Mais il existe une autre transformation, beaucoup moins spectaculaire. Elle ne se mesure ni en kilomètres d’autoroute ni en milliards de dirhams investis. Elle apparaît dans une baisse de la mortalité, quelques points d’alphabétisation gagnés, un village enfin raccordé à l’électricité, une mère qui accouche avec une assistance médicale, un enfant qui reste plus longtemps à l’école ou une famille désormais couverte médicalement.
C’est précisément ce que raconte, chiffres à l’appui, l’édition 2026 des Indicateurs sociaux du Maroc publiée par le Haut-Commissariat au Plan.
Ce document de près de 300 pages n’est ni un communiqué gouvernemental ni un document de propagande : sa vocation déclarée est de fournir les éléments permettant de dresser le portrait social du pays et d’évaluer les politiques publiques.
Et lorsqu’on regarde les séries longues plutôt que la photographie instantanée, une conclusion s’impose : les progrès sont insuffisants, parfois fragiles et très inégalement répartis, mais la tendance sociale de long terme est incontestablement positive dans plusieurs domaines essentiels.
Prenons d’abord la santé.
En 2024, l’espérance de vie à la naissance atteint 77,2 ans. Le HCP souligne qu’un Marocain peut espérer vivre en moyenne 5,5 années de plus qu’en 2004. Le gain est même de 6,4 années dans le monde rural.
Derrière ce chiffre, il y a surtout une spectaculaire réduction de certaines mortalités. La mortalité maternelle est passée de 227 décès pour 100.000 naissances vivantes en 2004 à 72,6 en 2018. Dans le même temps, la proportion des naissances assistées par du personnel qualifié est passée de 62,6 % à 86,6 %. En milieu rural, le progrès est encore plus spectaculaire : de 39,5 % à 74,2 %.
Même constat pour les enfants. La mortalité des moins de cinq ans est passée de 47 pour mille en 2004 à 22,2 pour mille en 2018. La mortalité infantile, elle, est descendue de 40 pour mille à 18 pour mille sur la même période.
On peut naturellement juger ces niveaux encore trop élevés. Ils le sont. Mais prétendre qu'il n'y aurait eu aucune amélioration serait simplement contraire aux chiffres.
La révolution silencieuse de la couverture médicale
Autre évolution majeure : la protection médicale.
En 2007, seulement 15,8 % de la population disposait d'une couverture médicale. Le taux atteint 36,2 % en 2014, 57 % en 2019, puis 69,8 % en 2024. Le phénomène est encore plus saisissant dans les campagnes : 3,8 % en 2007, 23,7 % en 2014, 55,2 % en 2019 et 70,6 % en 2024.
Cela ne signifie évidemment pas que 70 % de couverture équivaut à 70 % de satisfaction. Être assuré ne garantit ni proximité du médecin, ni rendez-vous rapide, ni qualité uniforme des soins. C’est précisément le prochain défi : après l’élargissement du droit, assurer l’effectivité du service.
Même dynamique concernant les équipements de base.
En 2024, 99,3 % des ménages marocains disposent de l’électricité. En milieu rural, le taux atteint 98,2 %, soit un gain de 41,4 points depuis 2005. L’accès des ménages ruraux à une source améliorée d’eau est passé de 59,1 % en 2005 à 84,9 % en 2024, soit près de 26 points supplémentaires.
Voilà aussi du développement humain.
Pas aussi spectaculaire qu’un pont ou qu’une gare TGV, certes. Mais lorsqu’une maison passe de la lampe à pétrole à l’électricité ou qu’un village accède à l’eau potable, la transformation du quotidien est considérable.
L’école : progrès quantitatifs, urgence qualitative
L’éducation offre probablement l’exemple le plus révélateur des paradoxes marocains.
Le taux d’alphabétisation des jeunes atteint désormais 97 %, avec un écart extrêmement faible entre jeunes hommes — 97,5 % — et jeunes femmes — 96,5 %. Chez l’ensemble des adultes, en revanche, il n’est encore que de 72,1 %, et l’écart demeure énorme entre hommes urbains et femmes rurales.
La scolarisation secondaire a fortement progressé sur le temps long. Au secondaire collégial, le taux brut est passé de 77,8 % en 2009-2010 à 105,3 % en 2024-2025 ; au secondaire qualifiant, de 44,3 % à 73 %.
