Pourquoi le chômage a baissé : le Maroc change de thermomètre statistique
Le taux de chômage affiché au premier trimestre 2026, désormais mesuré au sens strict, s’établit à 10,8%. Mais cette baisse apparente ne doit pas être lue comme une amélioration mécanique du marché du travail. Elle découle d’abord d’un changement profond de méthode : le Maroc passe de l’ancienne Enquête nationale sur l’emploi à la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre EMO2026, alignée sur les normes internationales de l’OIT.
Résultat : le chômage est désormais mesuré plus strictement, tandis que les formes invisibles de sous-utilisation du travail sont isolées dans de nouveaux indicateurs.
Le chiffre peut surprendre. Au premier trimestre 2026, le Maroc affiche un taux de chômage strict de 10,8%, avec 1.253.000 personnes classées comme chômeurs au sens strict. À première lecture, on pourrait y voir une nette détente sur le front de l’emploi. Mais l’explication principale n’est pas seulement économique. Elle est d’abord statistique, méthodologique et conceptuelle. Le HCP ne mesure plus exactement le chômage avec l’ancien instrument. Il a changé de grille de lecture.
La nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre, EMO2026, remplace l’Enquête nationale sur l’emploi. Elle introduit une rupture importante : les résultats ne sont pas directement comparables avec les séries antérieures, précisément parce que les concepts d’emploi, de chômage et de sous-utilisation de la main-d’œuvre ont été redéfinis. Le HCP le précise clairement : l’emploi est désormais limité au travail exercé contre rémunération ou en vue d’un profit, tandis que le chômage retenu est un chômage « au sens strict ».
C’est là que se trouve la clé de lecture. Le nouveau taux de chômage ne compte plus toutes les personnes qui, dans l’ancien cadre, pouvaient être considérées comme chômeuses. Pour être comptabilisée comme chômeuse au sens strict, une personne doit remplir trois conditions : être sans emploi, être disponible pour travailler et rechercher activement un emploi. Les personnes disponibles mais ne cherchant pas activement, ainsi que celles qui cherchent mais ne sont pas disponibles, sortent donc du chômage strict. Elles ne disparaissent pas de la réalité sociale ; elles changent de catégorie statistique.
Autrement dit, le chômage baisse en partie parce que son périmètre est devenu plus restrictif. Les personnes découragées, par exemple, celles qui ne travaillent pas mais ont cessé de chercher activement depuis plus de quatre semaines, ne sont plus classées dans le chômage strict. Elles sont désormais rangées dans la « main-d’œuvre potentielle », c’est-à-dire le halo autour du chômage. La note technique du HCP donne précisément cet exemple : sous l’ancien cadre, une personne découragée pouvait être classée comme chômeuse ; avec l’EMO, elle devient main-d’œuvre potentielle.
Ce changement ne signifie pas que la situation de ces personnes s’est améliorée. Il signifie que le HCP distingue désormais la pression immédiate sur le marché du travail de la pression latente. C’est une lecture plus fine, mais aussi plus exigeante pour le débat public. Car se contenter du seul 10,8% reviendrait à ne regarder qu’une partie du problème.
Les autres chiffres le montrent. Au premier trimestre 2026, le Maroc compte 10.364.000 personnes en emploi contre revenu, pour une main-d’œuvre totale de 11.617.000 personnes. Le taux de participation à la main-d’œuvre est de 41,8%, avec un écart massif entre les hommes (66,4%) et les femmes (17,5%). Le taux d’emploi contre revenu atteint 37,3% au niveau national, mais seulement 14,7% chez les femmes, contre 60,1% chez les hommes.
La baisse du chômage strict ne doit donc pas masquer le faible niveau d’insertion économique d’une large partie de la population, notamment féminine. Elle ne doit pas non plus faire oublier les jeunes : le taux de chômage strict atteint 29,2% chez les 15-24 ans, soit près de trois fois la moyenne nationale. Chez les 25-34 ans, il s’élève encore à 16,1%.
