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Chaouia : Novec aux commandes d’un schéma d’irrigation stratégique sur 250.000 hectares


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 3 Février 2026

Le ministère de l’Agriculture a confié au cabinet Novec, filiale du Groupe CDG, une étude stratégique décisive pour redéfinir l’irrigation dans la région de la Chaouia. Dotée d’un budget de 3,58 millions de dirhams, cette mission vise à restructurer l’irrigation sur près de 250.000 hectares et à préparer des projets capables d’attirer des financements internationaux, dans un contexte de stress hydrique devenu structurel.



Chaouia : Novec aux commandes d’un schéma d’irrigation stratégique sur 250.000 hectares
L’annonce est passée presque inaperçue hors des cercles spécialisés. Pourtant, l’enjeu est majeur. En attribuant à Novec l’élaboration du futur schéma directeur de développement de l’irrigation dans la Chaouia, l’État enclenche un processus appelé à transformer en profondeur l’un des bassins agricoles historiques du Royaume. La région, longtemps dépendante des aléas pluviométriques, se trouve aujourd’hui à un tournant où l’eau n’est plus seulement une ressource, mais un facteur de survie économique.

Une cartographie fine des potentiels hydriques

L’étude couvrira trois ensembles territoriaux distincts. D’abord la Haute Chaouia (Settat–Ben Ahmed), où un potentiel d’extension de l’irrigation est identifié sur environ 140.000 hectares. Ensuite, la Basse Chaouia autour de la nappe de Berrechid, avec près de 50.000 hectares à préserver et à renforcer face à la surexploitation des ressources souterraines. Enfin, la zone El Gara–Nfifikh, qui présente un potentiel additionnel estimé à 60.000 hectares.
 

Chaque zone fera l’objet d’une analyse multicritère intégrant des paramètres hydriques, naturels, fonciers et socio-économiques. L’objectif est clair : hiérarchiser les territoires où l’eau mobilisée via les projets d’interconnexion aura le plus d’impact agricole et économique. Un travail de fond, technique, parfois ingrat, mais indispensable pour éviter les erreurs coûteuses du passé.


Trois projets prioritaires sous le radar des bailleurs

Au terme de cette phase, trois projets prioritaires devraient émerger, couvrant au total 80.000 hectares. Ils feront l’objet d’études de faisabilité complètes : dimensionnement des infrastructures, stations de pompage, adductions, réseaux internes, stockage et mise en pression. La rentabilité sera évaluée sur des horizons de 20 à 30 ans, avec des tests de sensibilité, condition incontournable pour convaincre les bailleurs internationaux.
 

La Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la BERD ou encore la KfW sont clairement dans le viseur. Le schéma directeur devra donc parler leur langage : rigueur financière, viabilité économique et impact mesurable sur la résilience agricole.


Une réponse structurelle à la vulnérabilité climatique

Si ce projet est stratégique, c’est parce qu’il intervient dans une région particulièrement exposée aux sécheresses récurrentes. La Chaouia reste un pilier de la production céréalière nationale, mais son modèle pluvial montre ses limites. L’irrigation de complément, planifiée et maîtrisée, apparaît comme une réponse pragmatique pour stabiliser les rendements, moderniser les systèmes agricoles et réduire la pression sur les nappes.
 

L’État y voit aussi un levier pour augmenter la valeur ajoutée agricole, via des assolements mieux adaptés et une utilisation plus efficiente de l’eau, sans rompre avec les équilibres sociaux du monde rural.


Une pièce du puzzle national de l’eau

Ce schéma s’inscrit dans le cadre plus large de « Génération Green 2020-2030 » et du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI) 2020-2027. Les projets d’interconnexion des bassins hydrauliques, notamment entre le Sebou, le Bouregreg et l’Oum Er-Rbia, visent à transférer les excédents hydriques du nord vers les zones déficitaires.
 

À terme, près d’un milliard de mètres cubes d’eau aujourd’hui perdus en mer pourraient être mobilisés. Pour la Chaouia, cela signifie une opportunité rare : passer d’une agriculture sous contrainte à un modèle plus résilient, mieux armé face aux chocs climatiques.
 

Rien n’est encore joué. Tout dépendra de la capacité à traduire les études en investissements concrets et à coordonner les acteurs. Mais une chose est sûre : avec ses 250.000 hectares en jeu, la Chaouia est devenue un laboratoire stratégique de la politique de l’eau au Maroc. Et ce qui s’y décide aujourd’hui pèsera longtemps sur la sécurité alimentaire du pays.





Mardi 3 Février 2026