L'ODJ Média

Cher(e)s professeurs universitaires marocains, c’est la rentrée… mais vos livres viennent de changer de métier

Chers professeurs marocains, vos étudiants vont bientôt discuter avec vos bibliographies


Rédigé par le Mercredi 2 Septembre 2026

La rentrée universitaire approche. Les amphithéâtres vont se remplir, les bibliographies vont circuler et les étudiants vont recommencer à demander : « Monsieur, qu’est-ce qu’il faut réviser pour l’examen ? » Sauf qu’entre-temps, quelque chose a changé. Un livre universitaire peut désormais devenir, en quelques secondes, un tuteur, un générateur de quiz, un producteur de synthèses et même l’animateur d’un podcast pédagogique.



Chers professeurs universitaires marocains, il faut probablement ajouter un nouvel outil à votre cartable numérique.

Cher(e)s professeurs universitaires marocains, c’est la rentrée… mais vos livres viennent de changer de métier
Google vient en effet d’intégrer certains livres achetés sur Google Play Books directement dans Gemini Notebook, anciennement NotebookLM. Concrètement, un ouvrage compatible peut désormais être ajouté comme source de travail dans l’intelligence artificielle de Google. L’utilisateur peut ensuite lui poser des questions dont les réponses sont fondées directement sur le contenu du livre.

Et c’est là que la nouveauté devient particulièrement intéressante pour l’université.

À partir d’un même ouvrage, Gemini Notebook peut produire un guide d’étude, une synthèse, des fiches de révision, des cartes conceptuelles, des quiz ou encore des Audio Overviews, ces conversations audio proches du format podcast permettant d’expliquer un document de manière plus accessible.

Imaginez maintenant un enseignant marocain préparant son cours de droit constitutionnel, d’économie, de médecine, d’histoire ou d’ingénierie.

Il pourrait importer plusieurs ouvrages de référence dans un notebook, ajouter ses propres documents de cours, des articles scientifiques, des présentations ou des PDF, puis demander :

« Compare les définitions proposées par ces trois auteurs. »
« Identifie les cinq controverses principales de ce chapitre. »
« Prépare dix questions difficiles pour mes étudiants de master. »
« Construis une fiche expliquant les concepts indispensables avant le prochain cours. »
Ou encore :
« Produis un podcast pédagogique de quinze minutes permettant à mes étudiants de réviser ce chapitre. »

Nous ne parlons donc plus seulement d’une intelligence artificielle qui « connaît des choses ». Nous parlons progressivement d’une intelligence artificielle capable de travailler à partir de la bibliothèque choisie par l’enseignant.

C’est une différence fondamentale.

Car l’une des principales critiques adressées aux IA génératives reste leur capacité à produire des réponses approximatives ou insuffisamment sourcées. Gemini Notebook cherche précisément à réduire ce problème en ancrant ses réponses dans les documents fournis et en affichant des références permettant de revenir aux sources.

Le professeur ne disparaît pas. Son métier peut changer.
La mauvaise question serait donc : « L’IA va-t-elle remplacer les professeurs ? »
La bonne pourrait être : quel professeur apprendra le premier à travailler avec elle ?

Car l’enseignant garde précisément ce que la machine ne doit pas décider seule : sélectionner les bons livres, confronter les auteurs, hiérarchiser les connaissances, replacer un texte dans son contexte, détecter une simplification abusive et surtout apprendre aux étudiants à penser.

Gemini peut résumer un chapitre. Le professeur doit encore expliquer pourquoi ce chapitre mérite d’être lu.
Gemini peut générer vingt questions. Le professeur doit savoir lesquelles développent véritablement le raisonnement.
Gemini peut comparer deux auteurs. Le professeur doit apprendre à l’étudiant à comprendre pourquoi ils ne sont pas d’accord.

Voilà peut-être le véritable enjeu pédagogique de cette rentrée 2026.

Attention toutefois à ne pas annoncer une révolution déjà totalement disponible

La fonctionnalité reste aujourd’hui encadrée. Google précise que seuls certains ebooks achetés ou loués sur Google Play Books sont éligibles, notamment selon les autorisations des éditeurs, la langue et le format. Les livres que l’utilisateur importe lui-même dans sa bibliothèque Play Books ne deviennent pas automatiquement des sources Gemini Notebook par ce mécanisme.

La première sélection concerne principalement des ouvrages anglophones. Google annonce cependant plus de 100 000 titres compatibles provenant notamment d’éditeurs importants et prévoit d’étendre progressivement son initiative « Expert Intelligence » à d’autres contenus.

Pour l’université marocaine, la question est donc déjà posée.

À quand des bibliographies universitaires francophones et arabophones massivement compatibles ?
À quand des manuels marocains exploitables de cette manière ?

Et surtout : à quand une politique universitaire marocaine permettant aux enseignants de tester systématiquement ces nouveaux outils avant que leurs étudiants ne les adoptent seuls ?

Car les étudiants, eux, n’attendront probablement pas la prochaine réforme pédagogique.

Chers professeurs, bonne rentrée.

Mais peut-être faut-il désormais ajouter une consigne à la traditionnelle préparation du premier cours : ouvrez vos livres… puis essayez de les faire parler.


 




Mercredi 2 Septembre 2026