Depuis quelques semaines, un refrain revient avec une régularité presque affectueuse.
Des amis, des lecteurs, des confrères, parfois même des responsables politiques, me disent en souriant :
— « Adnane, tu nous fatigues avec ton intelligence artificielle, ton informatique quantique et tes robots humanoïdes. Tu as probablement raison… mais tout cela, c'est pour demain.
Nous, on vit aujourd'hui. Parle-nous de l'inflation, des élections, de la chaleur, des embouteillages, des retraites, du prix des tomates. »
Et je comprends parfaitement leur réaction.
Car le présent est exigeant. Il réclame toute notre attention. Les fins de mois ne se paient pas avec des algorithmes. Les factures d'électricité n'attendent pas qu'un ordinateur quantique résolve les problèmes énergétiques de la planète. Les parents pensent d'abord à la rentrée scolaire avant de réfléchir aux robots qui enseigneront peut-être leurs petits-enfants.
Le quotidien est une tyrannie.
Mais justement... Le plus grand piège de l'histoire consiste souvent à croire que demain arrivera progressivement.
Or, il arrive presque toujours d'un seul coup.
Qui, en 2006, imaginait qu'un téléphone remplacerait l'appareil photo, le GPS, le lecteur de musique, le journal, la banque, l'agence de voyage, la télévision, le carnet d'adresses et même parfois la mémoire ?
Qui imaginait que les taxis seraient concurrencés par une simple application ?
Qui croyait qu'un inconnu pourrait vendre des millions de produits sans posséder un seul magasin ?
Personne. Puis tout est arrivé. Très vite.
Aujourd'hui, nous reproduisons exactement la même erreur. Nous regardons l'intelligence artificielle comme nous regardions Internet au début des années deux mille : avec curiosité mais sans sentiment d'urgence.
Pourtant, la différence est immense.
Internet changeait la circulation de l'information.
L'intelligence artificielle change la production de l'intelligence elle-même.
Ce n'est plus le même ordre de grandeur.
Et pendant que nous débattons de savoir si elle est utile ou non, les grandes puissances investissent des centaines de milliards de dollars.
Les centres de données poussent comme des centrales électriques.
Les laboratoires recrutent les meilleurs cerveaux de la planète.
Les ordinateurs quantiques sortent progressivement des laboratoires.
Les robots humanoïdes apprennent à marcher, manipuler, observer, raisonner et bientôt collaborer.
Nous continuons pourtant à répéter : « Ce sera pour demain. » Mais combien de fois le futur doit-il frapper à la porte avant qu'on lui ouvre ?
Le véritable paradoxe est ailleurs.
Les mêmes personnes qui me disent que je parle trop de ces sujets me demandent ensuite :
« Pourquoi notre école ne prépare-t-elle pas nos enfants ? Pourquoi nos entreprises prennent-elles du retard ? Pourquoi les autres avancent-ils plus vite ? »
La réponse est simple.
Parce que nous avons considéré le futur comme une distraction.
Les autres l'ont considéré comme une stratégie.
Je ne dis pas qu'il faut arrêter de parler du coût de la vie.
Je ne dis pas qu'il faut oublier les élections, l'emploi, la santé ou l'agriculture.
Au contraire. Mais chacun de ces sujets sera profondément transformé par l'intelligence artificielle.
La médecine.
L'éducation.
La justice.
L'industrie.
Les médias.
L'agriculture.
La sécurité.
La diplomatie.
Même la guerre.
Même la démocratie.
Même notre manière de penser.
Parler d'IA, ce n'est donc pas parler de demain. C'est parler du présent qui change sous nos yeux.
Le véritable danger n'est pas de surestimer ces technologies. Le danger est de les découvrir lorsqu'elles auront déjà redessiné les règles du jeu.
L'histoire est pleine de peuples qui ont regardé passer les révolutions en pensant avoir encore le temps. Puis ils ont acheté les machines des autres.
Utilisé les logiciels des autres.
Dépendu des plateformes des autres.
Et parfois même adopté les idées des autres.
Je préfère donc être accusé de parler trop tôt que d'avoir parlé trop tard. Car un chroniqueur n'est pas seulement celui qui raconte ce qui arrive.
Il devrait aussi être celui qui attire l'attention sur ce qui est déjà en train d'arriver sans que la plupart d'entre nous ne le voient encore.
Alors oui, demain matin, je parlerai peut-être encore d'intelligence artificielle.
Peut-être de calcul quantique.
Peut-être d'humanoïdes augmentés.
Non pas parce que je suis fasciné par les machines. Mais parce que je suis préoccupé par les humains. Et surtout par ceux qui risquent de découvrir le futur... le jour où il sera déjà devenu le présent.
