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De Malika El Fassi à 2026 : les femmes marocaines à la conquête du politique


Rédigé par le Mardi 1 Septembre 2026

Près d’un siècle après l’engagement politique de Malika El Fassi, seule femme signataire du Manifeste de l’Indépendance en 1944, les femmes marocaines continuent de se battre pour une représentation politique à la hauteur de leur poids dans la société. À quelques semaines des élections législatives du 23 septembre 2026, la question de leur présence dans les institutions revient au centre du débat.



De Malika El Fassi à 2026 : les femmes marocaines à la conquête du politique

De la lutte pour l’indépendance à la conquête des institutions, l’histoire politique des femmes marocaines est marquée par des avancées importantes, mais aussi par de nombreux obstacles. Parmi les figures emblématiques de cette histoire, Malika El Fassi occupe une place particulière. Engagée dans le mouvement nationaliste dès les années 1930, elle demeure à ce jour la seule femme à avoir signé le Manifeste de l’Indépendance du 11 janvier 1944. Son engagement symbolise une participation féminine à la vie politique qui ne date donc pas d’hier.


Mais entre la présence des femmes dans les luttes nationales et leur accès effectif aux institutions politiques, le chemin a été long. Il faudra attendre 1993 pour voir deux femmes, Badia Skalli et Latifa Bennani Smires, faire leur entrée à la Chambre des représentants.

Depuis, la représentation féminine a progressivement évolué. La Constitution de 2011 a consacré le principe d’égalité entre les femmes et les hommes et appelé l’État à œuvrer à la réalisation de la parité. Pourtant, plus d’une décennie plus tard, cette parité reste loin d’être pleinement concrétisée.


2026, une nouvelle épreuve pour la représentation féminine

Les élections législatives prévues le 23 septembre 2026 constituent un nouveau rendez-vous majeur pour la démocratie représentative au Maroc. Le scrutin doit permettre de renouveler les 395 membres de la Chambre des représentants, dont 305 sièges attribués dans les circonscriptions locales et 90 sièges au niveau régional.


Cette échéance présente toutefois une particularité importante pour les femmes : les 90 sièges des listes régionales sont, pour la première fois, réservés exclusivement aux candidates. Le dispositif régional, créé lors de la réforme électorale de 2021, avait notamment pour objectif de renforcer la représentation féminine.


Une décision qui pourrait permettre à davantage de femmes d'accéder au Parlement. Mais elle soulève également une question essentielle : la représentation des femmes doit-elle se limiter à des mécanismes de discrimination positive ou passer également par leur accès aux circonscriptions locales, là où la compétition électorale est souvent plus rude ?

C’est précisément sur ce terrain que se joue l’un des principaux débats de cette campagne.


Des femmes électrices, mais encore peu nombreuses dans les lieux de décision

Les chiffres électoraux montrent pourtant que les femmes représentent une part considérable du corps électoral. Selon les données communiquées après la révision exceptionnelle des listes électorales, les femmes représentent 46 % des électeurs inscrits, contre 54 % pour les hommes.


Autrement dit, les femmes constituent une force électorale majeure. Pourtant, leur présence dans les espaces de décision politique demeure limitée.


À l'approche du scrutin, plusieurs organisations féministes et de défense des droits des femmes interpellent ainsi les partis politiques. L'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) a notamment appelé les formations politiques à renforcer la présence des femmes parmi les candidates, y compris dans les circonscriptions locales. L'association plaide notamment pour un minimum de 30 % de candidatures féminines, particulièrement dans les circonscriptions où les partis disposent de chances importantes de victoire.

De son côté, l'Association Tahadi pour l'égalité et la citoyenneté (ATEC) a adressé aux partis politiques des mémorandums demandant que l'égalité entre les femmes et les hommes, les droits des femmes et la lutte contre les violences, notamment numériques, soient intégrés aux programmes électoraux.


Au-delà des chiffres, une question de pouvoir

La bataille pour la représentation féminine ne se résume cependant pas au nombre de femmes présentes sur les listes électorales. Elle concerne également leur capacité à accéder aux postes de responsabilité, à participer à l'élaboration des politiques publiques et à peser sur les décisions de leur parti.


Le débat actuel met ainsi en évidence un paradoxe : les partis politiques affichent régulièrement leur attachement à la parité, tandis que les investitures dans les circonscriptions locales restent largement dominées par les hommes.


Certaines formations commencent néanmoins à mettre en avant davantage de candidates. Le Parti du progrès et du socialisme (PPS), par exemple, a annoncé en juillet avoir investi sept femmes comme têtes de liste dans des circonscriptions locales. Le Mouvement démocratique et social (MDS) a également annoncé privilégier des candidatures de femmes et de jeunes dans une partie des circonscriptions qu'il entend couvrir.

Ces initiatives restent à mesurer à l'aune des résultats des urnes.


De Malika El Fassi à la nouvelle génération

L'histoire politique des femmes marocaines ne peut donc pas être réduite à une succession de quotas et de sièges parlementaires. Elle raconte aussi une transformation progressive du rôle des femmes dans la vie publique.


Malika El Fassi représentait, dans les années 1940, une génération de femmes engagées dans la lutte nationale. Les premières députées de 1993 ont ensuite franchi les portes du Parlement. Aujourd'hui, une nouvelle génération de femmes investit les partis politiques, les associations, les médias et les réseaux sociaux pour réclamer une participation plus importante aux décisions publiques.


En 2026, la question n'est donc plus seulement de savoir si les femmes peuvent entrer en politique. Elles y sont déjà. La véritable question est désormais de savoir quelle place les partis et les institutions sont prêts à leur accorder.


À l'approche du 23 septembre, les urnes permettront peut-être de mesurer l'écart entre les promesses de parité et leur traduction concrète dans la représentation politique.

Car près d'un siècle après l'engagement de Malika El Fassi, le combat a changé de forme. Mais une question demeure : quand les femmes marocaines cesseront-elles d'être considérées comme une catégorie à représenter pour devenir pleinement des actrices du pouvoir politique ?





Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Mardi 1 Septembre 2026