Corruption au Maroc : seuls 54 % des projets de la stratégie nationale ont été entièrement réalisés


Rédigé par le Vendredi 16 Octobre 2026

La stratégie nationale de lutte contre la corruption, arrivée à échéance en 2025, n'a pas atteint l'ensemble de ses objectifs. Selon le bilan présenté par Mohamed Benalilou, président de l'Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC), seuls 54 % des projets programmés ont été intégralement réalisés. L'Instance appelle à une nouvelle approche, fondée sur des résultats mesurables, une meilleure coordination institutionnelle et l'accélération des réformes encore en suspens.



À l'occasion de la présentation du rapport annuel 2025 de l'INPPLC, Mohamed Benalilou a dressé un bilan contrasté de la lutte contre la corruption au Maroc.

Si le Royaume a enregistré certains progrès sur le plan législatif et institutionnel, leur traduction concrète dans le quotidien des citoyens et des entreprises demeure insuffisante, selon le président de l'Instance.

Le rapport souligne notamment le décalage entre les réformes annoncées, leur niveau d'exécution et leur impact réel sur la transparence, la responsabilité et la qualité des services publics.

Une stratégie nationale dont près de la moitié des projets restent inachevés

L'un des principaux enseignements du rapport concerne l'évaluation de la stratégie nationale de lutte contre la corruption, déployée sur la période 2015-2025.

Alors que le taux moyen d'avancement communiqué par la partie gouvernementale concernée atteignait environ 76 % à la fin de 2025, l'analyse de l'INPPLC apporte une lecture différente de cette progression.

Selon l'Instance, seuls 54 % des projets programmés ont été entièrement achevés, tandis que 32 % demeuraient en cours de réalisation et que 14 % n'avaient pas encore été lancés.

Le respect des délais constitue également un point de faiblesse. D'après le rapport, seuls 38 % des projets achevés ont été réalisés dans les échéances initialement prévues.

Les réformes législatives ont particulièrement accusé du retard, avec un taux d'achèvement de 44 %, contre 57 % pour les projets à caractère technique et procédural.

Parmi les chantiers encore inaboutis figurent notamment la criminalisation de l'enrichissement illicite, la réforme du système de déclaration obligatoire du patrimoine et le renforcement des mécanismes de prévention des conflits d'intérêts.

Le Maroc progresse légèrement dans l'indice de perception de la corruption

Sur le plan international, le Maroc a obtenu un score de 39 points sur 100 dans l'Indice de perception de la corruption en 2025, contre 37 points en 2024.

Le Royaume est ainsi passé de la 99e à la 91e place du classement international, selon les chiffres présentés par l'Instance.

Mohamed Benalilou appelle toutefois à relativiser cette amélioration.

Le score marocain demeure inférieur à la moyenne mondiale de 42 points et ne permet pas, selon lui, de considérer que le pays a retrouvé les acquis enregistrés avant le recul observé depuis 2018.

L'analyse des huit composantes utilisées dans l'évaluation montre d'ailleurs des évolutions contrastées : deux se sont améliorées, quatre sont restées stables et deux ont reculé.

Pour l'INPPLC, ces résultats confirment la nécessité de dépasser les seules performances statistiques afin d'évaluer les effets réels des politiques publiques sur la prévention et la répression de la corruption.

Des difficultés de coordination et de pilotage

Le rapport identifie également plusieurs facteurs ayant limité l'efficacité de la stratégie nationale.

L'Instance pointe notamment la multiplication des projets, l'insuffisance de leur hiérarchisation, le manque de coordination entre les administrations et l'absence d'une programmation financière suffisamment structurée.

Un chiffre illustre particulièrement ces difficultés : la Commission nationale de lutte contre la corruption, créée en 2017 et présidée par le chef du gouvernement, n'a tenu que deux réunions depuis sa création, alors que deux réunions annuelles étaient prévues.

Selon l'INPPLC, cette situation a limité les capacités de suivi, d'arbitrage et de coordination des différentes actions engagées.

Le rapport relève également des progrès dans la numérisation de certains services publics et la mise en place de mécanismes de réception des réclamations, tout en soulignant que plusieurs réformes structurelles n'ont pas avancé au même rythme.

Vers une nouvelle stratégie de lutte contre la corruption

Face à ces constats, l'INPPLC recommande l'élaboration d'une nouvelle stratégie nationale, davantage centrée sur les secteurs exposés aux risques et sur des objectifs vérifiables.

L'Instance propose notamment de réduire l'horizon de mise en œuvre de dix à cinq ans, voire moins lorsque cela s'avère nécessaire, afin de faciliter le suivi des engagements et l'évaluation des résultats.

Elle préconise également un renforcement de la protection des lanceurs d'alerte, une meilleure coordination entre les institutions et l'adoption de mécanismes permettant de mesurer l'efficacité des actions entreprises.

L'objectif affiché est de passer d'une logique fondée sur le nombre de projets lancés à une approche privilégiant leur réalisation effective et leurs conséquences sur le fonctionnement des institutions.

Pour Mohamed Benalilou, le principal défi reste désormais de transformer les avancées juridiques et institutionnelles en changements perceptibles pour les citoyens, les entreprises et les usagers des services publics.




Vendredi 16 Octobre 2026
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