Des amis, des lecteurs, des confrères, parfois même des responsables politiques, me disent en souriant :
— « Adnane, tu nous fatigues avec ton intelligence artificielle, ton informatique quantique et tes robots humanoïdes. Tu as probablement raison… mais tout cela, c'est pour demain.
Nous, on vit aujourd'hui. Parle-nous de l'inflation, des élections, de la chaleur, des embouteillages, des retraites, du prix des tomates. »
Et je comprends parfaitement leur réaction.
Car le présent est exigeant. Il réclame toute notre attention. Les fins de mois ne se paient pas avec des algorithmes. Les factures d'électricité n'attendent pas qu'un ordinateur quantique résolve les problèmes énergétiques de la planète. Les parents pensent d'abord à la rentrée scolaire avant de réfléchir aux robots qui enseigneront peut-être leurs petits-enfants.
Le quotidien est une tyrannie.
Mais justement... Le plus grand piège de l'histoire consiste souvent à croire que demain arrivera progressivement.
Or, il arrive presque toujours d'un seul coup.
Qui, en 2006, imaginait qu'un téléphone remplacerait l'appareil photo, le GPS, le lecteur de musique, le journal, la banque, l'agence de voyage, la télévision, le carnet d'adresses et même parfois la mémoire ?
Qui imaginait que les taxis seraient concurrencés par une simple application ?
Qui croyait qu'un inconnu pourrait vendre des millions de produits sans posséder un seul magasin ?
Personne. Puis tout est arrivé. Très vite.
Aujourd'hui, nous reproduisons exactement la même erreur. Nous regardons l'intelligence artificielle comme nous regardions Internet au début des années deux mille : avec curiosité mais sans sentiment d'urgence.
Pourtant, la différence est immense.
Internet changeait la circulation de l'information.
L'intelligence artificielle change la production de l'intelligence elle-même.
Ce n'est plus le même ordre de grandeur.
Et pendant que nous débattons de savoir si elle est utile ou non, les grandes puissances investissent des centaines de milliards de dollars.
Les centres de données poussent comme des centrales électriques.
Les laboratoires recrutent les meilleurs cerveaux de la planète.
Les ordinateurs quantiques sortent progressivement des laboratoires.
Les robots humanoïdes apprennent à marcher, manipuler, observer, raisonner et bientôt collaborer.
Nous continuons pourtant à répéter : « Ce sera pour demain. » Mais combien de fois le futur doit-il frapper à la porte avant qu'on lui ouvre ?
Le véritable paradoxe est ailleurs.
Les mêmes personnes qui me disent que je parle trop de ces sujets me demandent ensuite :
« Pourquoi notre école ne prépare-t-elle pas nos enfants ? Pourquoi nos entreprises prennent-elles du retard ? Pourquoi les autres avancent-ils plus vite ? »
La réponse est simple.
Parce que nous avons considéré le futur comme une distraction.
Les autres l'ont considéré comme une stratégie.
Je ne dis pas qu'il faut arrêter de parler du coût de la vie.
Je ne dis pas qu'il faut oublier les élections, l'emploi, la santé ou l'agriculture.
Au contraire. Mais chacun de ces sujets sera profondément transformé par l'intelligence artificielle.
La médecine.
L'éducation.
La justice.
L'industrie.
Les médias.
L'agriculture.
La sécurité.
La diplomatie.
Même la guerre.
Même la démocratie.
Même notre manière de penser.
Parler d'IA, ce n'est donc pas parler de demain. C'est parler du présent qui change sous nos yeux.
Le véritable danger n'est pas de surestimer ces technologies. Le danger est de les découvrir lorsqu'elles auront déjà redessiné les règles du jeu.
L'histoire est pleine de peuples qui ont regardé passer les révolutions en pensant avoir encore le temps. Puis ils ont acheté les machines des autres.
Utilisé les logiciels des autres.
Dépendu des plateformes des autres.
Et parfois même adopté les idées des autres.
Je préfère donc être accusé de parler trop tôt que d'avoir parlé trop tard. Car un chroniqueur n'est pas seulement celui qui raconte ce qui arrive.
Il devrait aussi être celui qui attire l'attention sur ce qui est déjà en train d'arriver sans que la plupart d'entre nous ne le voient encore.
Alors oui, demain matin, je parlerai peut-être encore d'intelligence artificielle.
Peut-être de calcul quantique.
Peut-être d'humanoïdes augmentés.
Non pas parce que je suis fasciné par les machines. Mais parce que je suis préoccupé par les humains. Et surtout par ceux qui risquent de découvrir le futur... le jour où il sera déjà devenu le présent.