Un an après « Je suis toujours là », le film brésilien « L’Agent secret » s’impose comme un sérieux prétendant aux Oscars, confirmant l’essor soutenu du cinéma dans le plus grand pays d’Amérique latine. « Ce n’est ni une coïncidence ni un miracle », affirme à l’AFP Ilda Santiago, directrice du Festival de Rio et membre de l’Académie des Oscars, dont la cérémonie se tiendra le 15 mars.
« C’est le résultat d’un travail de fond, de politiques publiques cohérentes et, bien sûr, de talent », résume-t-elle. Un talent reconnu à l’international depuis le Cinema Novo, la nouvelle vague brésilienne menée par Glauber Rocha dans les années 1960. Mais la première consécration aux Oscars n’est arrivée que l’an dernier, avec « Je suis toujours là », sacré meilleur film international.
Le film de Walter Salles s’était déjà distingué aux Golden Globes, où Fernanda Torres a remporté le prix de la meilleure actrice dans un film dramatique. Wagner Moura, mondialement connu pour son rôle dans la série « Narcos », a suivi cette trajectoire cette année grâce à « L’Agent secret », qui a également remporté le Golden Globe du meilleur film international. Le long métrage nourrit désormais de grandes attentes pour les Oscars, où il totalise quatre nominations.
Thriller politique, « L’Agent secret » retrace la fuite d’un universitaire pris pour cible par des tueurs à gages en 1977 à Recife (Nord-Est), ville natale du réalisateur Kleber Mendonça Filho. À l’instar de « Je suis toujours là », le film se déploie sur fond de dictature militaire (1964-1985).
« Miroir du monde actuel »
Ces deux œuvres « portent une humanité éclatante ; elles montrent combien notre quotidien peut être bouleversé par les gouvernements. C’est un miroir du monde d’aujourd’hui », analyse Ilda Santiago. Leur résonance est d’autant plus forte au Brésil que l’ex-président Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l’armée et nostalgique du régime militaire, purge une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d’État.
Avant son mandat (2019-2022), l’audiovisuel brésilien bénéficiait d’un solide mécanisme de financement public, comparable à ceux en vigueur en France, au Canada ou en Allemagne. Ce modèle avait permis l’émergence internationale de films comme « Central do Brasil » (1998) et « La Cité de Dieu » (2002), ainsi que d’autres œuvres de Kleber Mendonça Filho, telles « Aquarius » (2016) et « Bacurau » (2019). Sous la présidence Bolsonaro, le budget du secteur a été quasiment divisé par deux, et l’agence nationale du cinéma, Ancine, a été menacée de fermeture, accusée d’appliquer des « filtres » idéologiques.
Dans un entretien récent à l’AFP, Kleber Mendonça Filho a estimé que le cinéma brésilien avait été « rebranché » après le retour au pouvoir en 2023 du président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva (déjà aux commandes de 2003 à 2010), qu’il soutient ouvertement. Selon lui, la culture avait été presque « éradiquée » sous son prédécesseur d’extrême droite.
« Petites et grandes victoires »
L’an dernier, le financement public du secteur a atteint 1,4 milliard de réais (environ 230 millions d’euros), soit une hausse de 180 % par rapport à 2021. Et en 2025, les films nationaux ont représenté 10,1 % des recettes au box-office brésilien, un record. Pour Ilda Santiago, toutefois, « il faudra des années pour reconstruire, brique par brique, ce qui a été démantelé ».
Pour l’influente critique Isabela Boscov, la moisson de récompenses de « Je suis toujours là » et de « L’Agent secret » pourrait déclencher une affirmation pleine et entière du cinéma brésilien à l’étranger, à l’image de ce qu’ont vécu ceux d’Iran, du Mexique ou de Corée du Sud. Avant les Golden Globes et les nominations aux Oscars, « L’Agent secret » avait déjà été doublement distingué à Cannes, avec le Prix d’interprétation masculine pour Wagner Moura et le Prix de la mise en scène pour Kleber Mend onça Filho. « C’est l’accumulation de petites et grandes victoires, comme Cannes, qui jalonne la campagne vers les Oscars », explique Isabela Boscov.
