Dans un article récent, l'ancien émissaire pour le Sahara marocain a de nouveau pris position sur ce dossier sensible.
Avec le recul du temps, son analyse n'a gagné ni en nuance ni en critique à distance. À la lecture de son texte, c'est plutôt l'inverse qui se produit : même grille de lecture, mêmes postulats et, surtout, même indulgence à l'égard d'Alger.
Cette persistance soulève une question fondamentale : que cherche Ross aujourd'hui en intervenant à nouveau dans un dossier dont il a été l'un des médiateurs les plus contestés ?
Nommé en 2009 par Ban Ki-moon, il succédait à une série d'émissaires confrontés à la même difficulté : sortir d'une impasse diplomatique héritée de la guerre froide.
Ce conflit trouve en effet ses racines dans les bouleversements géopolitiques des années 1970.
Le Maroc a conforté sa souveraineté historique sur la région en 1975, entraînant le retrait de l'Espagne, tandis que le Polisario, soutenu politiquement, financièrement et militairement par l'Algérie et la Libye, revendiquait la création d'un État indépendant.
Le dossier prend une dimension internationale avec la création, en 1991, de la MINURSO qui devait superviser l'organisation d'un référendum ; une idée proposée par feu Hassan II dans un discours prononcé à Nairobi lors d'un sommet de l'OUA.
Très vite, les entreprises créées par le Polisario, notamment sur l'identification du corps électoral, rendent ce projet quasi impossible et le processus s'enlise.
C'est alors que le Maroc propose en 2007 une initiative politique majeure : un plan d'autonomie élargie pour les provinces du Sud, sous souveraineté marocaine.
Le projet est présenté au Conseil de sécurité comme une solution réaliste et pragmatique et reçoit un soutien international croissant, qualifié de « sérieux et crédible » par plusieurs résolutions. C’est un véritable tournant du réalisme diplomatique.
Depuis, le paysage diplomatique autour du Sahara a profondément évolué. De nombreux États considèrent désormais le plan d'autonomie marocain comme la base la plus crédible pour une solution politique durable.
Cette persistance soulève une question fondamentale : que cherche Ross aujourd'hui en intervenant à nouveau dans un dossier dont il a été l'un des médiateurs les plus contestés ?
Nommé en 2009 par Ban Ki-moon, il succédait à une série d'émissaires confrontés à la même difficulté : sortir d'une impasse diplomatique héritée de la guerre froide.
Ce conflit trouve en effet ses racines dans les bouleversements géopolitiques des années 1970.
Le Maroc a conforté sa souveraineté historique sur la région en 1975, entraînant le retrait de l'Espagne, tandis que le Polisario, soutenu politiquement, financièrement et militairement par l'Algérie et la Libye, revendiquait la création d'un État indépendant.
Le dossier prend une dimension internationale avec la création, en 1991, de la MINURSO qui devait superviser l'organisation d'un référendum ; une idée proposée par feu Hassan II dans un discours prononcé à Nairobi lors d'un sommet de l'OUA.
Très vite, les entreprises créées par le Polisario, notamment sur l'identification du corps électoral, rendent ce projet quasi impossible et le processus s'enlise.
C'est alors que le Maroc propose en 2007 une initiative politique majeure : un plan d'autonomie élargie pour les provinces du Sud, sous souveraineté marocaine.
Le projet est présenté au Conseil de sécurité comme une solution réaliste et pragmatique et reçoit un soutien international croissant, qualifié de « sérieux et crédible » par plusieurs résolutions. C’est un véritable tournant du réalisme diplomatique.
Depuis, le paysage diplomatique autour du Sahara a profondément évolué. De nombreux États considèrent désormais le plan d'autonomie marocain comme la base la plus crédible pour une solution politique durable.
En 2020, l'administration Trump annonce officiellement la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara.
Un tournant majeur dans l'équilibre diplomatique du dossier.
Dans la foulée, plusieurs puissances occidentales réaffirment leur soutien au plan d'autonomie, tandis que des pays arabes, européens et africains ouvrent des consulats à Laâyoune ou Dakhla, reconnaissant de facto l'administration marocaine du territoire.