Le HCP propose d’ailleurs de ne plus lire le marché du travail à travers un seul indicateur. Le chômage strict devient l’un des quatre instruments de mesure de la sous-utilisation de la main-d’œuvre. À côté de lui, on trouve le taux combiné chômage strict et sous-emploi lié à la durée du travail, le taux combiné chômage strict et main-d’œuvre potentielle, puis le taux composite regroupant chômage strict, sous-emploi et main-d’œuvre potentielle. Cette architecture permet de distinguer les sans-emploi actifs dans leur recherche, les personnes qui travaillent moins qu’elles ne le souhaitent et celles qui restent à la périphérie du marché du travail.
Dès que l’on élargit la focale, l’image devient moins rassurante :
Le taux combiné du chômage strict et du sous-emploi lié à la durée du travail atteint 16,6%.
Le taux combiné du chômage strict et de la main-d’œuvre potentielle monte à 17,1%.
Quant au taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, il s’établit à 22,5% au niveau national.
Il grimpe à 31,1% chez les femmes et à 45,3% chez les jeunes de 15 à 24 ans.
C’est donc le paradoxe central de cette publication : le chômage baisse parce qu’il est mesuré plus strictement, mais la sous-utilisation globale du travail reste élevée. Le marché du travail marocain n’a pas soudainement absorbé toutes ses tensions. Il les expose autrement. Ce nouveau cadre statistique a le mérite de séparer les situations : les vrais chômeurs immédiatement disponibles, les personnes sous-employées, les découragés, les disponibles non chercheurs, les chercheurs non disponibles.
La lecture régionale confirme également une réalité très contrastée.
Le chômage strict atteint 20,3% à Laâyoune-Sakia El Hamra,
14,9% dans l’Oriental,
14,8% à Guelmim-Oued Noun
14,2% à Fès-Meknès.
À l’inverse, les taux les plus bas sont enregistrés à Dakhla-Oued Ed-Dahab (5,7%), Marrakech-Safi (7,0%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (7,3%).
En clair, la baisse du chômage ne doit pas être vendue comme une victoire sans nuances. Elle traduit d’abord le passage à un indicateur plus strict, plus conforme aux standards internationaux, mais moins large que l’ancien chômage. La vraie question n’est donc pas seulement : « pourquoi le chômage a baissé ? » Elle est plutôt : que révèle désormais le nouveau thermomètre ?
Et la réponse est plus complexe : moins de chômage au sens strict, oui ; mais encore beaucoup de travail insuffisant, de femmes exclues du marché, de jeunes en attente et de main-d’œuvre potentielle non mobilisée.
Résultat : le chômage est désormais mesuré plus strictement, tandis que les formes invisibles de sous-utilisation du travail sont isolées dans de nouveaux indicateurs.
Le chiffre peut surprendre. Au premier trimestre 2026, le Maroc affiche un taux de chômage strict de 10,8%, avec 1.253.000 personnes classées comme chômeurs au sens strict. À première lecture, on pourrait y voir une nette détente sur le front de l’emploi. Mais l’explication principale n’est pas seulement économique. Elle est d’abord statistique, méthodologique et conceptuelle. Le HCP ne mesure plus exactement le chômage avec l’ancien instrument. Il a changé de grille de lecture.
La nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre, EMO2026, remplace l’Enquête nationale sur l’emploi. Elle introduit une rupture importante : les résultats ne sont pas directement comparables avec les séries antérieures, précisément parce que les concepts d’emploi, de chômage et de sous-utilisation de la main-d’œuvre ont été redéfinis. Le HCP le précise clairement : l’emploi est désormais limité au travail exercé contre rémunération ou en vue d’un profit, tandis que le chômage retenu est un chômage « au sens strict ».
C’est là que se trouve la clé de lecture. Le nouveau taux de chômage ne compte plus toutes les personnes qui, dans l’ancien cadre, pouvaient être considérées comme chômeuses. Pour être comptabilisée comme chômeuse au sens strict, une personne doit remplir trois conditions : être sans emploi, être disponible pour travailler et rechercher activement un emploi. Les personnes disponibles mais ne cherchant pas activement, ainsi que celles qui cherchent mais ne sont pas disponibles, sortent donc du chômage strict. Elles ne disparaissent pas de la réalité sociale ; elles changent de catégorie statistique.
