement risque de bâtir son projet sur des informations fragiles.

Le prochain fossé numérique ne séparera donc pas uniquement ceux qui utilisent l’IA de ceux qui ne l’utilisent pas.

Il opposera surtout ceux qui savent interroger, vérifier, corriger et contextualiser les réponses à ceux qui se contentent de déléguer leur jugement à la machine.

Cette distinction devient stratégique pour le Maroc.

Former les citoyens à l’intelligence artificielle ne peut plus se limiter à leur apprendre à rédiger un bon « prompt ». Il faut également leur apprendre à reconnaître une source fiable, à identifier une réponse incertaine, à détecter un biais, à protéger les données personnelles et à assumer la responsabilité du contenu produit.

Dans les écoles et les universités, la question n’est plus de savoir s’il faut interdire ou autoriser l’IA. Elle consiste à repenser les méthodes d’apprentissage et d’évaluation. Un devoir que Claude peut produire entièrement en quelques secondes est peut-être un devoir qui ne mesure plus réellement les compétences attendues.

Dans les entreprises, l’enjeu est comparable. Utiliser l’IA pour écrire quelques textes promotionnels constitue un premier pas. L’intégrer dans la relation client, la veille, la gestion documentaire, la traduction, l’analyse des données ou l’amélioration des processus représente un niveau de maturité bien supérieur.

Le Maroc affiche désormais de fortes ambitions dans ce domaine, notamment à travers la stratégie Maroc Digital 2030 et la vision « AI Made in Morocco ». Le pays veut former davantage de talents numériques, renforcer ses capacités technologiques et favoriser l’émergence de solutions adaptées à ses besoins.

Mais la réussite ne se mesurera pas seulement au nombre d’utilisateurs ni au nombre de requêtes adressées aux plateformes étrangères.

Elle se mesurera lorsque l’aide aux devoirs produira de meilleures compétences, lorsque les contenus promotionnels généreront de vraies ventes, lorsque le code assisté donnera naissance à des entreprises et lorsque les utilisateurs marocains commenceront à créer leurs propres outils, adaptés à la Darija, à l’amazighe, aux métiers locaux et aux réalités des territoires.

Le véritable enjeu n’est donc pas de faire passer le Maroc de la 66e à la 40e place dans le classement d’une intelligence artificielle.

Il est de passer d’une société qui consomme des réponses à une société qui crée des solutions.




Lundi 13 Juillet 2026