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Corruption : pourquoi les jeunes décrochent avant même d’entrer dans l’économie (16/17)


Rédigé par La rédaction le Mercredi 14 Janvier 2026

Dossier GEN Z du Manifeste du 11 Janvier 2026 : 16-Restaurer la confiance des jeunes dans les institutions par la promotion de l’intégrité, la transparence, la reddition des comptes et la lutte effective contre la corruption, le clientélisme et les conflits d’intérêts.

La corruption est souvent analysée en termes juridiques, moraux ou institutionnels. Rarement du point de vue de la jeunesse.

Pourtant, pour une grande partie des jeunes Marocains, elle constitue l’un des premiers obstacles à l’entrée dans la vie économique formelle. En plaçant la lutte contre la corruption et la promotion de l’intégrité au cœur de la Charte du 11 Janvier, le message est clair : sans confiance, il n’y a ni engagement, ni effort durable.



Pour un jeune, la corruption n’est pas une abstraction.

Corruption : pourquoi les jeunes décrochent avant même d’entrer dans l’économie (16/17)
Elle se manifeste très tôt, parfois dès le parcours scolaire, puis dans l’accès à la formation, à l’emploi, au crédit ou au marché.

Lorsqu’un poste, une opportunité ou un service semble dépendre davantage du réseau que du mérite, l’incitation à investir dans l’effort s’effondre. L’économie commence alors à perdre avant même d’avoir recruté.
 
Du point de vue économique, ce décrochage précoce est lourd de conséquences. Les jeunes les plus compétents, les plus mobiles ou les plus ambitieux cherchent à contourner le système : informel, expatriation, retrait.

Les autres s’adaptent à des logiques de survie, souvent peu productives.

Dans les deux cas, la corruption fausse l’allocation des talents et réduit la performance globale de l’économie.
 
La corruption agit comme une taxe invisible sur l’initiative. Monter un projet, créer une entreprise, accéder à un marché public devient plus coûteux, plus risqué et moins prévisible.

Pour un jeune entrepreneur, ces barrières sont souvent dissuasives. Beaucoup renoncent avant même de commencer, non par manque d’idées, mais par manque de confiance dans les règles du jeu.

À l’échelle macroéconomique, cette défiance généralisée freine l’investissement, alimente l’informalité et affaiblit la concurrence.

Les entreprises qui prospèrent ne sont pas toujours les plus innovantes, mais celles qui savent naviguer dans les zones grises.

Ce déséquilibre pénalise particulièrement les jeunes, qui disposent rarement des réseaux nécessaires pour “compenser” leur manque d’ancienneté.
 
La Charte du 11 Janvier insiste sur la reddition des comptes, la transparence et la lutte contre les conflits d’intérêts. Ces principes ne sont pas seulement éthiques, ils sont économiquement rationnels.

Un système transparent réduit les coûts de transaction, sécurise les investissements et encourage la prise de risque productive. Pour les jeunes, il crée un horizon lisible, condition indispensable à l’engagement.
 
Il existe aussi un enjeu symbolique fort. Une jeunesse qui perçoit les institutions comme intègres développe un rapport plus positif à l’effort, à l’impôt et à la règle.

À l’inverse, lorsque la corruption est perçue comme endémique, elle devient un argument pour justifier le contournement des règles, y compris dans la sphère privée. Ce glissement affaiblit durablement le contrat social.

La lutte contre la corruption ne se limite pas aux sanctions.

Elle passe par la simplification des procédures, la digitalisation des services, la protection des lanceurs d’alerte et l’accès à l’information.

Ces leviers sont particulièrement importants pour les jeunes, plus à l’aise avec les outils numériques et plus sensibles à la cohérence entre discours et pratiques.
 
À l’horizon du dividende démographique, la corruption représente un risque systémique. Un pays jeune qui ne valorise pas le mérite se prive de sa principale richesse.

La Charte du 11 Janvier pose ainsi une équation simple : restaurer la confiance n’est pas une option morale, c’est une urgence économique.
 
Pour la jeunesse marocaine, la lutte contre la corruption conditionne l’entrée dans l’économie formelle. Sans elle, les politiques d’emploi, de formation ou d’entrepreneuriat resteront partiellement inefficaces.

On ne construit pas une économie dynamique sur la résignation. On la construit sur la confiance que l’effort paie, et que les règles sont les mêmes pour tous.




Mercredi 14 Janvier 2026