Depuis 2020, le paysage de la gestion publique a connu un changement profond. L’État marocain ne se contente plus d’être un simple régulateur ou un arbitre discret ; il s’affirme comme un actionnaire stratégique, avec des responsabilités claires et mesurables. Cette transformation, longtemps attendue, est aujourd’hui reconnue par l’OCDE comme conforme aux meilleures pratiques internationales en matière de gouvernance publique, un signal fort pour les investisseurs et les partenaires économiques.
Au cœur de cette mutation se trouve la formalisation de la politique actionnariale de l’État et la mise en place de structures dédiées pour piloter efficacement les participations publiques. La création de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE) constitue un jalon clé de cette réforme. Cette agence joue désormais un rôle central dans la coordination des EEP, en consolidant les comptes publics et en apportant une lisibilité accrue sur le portefeuille national.
Un des apports les plus significatifs de cette réforme est la clarification du rôle de l’État selon la nature des missions des entreprises publiques. Jusqu’ici, les objectifs assignés aux EEP se chevauchaient parfois performance économique d’un côté, impératifs sociaux de l’autre au risque de diluer les responsabilités. Désormais, une distinction nette est établie : les entreprises à vocation économique sont orientées vers la maximisation de la rentabilité et de la valeur des actifs, tandis que les entités assurant des missions sociales doivent concilier performance financière et accessibilité des services pour les citoyens. Cette différenciation, loin d’être une simple question sémantique, traduit un changement de paradigme dans la gestion des politiques publiques.
L’OCDE met toutefois en garde : la réussite ne dépendra pas seulement des textes, mais de l’agilité à les appliquer. La centralisation de la fonction actionnariale implique une discipline rigoureuse dans le suivi des performances, dans la prise de décisions basées sur des indicateurs et dans la séparation des fonctions de régulation et de gestion patrimoniale. Sans une mise en œuvre cohérente, ce cadre, aussi séduisant soit-il sur le papier, risque de rester lettre morte.
Dans un contexte où les attentes citoyennes en matière d’efficacité de l’action publique et d’attractivité économique s’intensifient, la réforme des EEP apparaît comme un levier indispensable pour moderniser l’économie et renforcer la confiance dans les institutions. Validée dans ses principes, elle entre maintenant dans une phase critique celle où la crédibilité se mesure à l’aune des résultats.
L’heure n’est plus aux discours : elle est à la translation des réformes institutionnelles vers des impacts tangibles pour la performance publique, la transparence et, au final, le développement inclusif du pays.