Le Maroc face au défi de l'adaptation sanitaire
Le changement climatique n'est plus seulement une question d'environnement. Il devient une urgence sanitaire dont les conséquences touchent directement la santé et la survie des populations C'est le principal message du rapport mondial 2026 du Lancet Countdown, publié le 28 octobre en collaboration stratégique avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Ce travail international analyse les liens entre dérèglement climatique et santé à travers 54 indicateurs, couvrant notamment les effets de la chaleur, les événements météorologiques extrêmes, les risques alimentaires et les capacités d'adaptation des systèmes sanitaires.
Le constat est préoccupant : les conséquences sanitaires du réchauffement progressent plus rapidement que les efforts engagés pour les limiter. Selon l'OMS, le nombre annuel moyen de décès liés à la chaleur a augmenté de près de 36 % au cours des années suivant l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris, par rapport à la décennie précédente.
En 2023, la chaleur aurait contribué à un niveau record de 710.000 décès dans le monde, dont plus de 70 % du fardeau serait attribuable au changement climatique provoqué par les activités humaines. Ces estimations mettent en évidence des risques sanitaires qui ne concernent pas uniquement les personnes âgées ou celles souffrant de maladies chroniques.
Les travailleurs exposés aux températures élevées, les populations vivant dans des logements mal adaptés et les personnes disposant d'un accès limité aux soins figurent également parmi les plus vulnérables. Le rapport souligne toutefois certains progrès, notamment dans les investissements consacrés aux énergies propres, qui ont atteint 2.100 milliards de dollars en 2025.
Mais ces avancées demeurent insuffisantes pour compenser l'aggravation des risques climatiques. Les auteurs appellent donc à reconnaître le changement climatique comme une urgence sanitaire mondiale et à intégrer systématiquement la santé dans les décisions énergétiques, économiques et environnementales. Il s'agit d'une recommandation scientifique et politique, et non d'une déclaration formelle d'urgence sanitaire internationale déjà adoptée par l'OMS.
Pour le Maroc, cette alerte prend une dimension particulière. Le Royaume est confronté à des épisodes de sécheresse, à des vagues de chaleur et à des tensions sur les ressources hydriques. Ces phénomènes peuvent aggraver les risques de déshydratation, de stress thermique et de difficultés d'accès à une alimentation suffisante. L'adaptation sanitaire devient ainsi un enjeu de politique publique, au même titre que la gestion de l'eau et la transition énergétique.
Cela suppose de renforcer les dispositifs d'alerte, la prévention auprès des populations exposées et la préparation des établissements de santé. Au Maroc, la réponse au changement climatique ne peut plus être pensée uniquement en hectares agricoles, en barrages ou en capacités énergétiques. Elle doit aussi se mesurer en vies protégées et en risques sanitaires évités.