Il existe au Maroc un sport politico-médiatique qui revient après chaque nomination d’un Chef de gouvernement. Cette année, il faudra naturellement écrire Cheffe du gouvernement. Le principe du jeu reste pourtant rigoureusement identique.
À peine la personne chargée de former le gouvernement est-elle connue que commence le grand mercato de Rabat.
Qui aux Finances ? Qui aux Affaires étrangères ? Qui à l’Intérieur ? Qui à l’Éducation ? Qui à la Santé ? Qui récupérera l’Industrie ? Qui gardera son portefeuille ? Qui changera de département ? Qui entrera ? Qui sortira ?
Et surtout : qui tient la fameuse liste ?
Depuis que le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri Cheffe du gouvernement, le 29 septembre, et l’a chargée de former le nouvel exécutif, une seule chose essentielle est officiellement acquise : Fatima Ezzahra El Mansouri est chargée de constituer le gouvernement. Maroc
Pour le reste, les consultations continuent.
Le 5 octobre encore, les instances du PAM, de l’Istiqlal, du RNI, du MP et de l’UC se prononçaient ou donnaient mandat à leurs dirigeants pour poursuivre les négociations relatives au prochain gouvernement. Autrement dit, pendant que certains distribuent déjà les fauteuils ministériels, les partis en sont toujours officiellement à négocier leur participation et les contours de la prochaine majorité. Maroc
Pourtant, les listes circulent. J'en ai vu passer. Vous aussi probablement.
Elles sont parfois remarquablement précises. Untel à l’Économie, un autre à la Justice, celle-ci à l’Éducation, celui-là à la Santé. On connaît même parfois le nombre de ministères attribués à chaque parti.
Il ne manque presque plus que la photo officielle.
Et toujours cette merveilleuse mention qui accompagne la marchandise : « selon une source bien informée ».
La source bien informée est une institution essentielle de la vie politique marocaine. Elle ne possède généralement ni prénom, ni nom, ni fonction. Elle ne parle jamais devant un micro mais semble connaître simultanément les discussions des partis, les arbitrages gouvernementaux et quelquefois même des décisions qui n'ont pas encore été prises.
Reconnaissons-lui au moins un talent : elle travaille vite.
Un nom plausible n'est pas une information
C'est ici que notre métier de journaliste devient moins amusant.
Parce qu'une rumeur vraisemblable reste une rumeur.
Qu'un responsable politique possède le profil idéal pour un ministère ne signifie pas qu'il sera ministre. Qu'un ministre sortant soit susceptible d'être reconduit ne signifie pas qu'il le sera. Qu'un parti revendique un portefeuille ne signifie pas qu'il l'obtiendra.
Et surtout, une liste répétée cent fois sur WhatsApp ne devient pas une information à la cent-unième transmission.
Voilà peut-être l'un des effets les plus pervers de notre époque numérique : la vitesse de circulation donne à une information une apparence de vérité.
On ne demande plus : « Est-ce confirmé ? »
On demande : « Tu n'as pas vu passer la liste ? »
Si. Justement. Je l'ai vue passer.
C'est précisément pour cela que je préfère attendre qu'elle s'arrête.
Il y aura bien un gouvernement
Évidemment, les négociations existent. Des noms sont nécessairement examinés. Des équilibres politiques sont discutés. Des compétences sont évaluées. Les consultations ouvertes le 30 septembre ont d'ailleurs concerné plusieurs formations politiques, tandis que les échanges doivent aussi porter sur les priorités du prochain exécutif.
Tout cela est normal.
Ce qui l'est moins, c'est de transformer chacune de ces hypothèses en certitude journalistique.
Car avant les personnes viennent aussi des questions beaucoup plus importantes : quelle majorité ? Quel programme ? Quelle architecture gouvernementale ? Combien de ministères ? Quels regroupements de départements ? Quelles priorités pour 2026-2031 ?
Le nom inscrit sur la porte compte. Ce que l'on demandera à la personne qui entrera dans le bureau compte davantage.
Le plus beau scoop serait peut-être de ne pas en inventer
Notre métier souffre parfois d'une étrange maladie : la peur d'arriver après les autres.
Alors chacun veut avoir son ministre avant que le ministre ne sache lui-même qu'il sera ministre.
Je préfère prendre le risque inverse.
Aujourd'hui, 7 octobre 2026, si vous me demandez la composition exacte du prochain gouvernement marocain, ma réponse sera donc d'une désarmante simplicité :
Je ne sais rien.
Non par manque de curiosité.
Non parce que Rabat serait devenu soudainement silencieux.
Non parce que personne ne parle.
Mais simplement parce qu'il n'y a encore rien à savoir avec suffisamment de certitude pour l'écrire comme une information.
Demain, peut-être, nous saurons.
Et lorsque nous saurons, nous écrirons.
Entre-temps, les salons peuvent spéculer, WhatsApp peut nommer ses ministres et les « sources généralement bien informées » peuvent continuer à gouverner le Royaume depuis leur téléphone.
Pour ma part, je garde encore quelques heures ma plume dans ma poche.
