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Cher ami, le silence n'est pas toujours une vertu




Il existe au Maroc une phrase que j'entends de plus en plus souvent.

Cher ami, le silence n'est pas toujours une vertu
« Laisse-les parler… Nous sommes au-dessus de tout cela. »

Je comprends l'intention. Elle est même noble. Ne pas se salir dans les querelles de réseaux sociaux. Refuser les insultes. Garder sa dignité. Mais à force de transformer le silence en principe absolu, nous avons fini par en faire une religion.

Et c'est une erreur.

Je ne parle pas des polémiques futiles, des commentaires anonymes ou des provocations sans importance. Ceux-là méritent effectivement l'indifférence. Le temps est trop précieux pour être gaspillé à convaincre quelqu'un qui ne cherche pas à comprendre.

Je parle d'autre chose.

Je parle des campagnes organisées, des manipulations, des contre-vérités répétées jusqu'à devenir, pour certains, des évidences. Je parle de ces récits fabriqués qui finissent par voyager plus vite que les faits. Je parle de cette étrange époque où un mensonge bien emballé fait davantage le tour du monde qu'une vérité patiemment démontrée.

Face à cela, certains nous disent encore : « Ignorez-les. »

Mais depuis quand le silence fait-il reculer le mensonge ?
Depuis quand une calomnie cesse-t-elle d'exister parce qu'on décide de ne pas y répondre ?

L'Histoire nous enseigne exactement l'inverse.

Les grandes batailles ne se gagnent pas seulement sur les champs de bataille. Elles se gagnent aussi dans les livres, dans les journaux, dans les universités, dans les médias, sur les écrans et, aujourd'hui, sur les réseaux sociaux. Celui qui abandonne le terrain du récit laisse les autres écrire son histoire.

Je refuse cette démission.

Attention, je ne plaide pas pour une guerre permanente. Je ne rêve pas d'un Maroc transformé en armée numérique répondant à chaque publication, à chaque vidéo ou à chaque commentaire. Ce serait absurde.

Je plaide pour le discernement.
Répondre quand cela est utile.
Se taire quand cela est inutile.

La différence est immense.

Et surtout, cessons de confondre le respect des peuples avec le renoncement à défendre notre pays.

Je n'ai aucun problème avec les Algériens, les Sénégalais ou n'importe quel autre peuple. Les peuples ne sont pas nos adversaires. Ils ont leurs joies, leurs difficultés, leurs talents et leurs blessures, comme nous.

En revanche, lorsque certains militants, influenceurs ou médias font profession de dénigrer systématiquement le Maroc, pourquoi faudrait-il leur offrir un monopole sur la parole ?

Défendre son pays n'est pas un acte de haine.
C'est un acte de responsabilité.
Encore faut-il savoir le faire.
Pas avec des insultes.
Pas avec des généralisations.
Pas avec des montages grossiers ou des intox en retour.

Notre meilleure arme reste ce qu'elle a toujours été : les faits.

Les faits sont têtus.

Les chiffres sont patients.
La vérité finit souvent par rattraper la propagande, à condition que quelqu'un prenne la peine de la porter.

Oui, cela fatigue.
Oui, parfois on a envie de passer à autre chose.
Oui, il existe mille combats plus utiles que de répondre à une énième provocation.

Mais il existe aussi des moments où le silence coûte plus cher que la parole.

Le vrai courage n'est peut-être pas de répondre à tout.
Il est encore moins de se taire devant tout.
Le vrai courage consiste à choisir le bon moment, les bons arguments et le bon ton.
Ne jamais répondre sous le coup de la colère.
Toujours répondre sous le contrôle de l'intelligence.
La dignité n'est pas une fuite.
Elle est une manière de se tenir debout.

Et un pays qui cesse de défendre sa réputation finit toujours par découvrir que d'autres se sont chargés de raconter son histoire à sa place.

Je préfère donc prendre le risque d'une réponse argumentée que celui d'un silence interprété comme une résignation.

Parce que je crois profondément qu'il existe une différence entre être au-dessus de la mêlée… et être absent du combat.

Les nations qui comptent ne crient pas plus fort que les autres.
Elles refusent simplement de laisser les autres parler à leur place.


Samedi 4 Juillet 2026