Mais ici encore, la statistique oblige à résister à toute autosatisfaction. Les évaluations internationales rappellent brutalement le problème de qualité : le document rappelle notamment que le Maroc était 56e sur 57 pays dans PIRLS 2021.
L’enjeu n’est donc plus seulement : « Mettons les enfants à l’école. » Il devient : « Que leur apprend réellement l’école ? »
Et puis il y a la pauvreté
C’est probablement le domaine où la prudence statistique s’impose le plus.
Sur le long terme, la baisse est spectaculaire : selon le seuil national, le taux de pauvreté est passé de 15,3 % en 2001 à 4,8 % en 2014. Il avait même atteint 1,7 % en 2019 avant de remonter à 3,9 % en 2022, sous l’effet notamment de la pandémie, de l’inflation et de la sécheresse.
Autrement dit : la trajectoire de vingt ans est favorable, mais elle n’est absolument pas irréversible.
La pauvreté multidimensionnelle apporte cependant un signal très significatif : entre 2014 et 2024, son taux national est passé de 11,9 % à 6,8 %. Presque toutes les régions enregistrent une amélioration.
Voilà sans doute la véritable leçon de ce volumineux rapport.
Le Maroc social n'est ni un échec total, comme aiment parfois le raconter les discours catastrophistes, ni une success-story achevée, comme pourrait le laisser croire une communication trop satisfaite d'elle-même.
Il avance. Trop lentement pour certains, trop inégalement pour beaucoup, avec des reculs ponctuels et des fractures territoriales encore considérables. Mais il avance.
Il faut donc continuer à dénoncer le chômage 13,3 % en 2024 et 36,7 % chez les jeunes , les écarts ruraux, la qualité insuffisante de l'école, les difficultés d'accès réel aux soins ou l'assainissement rural encore très déficient.
Mais l'esprit critique ne consiste pas à nier les progrès parce qu'ils ne sont pas encore suffisants.
Il consiste précisément à reconnaître ce qui a fonctionné pour comprendre ce qu'il reste à accélérer. Car au-delà des ponts, des trains, des ports et des grandes infrastructures, la réussite d'un pays se mesure finalement à quelque chose de beaucoup plus simple : est-ce que ses citoyens vivent plus longtemps, sont mieux éduqués, mieux protégés et moins pauvres qu'hier ?
Sur plusieurs de ces indicateurs, les chiffres du HCP apportent une réponse : oui.
Pas encore assez. Mais incontestablement mieux.
C’est précisément ce que raconte, chiffres à l’appui, l’édition 2026 des Indicateurs sociaux du Maroc publiée par le Haut-Commissariat au Plan.
Ce document de près de 300 pages n’est ni un communiqué gouvernemental ni un document de propagande : sa vocation déclarée est de fournir les éléments permettant de dresser le portrait social du pays et d’évaluer les politiques publiques.
Et lorsqu’on regarde les séries longues plutôt que la photographie instantanée, une conclusion s’impose : les progrès sont insuffisants, parfois fragiles et très inégalement répartis, mais la tendance sociale de long terme est incontestablement positive dans plusieurs domaines essentiels.
Prenons d’abord la santé.
En 2024, l’espérance de vie à la naissance atteint 77,2 ans. Le HCP souligne qu’un Marocain peut espérer vivre en moyenne 5,5 années de plus qu’en 2004. Le gain est même de 6,4 années dans le monde rural.
Derrière ce chiffre, il y a surtout une spectaculaire réduction de certaines mortalités. La mortalité maternelle est passée de 227 décès pour 100.000 naissances vivantes en 2004 à 72,6 en 2018. Dans le même temps, la proportion des naissances assistées par du personnel qualifié est passée de 62,6 % à 86,6 %. En milieu rural, le progrès est encore plus spectaculaire : de 39,5 % à 74,2 %.
Même constat pour les enfants. La mortalité des moins de cinq ans est passée de 47 pour mille en 2004 à 22,2 pour mille en 2018. La mortalité infantile, elle, est descendue de 40 pour mille à 18 pour mille sur la même période.
On peut naturellement juger ces niveaux encore trop élevés. Ils le sont. Mais prétendre qu'il n'y aurait eu aucune amélioration serait simplement contraire aux chiffres.
La révolution silencieuse de la couverture médicale
Autre évolution majeure : la protection médicale.
