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Congestion portuaire et logistique : le commerce marocain sous pression climatique et géopolitique


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 11 Février 2026

Entre congestion portuaire persistante, conditions climatiques extrêmes et tensions géopolitiques, les ports marocains – de Casablanca à Tanger Med, en passant par Jorf Lasfar et Mohammedia – subissent des perturbations qui renchérissent les coûts logistiques. Importateurs et exportateurs tirent la sonnette d’alarme, à l’approche du Ramadan, dans un contexte où la résilience des chaînes d’approvisionnement devient un enjeu stratégique.



Congestion portuaire et logistique : le commerce marocain sous pression climatique et géopolitique

Au port de Casablanca, la congestion n’a rien d’un phénomène ponctuel. Elle s’est installée au fil des années, presque insidieusement. L’augmentation continue des flux commerciaux a progressivement saturé les capacités. Les quais tournent à plein régime, mais le moindre grain de sable dérègle la mécanique. « Le moindre décalage dans l’arrivée d’un navire peut provoquer un effet domino sur toute la chaîne logistique », explique Rachid Tahri, vice-président de la Fédération du transport et de la logistique, président de l’Association des Freight Forwarders du Maroc (AFFM) et vice-président de la Fédération du transport à la CGEM.
 

Concrètement, un navire qui attend, ce sont des conteneurs bloqués, des camions immobilisés, des plannings bousculés. Et des surestaries à payer. Ces pénalités liées à l’immobilisation prolongée des conteneurs ou des navires sont supportées par les importateurs et exportateurs, selon les clauses contractuelles. Dans un contexte déjà tendu sur les marges, chaque jour supplémentaire pèse lourd.
 

Ces dernières semaines, les conditions climatiques extrêmes ont aggravé la situation. Houle marquée, vents violents : les opérations d’accostage et de déchargement ont été ralenties dans plusieurs ports. « Des navires qui auraient dû attendre une journée se retrouvent parfois immobilisés jusqu’à une semaine, voire dix jours », déplore Tahri. La congestion portuaire s’intensifie, et avec elle la facture logistique.
 

L’attention du grand public s’est d’abord focalisée sur les tensions d’approvisionnement en carburant. À Jorf Lasfar, Mohammedia et Tanger Med, plusieurs navires pétroliers n’ont pas pu décharger comme prévu en raison des conditions météorologiques défavorables. L’épisode a rappelé, de façon très concrète, la dépendance du pays à la fluidité de ses ports. Mais le carburant n’est qu’un maillon. « Les retards d’accostage touchent d’autres flux commerciaux, à l’import comme à l’export », souligne Tahri. Industrie, agroalimentaire, distribution : tout l’écosystème est concerné.
 

À l’approche du Ramadan, la pression se fait plus forte. Les commerçants attendent des stocks pour les promotions traditionnelles, notamment sur l’électroménager et certains produits alimentaires. Dans une période où la consommation connaît un pic saisonnier, le moindre retard peut déséquilibrer l’offre et fragiliser les trésoreries.
 

Face à cette situation, les professionnels plaident pour une lecture adaptée des contrats. « Il est crucial que les armateurs, les manutentionnaires et les compagnies maritimes considèrent cette situation exceptionnelle comme un cas de force majeure et ajustent les franchises de surestaries afin d’éviter des surcoûts pour les importateurs », insiste Tahri. L’enjeu est clair : éviter que la facture finale ne se répercute sur le consommateur.
 

À ces contraintes climatiques s’ajoute un environnement géopolitique incertain. Les tensions entre l’Iran et les États-Unis, ainsi que l’instabilité sur certaines routes maritimes stratégiques, allongent les délais d’acheminement et renchérissent le transport maritime. Certains armateurs envisagent des itinéraires alternatifs, plus longs. Pour les entreprises marocaines, cela signifie des temps de transit étendus et des coûts additionnels.
 

Ce cumul de facteurs révèle une vulnérabilité structurelle des chaînes d’approvisionnement. Le Maroc, engagé dans une dynamique d’ouverture et de modernisation logistique, a investi massivement dans ses infrastructures, à l’image de Tanger Med devenu hub régional. Mais la performance ne se mesure pas seulement en capacité ou en classement international. Elle se juge aussi à la résilience face aux chocs.
 

« Ce genre de perturbations va se répéter dans les années à venir, il faut donc que l’on s’organise dès maintenant », prévient Tahri. Anticiper les effets du changement climatique, fluidifier la coordination entre acteurs, adapter les mécanismes contractuels : le défi est collectif.
 

Derrière chaque conteneur immobilisé, il y a une entreprise, un emploi, parfois un foyer. La congestion portuaire n’est pas qu’un problème technique. Elle interroge notre capacité à sécuriser les flux commerciaux dans un monde plus instable. Et, pour une économie ouverte comme celle du Maroc, la logistique reste plus que jamais un levier stratégique de souveraineté économique et de stabilité sociale.





Mercredi 11 Février 2026