Autrement dit, le chômage baisse en partie parce que son périmètre est devenu plus restrictif. Les personnes découragées, par exemple, celles qui ne travaillent pas mais ont cessé de chercher activement depuis plus de quatre semaines, ne sont plus classées dans le chômage strict. Elles sont désormais rangées dans la « main-d’œuvre potentielle », c’est-à-dire le halo autour du chômage. La note technique du HCP donne précisément cet exemple : sous l’ancien cadre, une personne découragée pouvait être classée comme chômeuse ; avec l’EMO, elle devient main-d’œuvre potentielle.
Ce changement ne signifie pas que la situation de ces personnes s’est améliorée. Il signifie que le HCP distingue désormais la pression immédiate sur le marché du travail de la pression latente. C’est une lecture plus fine, mais aussi plus exigeante pour le débat public. Car se contenter du seul 10,8% reviendrait à ne regarder qu’une partie du problème.
Les autres chiffres le montrent. Au premier trimestre 2026, le Maroc compte 10.364.000 personnes en emploi contre revenu, pour une main-d’œuvre totale de 11.617.000 personnes. Le taux de participation à la main-d’œuvre est de 41,8%, avec un écart massif entre les hommes (66,4%) et les femmes (17,5%). Le taux d’emploi contre revenu atteint 37,3% au niveau national, mais seulement 14,7% chez les femmes, contre 60,1% chez les hommes.
La baisse du chômage strict ne doit donc pas masquer le faible niveau d’insertion économique d’une large partie de la population, notamment féminine. Elle ne doit pas non plus faire oublier les jeunes : le taux de chômage strict atteint 29,2% chez les 15-24 ans, soit près de trois fois la moyenne nationale. Chez les 25-34 ans, il s’élève encore à 16,1%.
Le HCP propose d’ailleurs de ne plus lire le marché du travail à travers un seul indicateur. Le chômage strict devient l’un des quatre instruments de mesure de la sous-utilisation de la main-d’œuvre. À côté de lui, on trouve le taux combiné chômage strict et sous-emploi lié à la durée du travail, le taux combiné chômage strict et main-d’œuvre potentielle, puis le taux composite regroupant chômage strict, sous-emploi et main-d’œuvre potentielle. Cette architecture permet de distinguer les sans-emploi actifs dans leur recherche, les personnes qui travaillent moins qu’elles ne le souhaitent et celles qui restent à la périphérie du marché du travail.
Dès que l’on élargit la focale, l’image devient moins rassurante :
Le taux combiné du chômage strict et du sous-emploi lié à la durée du travail atteint 16,6%.
Le taux combiné du chômage strict et de la main-d’œuvre potentielle monte à 17,1%.
Quant au taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, il s’établit à 22,5% au niveau national.
Il grimpe à 31,1% chez les femmes et à 45,3% chez les jeunes de 15 à 24 ans.
C’est donc le paradoxe central de cette publication : le chômage baisse parce qu’il est mesuré plus strictement, mais la sous-utilisation globale du travail reste élevée. Le marché du travail marocain n’a pas soudainement absorbé toutes ses tensions. Il les expose autrement. Ce nouveau cadre statistique a le mérite de séparer les situations : les vrais chômeurs immédiatement disponibles, les personnes sous-employées, les découragés, les disponibles non chercheurs, les chercheurs non disponibles.
La lecture régionale confirme également une réalité très contrastée.
Le chômage strict atteint 20,3% à Laâyoune-Sakia El Hamra,
14,9% dans l’Oriental,
14,8% à Guelmim-Oued Noun
14,2% à Fès-Meknès.
À l’inverse, les taux les plus bas sont enregistrés à Dakhla-Oued Ed-Dahab (5,7%), Marrakech-Safi (7,0%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (7,3%).
En clair, la baisse du chômage ne doit pas être vendue comme une victoire sans nuances. Elle traduit d’abord le passage à un indicateur plus strict, plus conforme aux standards internationaux, mais moins large que l’ancien chômage. La vraie question n’est donc pas seulement : « pourquoi le chômage a baissé ? » Elle est plutôt : que révèle désormais le nouveau thermomètre ?
Et la réponse est plus complexe : moins de chômage au sens strict, oui ; mais encore beaucoup de travail insuffisant, de femmes exclues du marché, de jeunes en attente et de main-d’œuvre potentielle non mobilisée.