Au sein de l'ONU, la terminologie employée par les résolutions du CS a également évolué : la notion de « solution politique réaliste, pragmatique et durable » s'est imposée comme ligne directrice du processus.
Ce glissement vers une approche pragmatique traduit une réalité simple : le référendum envisagé dans les années 1990 n'est plus considéré comme une option viable.
C'est précisément ce diplomatique tournant que Ross, resté prisonnier d'une vision dépassée, semble refuser d'intégrer.
Dans ses prises de position récentes, il continue de défendre une lecture du conflit renvoyant à une époque révolue, en s'accrochant à des schémas diplomatiques que la réalité géopolitique a largement dépassée.
Cette posture interroge jusque sur la droiture du personnage.
Dès son mandat, le Royaume avait exprimé de sérieuses réserves quant à son impartialité et en exigea obligatoirement le remplacement en 2012 ; la confiance ayant été gravement entamée.
Un médiateur, par définition, doit maintenir une distance équitable entre les parties. Lorsque cette distance disparaît, la médiation perd sa crédibilité.
Dans la foulée, plusieurs puissances occidentales réaffirment leur soutien au plan d'autonomie, tandis que des pays arabes, européens et africains ouvrent des consulats à Laâyoune ou Dakhla, reconnaissant de facto l'administration marocaine du territoire.
Au sein de l'ONU, la terminologie employée par les résolutions du CS a également évolué : la notion de « solution politique réaliste, pragmatique et durable » s'est imposée comme ligne directrice du processus.
Ce glissement vers une approche pragmatique traduit une réalité simple : le référendum envisagé dans les années 1990 n'est plus considéré comme une option viable.
C'est précisément ce diplomatique tournant que Ross, resté prisonnier d'une vision dépassée, semble refuser d'intégrer.
Dans ses prises de position récentes, il continue de défendre une lecture du conflit renvoyant à une époque révolue, en s'accrochant à des schémas diplomatiques que la réalité géopolitique a largement dépassée.
Cette posture interroge jusque sur la droiture du personnage.
Dès son mandat, le Royaume avait exprimé de sérieuses réserves quant à son impartialité et en exigea obligatoirement le remplacement en 2012 ; la confiance ayant été gravement entamée.
Un médiateur, par définition, doit maintenir une distance équitable entre les parties. Lorsque cette distance disparaît, la médiation perd sa crédibilité.
De fait, Ross n'a jamais vraiment dissipé le soupçon d'une proximité avec la position algérienne.
Le rôle de l'Algérie dans ce conflit est central. L'un des points les plus controversés de son discours concerne précisément la place d'Alger dans ce dossier.
Depuis cinquante ans, l'Algérie affirme clairement qu'elle n'est qu'un «pays observateur» dans ce conflit.
La réalité diplomatique et est tout autre. Alger héberge, arme, finance le Polisario, et accueille à Tindouf des milliers de réfugiés dont une partie importante n'est même pas originaire du territoire concerné.
Il ne fait guère de doute que le conflit est avant tout un différend opposant l'Algérie au Maroc ; analyse désormais largement partagée par les principaux acteurs internationaux.
Aucune solution durable ne pourra émerger sans l'implication directe d'Alger dans les négociations.
Dans ce contexte, les prises de position répétées de Ross paraissent anachroniques et fragilisent sa crédibilité. En continuant de s'aligner, dans les faits, sur l'Algérie et le Polisario, il donne l'impression de prolonger un combat politique plutôt que d'éclairer le débat. La responsabilité des anciens médiateurs internationaux est posée.
Lorsqu'un ancien représentant de l'ONU s'exprime publiquement de manière aussi tranchée, il engage explicitement l'image de l'institution qu'il a servie.
Or la crédibilité de la diplomatie internationale repose précisément sur la neutralité de ses intermédiaires.
L'histoire diplomatique du Sahara est jalonnée de tentatives de médiation, de plans successifs et d'initiatives avortées.
Avant Ross, d'autres envoyés avaient tenté de débloquer la situation, notamment James Baker, qui proposait au début des années 2000 un plan de transition finalement rejeté.