D’autres productions brésiliennes surfent sur cette dynamique, à l’instar de « Les Voyages de Tereza » ou « Manas », qui ont également marqué les festivals internationaux.
« C’est le résultat d’un travail de fond, de politiques publiques cohérentes et, bien sûr, de talent », résume-t-elle. Un talent reconnu à l’international depuis le Cinema Novo, la nouvelle vague brésilienne menée par Glauber Rocha dans les années 1960. Mais la première consécration aux Oscars n’est arrivée que l’an dernier, avec « Je suis toujours là », sacré meilleur film international.
Le film de Walter Salles s’était déjà distingué aux Golden Globes, où Fernanda Torres a remporté le prix de la meilleure actrice dans un film dramatique. Wagner Moura, mondialement connu pour son rôle dans la série « Narcos », a suivi cette trajectoire cette année grâce à « L’Agent secret », qui a également remporté le Golden Globe du meilleur film international. Le long métrage nourrit désormais de grandes attentes pour les Oscars, où il totalise quatre nominations.
Thriller politique, « L’Agent secret » retrace la fuite d’un universitaire pris pour cible par des tueurs à gages en 1977 à Recife (Nord-Est), ville natale du réalisateur Kleber Mendonça Filho. À l’instar de « Je suis toujours là », le film se déploie sur fond de dictature militaire (1964-1985).
« Miroir du monde actuel »
Ces deux œuvres « portent une humanité éclatante ; elles montrent combien notre quotidien peut être bouleversé par les gouvernements. C’est un miroir du monde d’aujourd’hui », analyse Ilda Santiago. Leur résonance est d’autant plus forte au Brésil que l’ex-président Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l’armée et nostalgique du régime militaire, purge une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d’État.
Avant son mandat (2019-2022), l’audiovisuel brésilien bénéficiait d’un solide mécanisme de financement public, comparable à ceux en vigueur en France, au Canada ou en Allemagne. Ce modèle avait permis l’émergence internationale de films comme « Central do Brasil » (1998) et « La Cité de Dieu » (2002), ainsi que d’autres œuvres de Kleber Mendonça Filho, telles « Aquarius » (2016) et « Bacurau » (2019). Sous la présidence Bolsonaro, le budget du secteur a été quasiment divisé par deux, et l’agence nationale du cinéma, Ancine, a été menacée de fermeture, accusée d’appliquer des « filtres » idéologiques.
Dans un entretien récent à l’AFP, Kleber Mendonça Filho a estimé que le cinéma brésilien avait été « rebranché » après le retour au pouvoir en 2023 du président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva (déjà aux commandes de 2003 à 2010), qu’il soutient ouvertement. Selon lui, la culture avait été presque « éradiquée » sous son prédécesseur d’extrême droite.
« Petites et grandes victoires »
L’an dernier, le financement public du secteur a atteint 1,4 milliard de réais (environ 230 millions d’euros), soit une hausse de 180 % par rapport à 2021. Et en 2025, les films nationaux ont représenté 10,1 % des recettes au box-office brésilien, un record. Pour Ilda Santiago, toutefois, « il faudra des années pour reconstruire, brique par brique, ce qui a été démantelé ».
Pour l’influente critique Isabela Boscov, la moisson de récompenses de « Je suis toujours là » et de « L’Agent secret » pourrait déclencher une affirmation pleine et entière du cinéma brésilien à l’étranger, à l’image de ce qu’ont vécu ceux d’Iran, du Mexique ou de Corée du Sud. Avant les Golden Globes et les nominations aux Oscars, « L’Agent secret » avait déjà été doublement distingué à Cannes, avec le Prix d’interprétation masculine pour Wagner Moura et le Prix de la mise en scène pour Kleber Mend onça Filho. « C’est l’accumulation de petites et grandes victoires, comme Cannes, qui jalonne la campagne vers les Oscars », explique Isabela Boscov.
D’autres productions brésiliennes surfent sur cette dynamique, à l’instar de « Les Voyages de Tereza » ou « Manas », qui ont également marqué les festivals internationaux.


