L'ODJ Média

Christophe Gleizes emprisonné en Algérie accrédité par la FIFA

Quand une carte de presse devient un acte politique


Rédigé par le Vendredi 12 Juin 2026



Christophe Gleizes emprisonné en Algérie accrédité par la FIFA
À la veille de la Coupe du monde 2026, la FIFA a posé un geste rare, très fort, presque silencieux dans sa forme mais lourd dans sa portée : elle a délivré une accréditation au journaliste sportif français Christophe Gleizes, actuellement emprisonné en Algérie.

Une accréditation pour couvrir le Mondial. Une accréditation qu’il ne pourra pas utiliser, sauf libération. Une accréditation qui dit pourtant l’essentiel : sa place n’est pas derrière les barreaux, mais dans les stades, les zones mixtes, les conférences de presse, là où travaille un journaliste de football.

L’annonce a été rendue publique par Reporters sans frontières. Selon l’organisation, Christophe Gleizes dispose désormais d’une accréditation émise par la Fédération internationale de football pour couvrir la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le symbole est puissant. Il ne s’agit pas seulement d’un badge administratif. Il s’agit d’un message adressé au monde du sport, aux autorités algériennes, aux rédactions et à tous ceux qui considèrent que le journalisme ne peut pas devenir un motif d’emprisonnement.

Christophe Gleizes, collaborateur de So Foot et Society, est un journaliste spécialisé dans le football africain. Il a été arrêté en Algérie en mai 2024, alors qu’il travaillait sur un sujet lié au football local, notamment autour de la Jeunesse sportive de Kabylie. Après une période de contrôle judiciaire, il a été condamné à sept ans de prison pour des accusations que RSF juge infondées. Sa condamnation a ensuite été confirmée en appel.

Dans cette affaire, le football dépasse largement le terrain. Il devient un espace de mémoire, de diplomatie et de liberté. Car ce que rappelle cette accréditation, c’est qu’un journaliste sportif n’est pas un simple commentateur de résultats. Il enquête, il contextualise, il raconte les clubs, les territoires, les passions populaires, les tensions sociales que le ballon rond révèle parfois mieux que de longs discours politiques.

La FIFA, souvent critiquée pour ses prudences diplomatiques, prend ici une position symbolique nette. En accréditant Christophe Gleizes, elle ne le libère pas. Mais elle contribue à rendre sa détention visible au moment même où les regards du monde entier se tournent vers le Mondial. C’est précisément la force de ce geste : transformer une absence en présence. Faire d’une chaise vide dans une tribune de presse un rappel public.

Cette décision intervient aussi dans un contexte où la liberté de la presse demeure fragile dans plusieurs régions du monde. Les journalistes qui enquêtent sur le sport, les affaires, la politique ou les mouvements sociaux sont parfois exposés aux mêmes risques que les grands reporters de guerre : intimidation, poursuites, interdictions de territoire, détention. Le cas Gleizes montre que le sport n’est jamais totalement séparé du pouvoir.

Pour RSF, cette accréditation doit relancer l’appel à sa libération. Pour sa famille, ses collègues et ses soutiens, elle nourrit l’espoir d’un geste de clémence. Pour les journalistes, elle rappelle une évidence trop souvent oubliée : couvrir une histoire, rencontrer des sources, documenter un terrain, ce n’est pas un crime.

La Coupe du monde est censée être une fête universelle. Mais cette fête ne peut pas totalement ignorer ceux qui devraient la raconter et qui en sont empêchés. En délivrant cette accréditation, la FIFA envoie donc un signal au-delà du football : la presse fait partie du jeu démocratique mondial. Sans journalistes libres, même le plus grand spectacle sportif perd une part de sa vérité.

Christophe Gleizes ne sera peut-être pas dans les tribunes au coup d’envoi. Mais son nom, lui, y est désormais officiellement inscrit. Et c’est déjà un message à l'Algérie




Vendredi 12 Juin 2026