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DÉCODAGE | Pourquoi un parti peut-il avoir beaucoup de voix sans obtenir beaucoup de sièges ?


Rédigé par le Lundi 28 Septembre 2026

Au lendemain des élections, il peut sembler surprenant de constater qu’un parti ayant recueilli un nombre important de voix ne dispose pas forcément d’un nombre de sièges équivalent à la Chambre des représentants. Comment est-ce possible ? Pour le comprendre, il faut se rappeler d’une chose essentielle : aux élections législatives marocaines, les voix ne sont pas simplement additionnées au niveau national pour distribuer les 395 sièges. Le calcul se fait à l’échelle des circonscriptions électorales.



DÉCODAGE | Pourquoi un parti peut-il avoir beaucoup de voix sans obtenir beaucoup de sièges ?

Le Maroc élit les membres de la Chambre des représentants au scrutin de liste, à la représentation proportionnelle suivant la règle du plus fort reste. Sur les 395 sièges, 305 sont attribués dans les circonscriptions locales et 90 dans les circonscriptions régionales. Chaque circonscription dispose donc d’un nombre déterminé de sièges à pourvoir.


Prenons un exemple très simple. Imaginons un parti qui obtient 100 000 voix dans l’ensemble du pays. Cela peut sembler beaucoup. Mais si ces voix sont dispersées dans de nombreuses circonscriptions où elles ne lui permettent pas d’obtenir suffisamment de sièges, son total national de voix peut être important sans se traduire par un nombre équivalent de députés.

À l’inverse, un autre parti peut obtenir moins de voix au niveau national, mais concentrer davantage ses suffrages dans certaines circonscriptions où ils lui permettent de décrocher plusieurs sièges. C’est donc la manière dont les voix sont réparties géographiquement qui compte, et pas uniquement leur total national.


Il faut ensuite regarder le fameux quotient électoral. Dans chaque circonscription, celui-ci est calculé en divisant le nombre d’électeurs inscrits par le nombre de sièges à pourvoir. Les voix obtenues par les différentes listes sont ensuite utilisées pour déterminer les sièges qui leur reviennent. Les sièges qui restent à attribuer le sont selon la règle du plus fort reste.


Imaginons une circonscription dans laquelle quatre sièges sont à pourvoir. Une liste peut obtenir suffisamment de voix pour décrocher un siège, voire plusieurs. Mais une autre liste peut également recueillir beaucoup de voix sans atteindre le niveau nécessaire pour obtenir un siège supplémentaire. Une partie de ses voix reste alors un « reste » pris en compte dans la seconde étape de la répartition, sans que toutes ses voix puissent automatiquement produire un député.


C’est là toute la particularité du système : il n’existe pas une conversion nationale directe du type « tant de voix = tant de sièges ». Une voix obtenue dans une circonscription donnée intervient dans le calcul des sièges de cette circonscription. Elle ne peut pas être transférée à une autre circonscription où le parti aurait été proche d’obtenir un siège.


Prenons un exemple encore plus parlant. Supposons qu’un parti obtienne 20 000 voix dans une circonscription où quatre sièges sont à pourvoir, mais seulement 5 000 voix dans chacune de quatre autres circonscriptions. Son total serait de 40 000 voix. Un autre parti pourrait, lui, obtenir 8 000 voix dans chacune de ces cinq circonscriptions, soit également 40 000 voix. Pourtant, les deux partis ne seraient pas nécessairement assurés d'obtenir le même nombre de sièges, car leurs voix ne sont pas réparties de la même manière entre les circonscriptions.


C’est pourquoi regarder uniquement le nombre total de voix obtenues par un parti peut donner une image incomplète de son poids parlementaire. Pour comprendre combien de députés il aura, il faut regarder où ses voix ont été obtenues, combien de sièges étaient disponibles dans chaque circonscription et comment ses résultats se sont situés par rapport au quotient électoral et aux restes des autres listes.


Cette logique explique aussi pourquoi deux partis qui obtiennent des scores assez proches dans l’ensemble du pays peuvent finalement avoir des représentations différentes à la Chambre des représentants. Le système électoral ne cherche pas simplement à transformer un pourcentage national de voix en pourcentage national de sièges : il organise une répartition des sièges à partir des résultats obtenus dans les différentes circonscriptions.


Il faut donc retenir une idée simple : aux législatives marocaines, beaucoup de voix ne signifie pas automatiquement beaucoup de sièges. Une formation peut obtenir un nombre important de suffrages mais voir une partie de ceux-ci ne pas se traduire directement en sièges, notamment lorsque ses voix sont dispersées dans des circonscriptions où elles ne suffisent pas à obtenir un élu.

Au fond, c’est toute la différence entre compter les voix et transformer les voix en représentation parlementaire. Le soir des élections, les résultats donnent donc deux informations différentes : combien de voix chaque liste a obtenues, et combien de sièges ces voix lui permettent finalement d’obtenir. Entre les deux se trouve tout le mécanisme électoral.





Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Lundi 28 Septembre 2026