L'ODJ Média

Décarbonation: 70 % des PME marocaines engagées dans la transition verte et numérique


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 9 Février 2026

Au Maroc, les petites et moyennes entreprises (PME) se trouvent à un carrefour décisif. Une récente Enquête BEI/UE révèle que près de 70 % d’entre elles ont entamé une démarche de décarbonation et que plus de 80 % ont avancé dans la digitalisation. Pourtant, l’accès au financement et la compétitivité internationale demeurent des défis majeurs. Entre contraintes structurelles et opportunités, cet article décrypte ce double mouvement qui façonne l’avenir économique du Royaume.



Décarbonation : des progrès encourageants mais une mise en œuvre encore graduelle

Décarbonation: 70 % des PME marocaines engagées dans la transition verte et numérique

Selon l’étude menée auprès de 150 dirigeants de PME marocaines dans le cadre du Trade and Competitiveness Programme (TCP) cofinancé par l’Union européenne, environ 70 % des entreprises ont déjà engagé un processus de réduction de leur empreinte carbone – un chiffre qui en dit long sur l’urgence perçue de ce défi environnemental.
 

Plus précisément, 48 % des dirigeants déclarent avoir lancé des initiatives concrètes, tandis que 22 % seulement possèdent une stratégie claire qu’ils appliquent activement dans leurs opérations quotidiennes.
 

Ces données révèlent une dynamique réelle, mais aussi une marge de progression importante. À ce rythme, de nombreuses PME envisagent encore d’ajuster leurs modèles économiques pour répondre aux standards mondiaux, notamment avec l’entrée en vigueur, en 2026, du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) de l’Union européenne. Sans adaptation, certaines PME exposées à des secteurs intensifs en émissions (sidérurgie, ciment, engrais, etc.) pourraient voir leur compétitivité à l’export se réduire.
 

Face à ces enjeux, plusieurs initiatives prennent forme. Avec l’appui de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), des guides pratiques et des sessions de sensibilisation visent à aider les entreprises à intégrer la décarbonation dans leurs modèles d’affaires et à voir dans cette transition un levier d’innovation plutôt qu’une contrainte économique. 


Digitalisation : un tournant déjà amorcé

Sur le front de la transformation numérique, les PME marocaines affichent des résultats tout aussi prometteurs. Près de 80 % des entreprises interrogées déclarent avoir fait des efforts en matière d’usage numérique, avec 22 % d’entre elles à un stade très avancé d’intégration des technologies numériques.
 

Cette progression n’est pas seulement statistique : elle se traduit par un usage accru des outils digitaux pour optimiser les opérations internes, dynamiser le marketing ou ouvrir des portes sur des marchés internationaux. Seule une minorité environ 10 % des dirigeants considère encore que la faible digitalisation freine significativement la croissance de leur entreprise.
 

Un dirigeant interrogé résume bien cette urgence : “Il est nécessaire d’investir dans la R&D pour promouvoir la collaboration et améliorer la technologie numérique. L’extension des systèmes de crédit pourrait créer davantage de réseaux d’investissement.”


Financement et accompagnement : les attentes évoluent

L’enquête met en lumière une perception largement partagée : près de neuf dirigeants sur dix estiment que les dispositifs d’accompagnement existants au Maroc sont suffisants, mais plus de la moitié pensent qu’ils doivent être améliorés pour être réellement efficaces.

Les attentes vis-à-vis des organisations internationales se concentrent sur le soutien à l’innovation, la transition digitale et écologique, l’aide à l’exportation et des programmes de formation et de renforcement des compétences des vecteurs jugés essentiels pour consolider le tissu productif national. 

Pour les PME marocaines, l’équation est désormais claire : performance économique et responsabilité environnementale sont indissociables. Les progrès enregistrés en matière de décarbonation et de digitalisation sont encourageants, mais ils doivent s’accompagner d’un accès au financement plus inclusif et d’un accompagnement technique renforcé. Ce n’est qu’en relevant ces défis de front que le tissu entrepreneurial marocain pourra s’inscrire durablement dans les chaînes de valeur mondiales et contribuer à une croissance plus verte et plus juste.





Lundi 9 Février 2026