En 2007, seulement 15,8 % de la population disposait d'une couverture médicale. Le taux atteint 36,2 % en 2014, 57 % en 2019, puis 69,8 % en 2024. Le phénomène est encore plus saisissant dans les campagnes : 3,8 % en 2007, 23,7 % en 2014, 55,2 % en 2019 et 70,6 % en 2024.
Cela ne signifie évidemment pas que 70 % de couverture équivaut à 70 % de satisfaction. Être assuré ne garantit ni proximité du médecin, ni rendez-vous rapide, ni qualité uniforme des soins. C’est précisément le prochain défi : après l’élargissement du droit, assurer l’effectivité du service.
Même dynamique concernant les équipements de base.
En 2024, 99,3 % des ménages marocains disposent de l’électricité. En milieu rural, le taux atteint 98,2 %, soit un gain de 41,4 points depuis 2005. L’accès des ménages ruraux à une source améliorée d’eau est passé de 59,1 % en 2005 à 84,9 % en 2024, soit près de 26 points supplémentaires.
Voilà aussi du développement humain.
Pas aussi spectaculaire qu’un pont ou qu’une gare TGV, certes. Mais lorsqu’une maison passe de la lampe à pétrole à l’électricité ou qu’un village accède à l’eau potable, la transformation du quotidien est considérable.
L’école : progrès quantitatifs, urgence qualitative
L’éducation offre probablement l’exemple le plus révélateur des paradoxes marocains.
Le taux d’alphabétisation des jeunes atteint désormais 97 %, avec un écart extrêmement faible entre jeunes hommes — 97,5 % — et jeunes femmes — 96,5 %. Chez l’ensemble des adultes, en revanche, il n’est encore que de 72,1 %, et l’écart demeure énorme entre hommes urbains et femmes rurales.
La scolarisation secondaire a fortement progressé sur le temps long. Au secondaire collégial, le taux brut est passé de 77,8 % en 2009-2010 à 105,3 % en 2024-2025 ; au secondaire qualifiant, de 44,3 % à 73 %.
Mais ici encore, la statistique oblige à résister à toute autosatisfaction. Les évaluations internationales rappellent brutalement le problème de qualité : le document rappelle notamment que le Maroc était 56e sur 57 pays dans PIRLS 2021.
L’enjeu n’est donc plus seulement : « Mettons les enfants à l’école. » Il devient : « Que leur apprend réellement l’école ? »
Et puis il y a la pauvreté
C’est probablement le domaine où la prudence statistique s’impose le plus.
Sur le long terme, la baisse est spectaculaire : selon le seuil national, le taux de pauvreté est passé de 15,3 % en 2001 à 4,8 % en 2014. Il avait même atteint 1,7 % en 2019 avant de remonter à 3,9 % en 2022, sous l’effet notamment de la pandémie, de l’inflation et de la sécheresse.
Autrement dit : la trajectoire de vingt ans est favorable, mais elle n’est absolument pas irréversible.
La pauvreté multidimensionnelle apporte cependant un signal très significatif : entre 2014 et 2024, son taux national est passé de 11,9 % à 6,8 %. Presque toutes les régions enregistrent une amélioration.
Voilà sans doute la véritable leçon de ce volumineux rapport.
Le Maroc social n'est ni un échec total, comme aiment parfois le raconter les discours catastrophistes, ni une success-story achevée, comme pourrait le laisser croire une communication trop satisfaite d'elle-même.
Il avance. Trop lentement pour certains, trop inégalement pour beaucoup, avec des reculs ponctuels et des fractures territoriales encore considérables. Mais il avance.
Il faut donc continuer à dénoncer le chômage 13,3 % en 2024 et 36,7 % chez les jeunes , les écarts ruraux, la qualité insuffisante de l'école, les difficultés d'accès réel aux soins ou l'assainissement rural encore très déficient.
Mais l'esprit critique ne consiste pas à nier les progrès parce qu'ils ne sont pas encore suffisants.
Il consiste précisément à reconnaître ce qui a fonctionné pour comprendre ce qu'il reste à accélérer. Car au-delà des ponts, des trains, des ports et des grandes infrastructures, la réussite d'un pays se mesure finalement à quelque chose de beaucoup plus simple : est-ce que ses citoyens vivent plus longtemps, sont mieux éduqués, mieux protégés et moins pauvres qu'hier ?
Sur plusieurs de ces indicateurs, les chiffres du HCP apportent une réponse : oui.
Pas encore assez. Mais incontestablement mieux.