Parfois, en journalisme, trois mots constituent déjà une information : « Je ne sais pas. »
À peine la personne chargée de former le gouvernement est-elle connue que commence le grand mercato de Rabat.
Qui aux Finances ? Qui aux Affaires étrangères ? Qui à l’Intérieur ? Qui à l’Éducation ? Qui à la Santé ? Qui récupérera l’Industrie ? Qui gardera son portefeuille ? Qui changera de département ? Qui entrera ? Qui sortira ?
Et surtout : qui tient la fameuse liste ?
Depuis que le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri Cheffe du gouvernement, le 29 septembre, et l’a chargée de former le nouvel exécutif, une seule chose essentielle est officiellement acquise : Fatima Ezzahra El Mansouri est chargée de constituer le gouvernement. Maroc
Pour le reste, les consultations continuent.
Le 5 octobre encore, les instances du PAM, de l’Istiqlal, du RNI, du MP et de l’UC se prononçaient ou donnaient mandat à leurs dirigeants pour poursuivre les négociations relatives au prochain gouvernement. Autrement dit, pendant que certains distribuent déjà les fauteuils ministériels, les partis en sont toujours officiellement à négocier leur participation et les contours de la prochaine majorité. Maroc
Pourtant, les listes circulent. J'en ai vu passer. Vous aussi probablement.
Elles sont parfois remarquablement précises. Untel à l’Économie, un autre à la Justice, celle-ci à l’Éducation, celui-là à la Santé. On connaît même parfois le nombre de ministères attribués à chaque parti.
Il ne manque presque plus que la photo officielle.
Et toujours cette merveilleuse mention qui accompagne la marchandise : « selon une source bien informée ».
La source bien informée est une institution essentielle de la vie politique marocaine. Elle ne possède généralement ni prénom, ni nom, ni fonction. Elle ne parle jamais devant un micro mais semble connaître simultanément les discussions des partis, les arbitrages gouvernementaux et quelquefois même des décisions qui n'ont pas encore été prises.
Reconnaissons-lui au moins un talent : elle travaille vite.
Un nom plausible n'est pas une information
C'est ici que notre métier de journaliste devient moins amusant.
Parce qu'une rumeur vraisemblable reste une rumeur.
Qu'un responsable politique possède le profil idéal pour un ministère ne signifie pas qu'il sera ministre. Qu'un ministre sortant soit susceptible d'être reconduit ne signifie pas qu'il le sera. Qu'un parti revendique un portefeuille ne signifie pas qu'il l'obtiendra.
Et surtout, une liste répétée cent fois sur WhatsApp ne devient pas une information à la cent-unième transmission.
Voilà peut-être l'un des effets les plus pervers de notre époque numérique : la vitesse de circulation donne à une information une apparence de vérité.
On ne demande plus : « Est-ce confirmé ? »
On demande : « Tu n'as pas vu passer la liste ? »
Si. Justement. Je l'ai vue passer.
C'est précisément pour cela que je préfère attendre qu'elle s'arrête.
Il y aura bien un gouvernement
Évidemment, les négociations existent. Des noms sont nécessairement examinés. Des équilibres politiques sont discutés. Des compétences sont évaluées. Les consultations ouvertes le 30 septembre ont d'ailleurs concerné plusieurs formations politiques, tandis que les échanges doivent aussi porter sur les priorités du prochain exécutif.
Tout cela est normal.
Ce qui l'est moins, c'est de transformer chacune de ces hypothèses en certitude journalistique.
Car avant les personnes viennent aussi des questions beaucoup plus importantes : quelle majorité ? Quel programme ? Quelle architecture gouvernementale ? Combien de ministères ? Quels regroupements de départements ? Quelles priorités pour 2026-2031 ?
Le nom inscrit sur la porte compte. Ce que l'on demandera à la personne qui entrera dans le bureau compte davantage.
Le plus beau scoop serait peut-être de ne pas en inventer
Notre métier souffre parfois d'une étrange maladie : la peur d'arriver après les autres.
Alors chacun veut avoir son ministre avant que le ministre ne sache lui-même qu'il sera ministre.
Je préfère prendre le risque inverse.
Aujourd'hui, 7 octobre 2026, si vous me demandez la composition exacte du prochain gouvernement marocain, ma réponse sera donc d'une désarmante simplicité :
Je ne sais rien.
Non par manque de curiosité.
Non parce que Rabat serait devenu soudainement silencieux.
Non parce que personne ne parle.
Mais simplement parce qu'il n'y a encore rien à savoir avec suffisamment de certitude pour l'écrire comme une information.
Demain, peut-être, nous saurons.
Et lorsque nous saurons, nous écrirons.
Entre-temps, les salons peuvent spéculer, WhatsApp peut nommer ses ministres et les « sources généralement bien informées » peuvent continuer à gouverner le Royaume depuis leur téléphone.
Pour ma part, je garde encore quelques heures ma plume dans ma poche.
Parfois, en journalisme, trois mots constituent déjà une information : « Je ne sais pas. »