Chaque tentative a rappelé une vérité fondamentale : sans volonté politique régionale, aucun schéma ne peut aboutir. C'est précisément pourquoi la tendance actuelle de la diplomatie internationale privilégie une solution réaliste, fondée sur l'autonomie et la coopération régionale, plutôt que sur des constructions maximalistes héritées de la guerre froide.
Au fond, la question n'est pas de savoir si Ross a le droit d'exprimer une opinion. Comme tout ancien diplomate, il peut, bien sûr, participer au débat.
Mais lorsqu'il persiste à défendre une vision qui ignore les évolutions majeures du contexte géopolitique, son discours prend l'allure d'un combat d'arrière-garde. Le monde a changé, les équilibres régionaux aussi.
Le Sahara sous souveraineté marocaine, n'est plus seulement une question héritée de la décolonisation : il est désormais au cœur d'une recomposition stratégique de l'Afrique atlantique et du Nord. Face à ces transformations, la diplomatie internationale semble avoir choisi le pragmatisme.
Christopher Ross, lui, semble avoir choisi la nostalgie d'un paradigme révolu.
En affaires internationales, l'histoire montre que ceux qui s'accrochent aux paradigmes du passé finissent presque toujours par se retrouver à contre‑courant des réalités du présent.
PAR AZIZ DAOUDA/BLUWR.COM
Depuis cinquante ans, l'Algérie affirme clairement qu'elle n'est qu'un «pays observateur» dans ce conflit.
La réalité diplomatique et est tout autre. Alger héberge, arme, finance le Polisario, et accueille à Tindouf des milliers de réfugiés dont une partie importante n'est même pas originaire du territoire concerné.
Il ne fait guère de doute que le conflit est avant tout un différend opposant l'Algérie au Maroc ; analyse désormais largement partagée par les principaux acteurs internationaux.
Aucune solution durable ne pourra émerger sans l'implication directe d'Alger dans les négociations.
Dans ce contexte, les prises de position répétées de Ross paraissent anachroniques et fragilisent sa crédibilité. En continuant de s'aligner, dans les faits, sur l'Algérie et le Polisario, il donne l'impression de prolonger un combat politique plutôt que d'éclairer le débat. La responsabilité des anciens médiateurs internationaux est posée.
Lorsqu'un ancien représentant de l'ONU s'exprime publiquement de manière aussi tranchée, il engage explicitement l'image de l'institution qu'il a servie.
Or la crédibilité de la diplomatie internationale repose précisément sur la neutralité de ses intermédiaires.
L'histoire diplomatique du Sahara est jalonnée de tentatives de médiation, de plans successifs et d'initiatives avortées.
Avant Ross, d'autres envoyés avaient tenté de débloquer la situation, notamment James Baker, qui proposait au début des années 2000 un plan de transition finalement rejeté.
Chaque tentative a rappelé une vérité fondamentale : sans volonté politique régionale, aucun schéma ne peut aboutir. C'est précisément pourquoi la tendance actuelle de la diplomatie internationale privilégie une solution réaliste, fondée sur l'autonomie et la coopération régionale, plutôt que sur des constructions maximalistes héritées de la guerre froide.
Au fond, la question n'est pas de savoir si Ross a le droit d'exprimer une opinion. Comme tout ancien diplomate, il peut, bien sûr, participer au débat.
Mais lorsqu'il persiste à défendre une vision qui ignore les évolutions majeures du contexte géopolitique, son discours prend l'allure d'un combat d'arrière-garde. Le monde a changé, les équilibres régionaux aussi.
Le Sahara sous souveraineté marocaine, n'est plus seulement une question héritée de la décolonisation : il est désormais au cœur d'une recomposition stratégique de l'Afrique atlantique et du Nord. Face à ces transformations, la diplomatie internationale semble avoir choisi le pragmatisme.
Christopher Ross, lui, semble avoir choisi la nostalgie d'un paradigme révolu.
En affaires internationales, l'histoire montre que ceux qui s'accrochent aux paradigmes du passé finissent presque toujours par se retrouver à contre‑courant des réalités du présent.
PAR AZIZ DAOUDA/BLUWR.COM
